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correspondances réelles ou imaginées

 

correspondances réelles
Henry Arnault (1885-1967) - Après des études supérieures de commerce, il est engagé dans une fabrique de chevreaux glacés pour chaussures, à Paris. En 1911, il fonde, en Russie, un comptoir d’importation pour des marchandises d’origine française. Quand la guerre éclate en 1914, il rejoint le 290e régiment d’infanterie à Châteauroux comme sergent. Il termine la guerre comme officier interprète de liaison à la légion russe en France. Pendant toute la guerre, il entretient une abondante correspondance avec sa famille, en particulier avec sa femme Antonina Nikitine, qu’il a épousée en 1913. Après la guerre, il exerce d’importantes responsabilités dans l’industrie cimentière en France et en Angleterre.

 

 

correspondances imaginées
"L'horizon bleu" de Dorothée Piatek - illustrations de Yann Armonic - les éditions Petit à Petit
Pierre est un jeune instituteur d'une petite ville du Nord de la France. Il coule des jours heureux avec sa femme Elisabeth jusqu'au jour où la première guerre mondiale est déclarée. Pierre doit partir au front. ll va passer quatre ans loin de sa femme et des ses élèves mais il ne les oubliera pas...

 

 

Extrait des correspondances d'Henry Arnault - 5 août 1914 - Châteauroux
"Il y a partout un enthousiasme fou, inoubliable. Des trains bondés de soldats passent continuellement en marche vers la frontière."

 

 

Lettre extraite de l'ouvrage L'Horizon Bleu
"Ma chère Élisabeth,
Nous sommes épuisés. Il nous faut chaque jour chercher des forces que nous ne trouvons plus.
Hier, on nous a fait chanter des chants patriotiques alors que le ronflement des canons se faisait entendre à moins d'un kilomètre. Au loin, je voyais les maisons qui flambaient comme des torches, quels spectacles !
Élisabeth, j'ai l'impression d'être poursuivi par la mort. Je t'écris cette lettre avant d'entrer dans le champ de bataille car je crains pour ma vie. Tant de mes camarades sont déjà tombés…
Ce sont tes yeux et ton joli sourire qui m'accompagneront si je viens à mourir.
Je serai mort en brave soldat, tu pourras être fier de ton mari. Sois courageuse, ma chérie.
Pierre"

 

 

Extrait des correspondances d'Henry Arnault - 5 décembre 1914 - près d'Ypres
"Avant hier soir, on a envoyé ma compagnie à l'assaut. La moitié y est restée."

 

 

Lettre extraite de l'ouvrage L'Horizon Bleu
"Chère Madame,
Je m'appelle Georgette Dujardin et je suis infirmière à la Croix Rouge. J'ai été conduite à prodiguer des soins à votre mari lors de son arrivée à notre hôpital de campagne. Je tenais à vous donner de ses nouvelles puisqu'il serait bien incapable de la faire lui-même. Quels mots employer sans vous inquiéter ? Cette lettre se veut rassurante car son état, bien que stationnaire, n'inspire plus d'inquiétudes. Il ouvre les yeux, mais ne parle pas encore. Les balles l'ont touché à la poitrine et à la jambe gauche. Nous avons réussi à ôter la plupart des éclats et les plaies montrent un meilleur aspect. Sa fièvre commence à baisser. Les auxiliaires volontaires se chargent de l'accompagner en lui donnant la main. Ceux-ci apportent un grand réconfort à nos blessés. Croyez Madame, que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour rétablir votre mari au plus vite. Surtout, ne perdez pas espoir. Recevez tout mon soutien.
Georgette"

 

Extrait des correspondances d'Henry Arnault - 21 janvier 1916 - Belgique
"Ceux qui viendront après nous ne comprendront sans doute jamais le genre de souffrances que des millions d'hommes auront subi pendant plusieurs années, volontairement, pour s'entre-tuer. Est-il possible à des cerveaux modernes d'imaginer un tel cataclysme ?"

 

 

Extrait des correspondances d'Henry Arnault - 16 mai 1916 - Belgique
"Le seul moment où malgré soi une certaine émotion nous gagne c'est quand le vaguemestre apparaît. Tous, jeunes et vieux, attendent. Le vaguemestre, c'est le trait d'union entre la passé, entre la vie d'autrefois et la vie actuelle. Un tel attend une lettre de sa femme, un autre attend le mot affectueux de sa fiancée, celui-là lira avec dévotion quelques lignes de sa vieille maman qui se désole. Moi, j'attends ma lettre."

 

Lettre extraite de l'ouvrage L'Horizon Bleu
"Ma chère Élisabeth,
Je quitte l'hôpital demain. Un convoi va m'amener jusqu'au régiment. J'y retrouverai mes camarades.
Ce retour ne me remplit pas de joie. Mon corps est couvert de cicatrices affreuses. Elles me rappelleront ma vie durant que j'ai participé à cette guerre. Ton mari n'est plus le même, Élisabeth, il est meurtri dans sa chair et dans sa tête. Que faire, je ne pourrai jamais me battre à nouveau. J'ai vu tant d'horreur ici, tant d'hommes mutilés. Certains ont perdu la raison, peut-être aurait-il mieux valu que je la perde, moi aussi…
Sois prudente ma chérie. J'espère t'annoncer bientôt mon retour et enfin te serrer dans mes bras.
Pierre"

 

Extrait des correspondances d'Henry Arnault - 11 novembre 1918 - Nancy
"Pendant les premières minutes qui ont suivi la réception du sans fil annonçant la nouvelle, cela a été de la surprise à l'étonnement. Puis quelques gaillards parmi nos Français se sont précipités à l'église et jamais cette pauvre unique cloche n'a été si bien mise en branle. Les voitures, les maisons ont été d'un coup pavoisés, les jardins pillés de leurs quelques fleurs. La nouvelle si attendue est arrivée et après quatre années si dures, je sens que pour beaucoup cependant la joie est amoindrie parce que trop d'amis, trop de camarades ne sont plus là pour voir l'anéantissement imposé aux Boches."

 

 

 

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