Vie de Saint Léger

PAR LE R. P. CAMERLINCK, DE L'ORDRE DES FRÈRES PRÊCHEURS

DUNKERQUE - TYPOGRAPHIE-LITHOGRAPRIE MINET-TRESCA - RUE DES PIERRES, 7

1906

Avant-propos

VI.

Retour à Autun

I.

Naissance, Education, Emplois

VII.

Siège d'Autun. Prélude du Martyre

II.

Evêque d'Autun

VIII.

Patience et résignation

III.

Ebroïn

IX.

Lettre de consolation à Sigrade

IV.

A la Cour de Childéric

X.

Nouvelles souffrances et mort

V.

Premières persécutions - Exil à Luxeuil

XI.

Sépulture. Translation. Miracles

 

Archevêché de Cambrai

Cambrai, le 28 Décembre 1905

 

Mon Révérend Père,

Un des Pèlerinages les plus fréquentés dans notre chère Flandre est sans contredit celui de Socx, près de Bergues.

Qui ne connaît St Léger invoqué avec tant de piété depuis des siècles ? Qui n'a eu la bonne fortune de monter la gracieuse colline de Socx et de vénérer les reliques du Pontife Martyr ? Toute la région l'acclame comme un Bienfaiteur insigne, et aux premiers jours d'Octobre, pendant les exercices de la Neuvaine annuelle, Socx voit accourir de nombreux et fervents pèlerins.

Nous vous félicitons, mon Révérend Père, de donner une vie abrégée, une vie populaire du Saint Evêque. Puisse-t-elle se propager dans les familles et augmenter la confiance des Flamands dans la puissance du thaumaturge de Socx, dont nos ancêtres ont si souvent publié la gloire, et proclamé les bienfaits.

Agréez, mon Révérend Père, l'assurance de mon religieux dévoûment.

Em. LOBBEDEY, V. G. Archidiacre de Flandre

 

 

Avant-propos

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Cette biographie de St Léger n'a pas la prétention d'être une vie complète : le Cardinal Pitra y a trop bien pourvu. Elle n'a pas non plus l'allure scientifique de la savante notice du regretté Chanoine Flahault sur le culte de St Léger à Socx. C'est le simple récit, suivi autant que possible, des actions du grand Évêque d'Autun.

En l'écrivant, nous avons eu en vue l'édification des nombreux pèlerins qui, chaque année, en Octobre, viennent à Socx "servir" St Léger.

Dans ces quelques pages, ils trouveront un homme qui défendit jusqu'au martyre les droits sacrés de la justice. De noble origine, formé à l'école des Saints, pourvu très jeune de charges importantes, St Léger parut, au VIle Siècle, armé de toutes pièces pour faire pénétrer l'esprit chrétien dans les âmes et dans la société.

Dans son diocèse, il accomplit les réformes exigées par les saints Canons. Conseiller des rois, il remet en vigueur des lois tombées en désuétude, affermit l'autorité royale en, luttant contre le despotisme, rassure les consciences en, stigmatisant les déportements de Childéric, relève les courages en condamnant les injustices d'Ebroïn.

On le relègue à Luxeuil, on lui arrache les yeux ; on le couvre d'ignominies, on le dépose : que lui importait ? Il rayonne et chante le triomphe de la justice. On le met à mort : ses restes glorieux continuent, de nos jours encore, à dire qu'il y a une justice, que cette justice a des droits inviolables, que ces droits veulent être respectés, sous peine d'encourir de terribles châtiments.

Il y a là une leçon toute d'actualité.

Les faibles les peureux, y trouveront du réconfort ; les intrépides, les altérés de justice, de nouvelles lumières et des forces plus grandes pour les combats de la vie ; tous, un amour plus désintéressé de la justice.

C'est ce que nous souhaitons.

 

Vie de Saint Léger

I. Naissance, Education, Emplois

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St Léger naquit vers 616. Son père, dont l'histoire ne nous a pas conservé le nom, avait épousé Sigrade, sœur de Béreswinde mariée à Adalric duc d'Alsace et descendant par alliance de St Sigismond, roi de Bourgogne. Adalric et Béreswinde donnèrent le jour à Ste Odile, patronne de l'Alsace. La famille de notre saint unissait donc à la noblesse du sang la noblesse plus haute et plus pure : la Sainteté.

Ses parents le présentèrent, suivant la coutume des seigneurs francs, au roi Clotaire II qui l'envoya à Didon, évêque de Poitiers et frère de Sigrade, lui ordonnant de pourvoir à son éducation. Didon confia son neveu aux soins d'un prêtre dont il avait éprouvé la science et la vertu. A l'école de ce prêtre, Léger devint très habile dans l'explication des Saintes Lettres, l'interprétation du droit civil et ecclésiastique.

"Plein d'esprit, dit un de ses biographes, aimable et fort, sage, il parlait facilement et avec beaucoup de grâce."

Sa formation littéraire achevée, Didon le reprit chez lui pour développer en son âme les germes précieux que Dieu y avait déposés. Léger, docile aux conseils qu'on lui donnait, fit de rapides progrès dans la vertu et se distingua par sa virilité de caractère, son mépris des richesses et des grandeurs, sa piété solide : signes non équivoques d'une vocation divine qui frappèrent Didon et le remplirent de joie. Néanmoins, il éprouva sa vertu et quand il fut persuadé que Dieu appelait au sacerdoce son neveu, il l'ordonna diacre (636).

Le plaça-t-il ensuite à la tête de l'école épiscopale ? C'est probable. Le jeune diacre s'initia en même temps, sous la prudente direction de son oncle, à l'art difficile entre tous du gouvernement des âmes, aux détails aussi de l'administration ecclésiastique et civile. Le sacerdoce, en comblant ses désirs, mit le sceau à une formation si soigneusement poursuivie. L'évêque de Poitiers le nomma archidiacre et recourut à lui pour l'administration du diocèse.

Tous les devoirs de cette charge, notre Saint les remplit avec une capacité bien supérieure à celle de ceux qui l'avaient exercée avant lui. Son zèle éclairé s'appliquait aux moindres choses. Soucieux avant tout de la gloire de Dieu et du progrès des âmes dans la vertu, il reprenait les pécheurs, instruisait les ignorants, consolait les affligés, ramenait doucement à leurs devoirs ceux qui, par erreur ou vice, s'en étaient écartés.

A la mort de l'abbé de St-Maixent, l'évêque de Poitiers lui confia la conduite de ce monastère. Pendant six ans, Léger y fit l'œuvre de Dieu. Sans négliger la prospérité matérielle de l'abbaye, il s'appliqua surtout à développer dans ses religieux l'esprit de leur vocation. Il voulut que parmi eux régnât la charité, forme de la perfection, et veilla constamment au maintien de la discipline régulière, puissant moyen de sainteté et d'apostolat.

Son mérite lui acquit l'estime générale dans la province : on le tenait capable des emplois les plus élevés. Ste Bathilde, qui administrait le royaume pendant la minorité de son fils Clotaire III, entendit faire l'éloge de l'archidiacre de Poitiers. Désireuse de profiter de ses conseils, elle pria l'évêque de lui envoyer son neveu.

 

Bathilde

 

A la cour, la conduite de Léger répondit pleinement à l'opinion qu'on avait de lui. Sa droiture et son bon sens lui concilièrent les bonnes grâces et le respect de tous. Aussi la reine se félicita-t-elle de ravoir comme Conseiller ; les évêques et les grands virent sans aucune jalousie la faveur dont il jouissait dans tout le royaume.

On le jugeait digne de l'épiscopat.

L'occasion pour la reine de confirmer de son autorité ce jugement unanime ne tarda pas à se présenter. Il s'agissait de donner à St Ferréol un successeur à l'évêché d'Autun.

 

II. Evêque d'Autun

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L'Eglise d'Autun, à la mort de St Ferréol, resta deux ans privée de pasteur.

Deux prétendants indignes s'étaient disputé le siège jusqu'à l'effusion du sang. L'un était mort dans la lutte ; l'autre, accusé du meurtre de son concurrent, venait d'être banni.

Le scandale causé par cette honteuse compétition, les troubles qui s'en suivirent menaçaient de se prolonger quand Bathilde y mit un terme en choisissant, pour diriger ce diocèse, son habile conseiller.

A part notre Saint, tous, prélats et seigneurs, clergé et peuple d'Autun, furent heureux du choix de la reine. Léger, malgré ses résistances, dut céder et partit pour Autun.

Les habitants le reçurent comme un envoyé de Dieu. On avait tant souffert depuis la mort de St Ferréol, la paix se trouvait à ce point compromise que l'arrivée de Léger, homme prudent, énergique, plein de charité, fut considérée par tous comme la fin des troubles et le commencement d'une ère de tranquillité et de bonheur.

Le nouveau pasteur ne démentit pas ces espérances. Devant sa fermeté, les factieux durent s'incliner et accepter les réformes jugées nécessaires. Par sa douceur, il réussit à calmer les esprits, à unir tous les cœurs dans le service de Dieu.

Bientôt reparurent à Autun le bon ordre et la paix.

Ce premier devoir accompli, l'évêque s'adonna aux fonctions plus spéciales de sa charge.

Assidu à prêcher la parole de Dieu, à visiter son diocèse, il fit refleurir partout le culte divin, ranima le zèle affaibli des prêtres chargés de conduire les âmes dans les sentiers abrupts de la vie chrétienne. A cet égard, il ne passait aucune négligence aux ministres de Dieu ; le zèle dont il avait fait preuve à Poitiers, il sut le faire paraître où clergé et fidèles en avaient besoin.

Il corrigea divers désordres qui s'étaient introduits dans les mœurs pendant la vacance du siège et rétablit la discipline ecclésiastique suivant les règlements portés par l'Eglise.

En 670, il tint à Autun un concile provincial auquel assistèrent 54 évêques. On y élabora des statuts touchant l'observance monastique, statuts que St Léger fit rigoureusement observer dans son diocèse.

Son zèle s'appliqua aussi au soulagement de la misère : les pauvres furent toujours ses préférés.

Pour eux, il fonda près de l'église St-Nazaire un hospice où l'on reçut le gîte et la subsistance quand, la maladie ou la vieillesse se joignant à la misère, le travail devenait impossible.

A ces œuvres d'apostolat et de charité ne s'arrêtèrent pas les efforts du saint prélat.

Il enrichit sa cathédrale d'ornements et de vases précieux pour la célébration des saints mystères. Il en fit réparer le pavé et dorer les lambris et présida à la translation du corps de St Symphorien en un lieu plus décent où, par ses ordres, on lui éleva un tombeau magnifique.

Ces faits montrent que rien n'échappait à la clairvoyante sollicitude de l'évêque d'Autun : clergé séculier et régulier, fidèles reçurent de lui une direction appropriée à chaque état, suivant les besoins actuels ; églises et monuments publics furent réparés et embellis.

La paix affermie, le culte de Dieu remis en honneur, les vertus privées et sociales mieux pratiquées ; il en fallait moins pour concilier à l'évêque, l'amour, le respect et l'admiration de tous ses diocésains.

Léger cependant ne put jouir du fruit de ses travaux.

Il avait des ennemis : anciens factieux qui ne lui pardonnaient pas ses réformes et le bien accompli à Autun ; vils courtisans qui, pour s'attirer les bonnes grâces d'Ebroïn, maire du Palais de Neustrie et de Bourgogne, le dénoncèrent comme insoumis aux lois du royaume.

 

III. Ebroïn

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En 669, Ste Bathilde avait quitté la cour pour se consacrer au service de Dieu dans le monastère de Chelles près Paris.

Clotaire III, son fils aîné, gouverna par lui-même assisté de ses ministres. Parmi ceux-ci, le principal était le Maire du Palais qui s'occupait de l'administration du royaume.

Chef des grands, il devait maintenir leurs privilèges ; représentant du roi, garder intactes ses prérogatives, lever les impôts, exiger le service militaire.

Au dehors, le Maire du Palais assurait la prééminence de son royaume, car Neustrie, Bourgogne, Austrasie aspiraient chacune à dominer les deux autres.

Ainsi, comme surveillant de l'autorité royale, préposé à toute administration, mandataire des grands, le Maire du Palais détenait une puissance dont il lui était facile d'abuser pour satisfaire son ambition.

Ebroïn, qui succéda à Grimoald dans cette charge importante, prouve à lui seul jusqu'où l'on pouvait aller, quels abus l'on commettait quand la poursuite du bien public n'était pas l'unique ambition du Maire du Palais.

Habile, ayant le génie de l'intrigue, Ebroïn sut, de naissance infime qu'il était, s'élever jusqu'à la Mairie du Palais.

Voulut-il, comme d'aucuns le prétendent, rétablir dans son intégrité le pouvoir royal, y voyant le seul moyen de sauver une société qui se décomposait ? Certes, il était de force à réaliser ce dessein.

Mais, au témoignage de ses contemporains, à des qualités sérieuses d'homme politique et d'administrateur, il joignait un caractère des plus défectueux. Il était, paraît-il, rapace, cruel, ambitieux, perfide, violent, soupçonneux et vindicatif. Ses faits et gestes donnent trop raison à ce portrait peu flatteur pour que nous puissions en douter.

Il voulut être tout dans le royaume, dominer le roi lui-même, non pour le bien commun, mais pour la satisfaction de ses instincts de barbare ambitieux.

Aussi longtemps que Bathilde gouverna, Ebroïn contint la fièvre qui le poussait en haut. Mais Clotaire III majeur, la reine-mère dans la solitude de Chelles, il avoua brutalement son caractère.

Clotaire III, esprit faible dans un corps débile, n'offrit aucune résistance aux audaces d'Ebroïn, et se laissa complètement circonvenir par lui. Dès lors, Ebroïn, maître absolu du roi, souverain potentat de deux royaumes, armé contre les grands, n'eut plus aucune retenue. "Il défendit son autorité à coups de hache." dit un historien moderne.

Les uns étaient-ils trop riches à son goût ; il les dépouillait sous couleur d'impôts ou redevances de guerre ; les autres menaçaient-ils de lui ravir son prestige à la Cour ; il les renvoyait chez eux ou les exilait dans un monastère. Osait-on enfin lui résister ouvertement ; on payait de sa vie pareille audace. N'étaient épargnés que les bas courtisans ou les trop faibles pour lui porter ombrage.

Léger ne fléchit pas devant l'idole.

Trop fier, l'âme trop haut placée, il offrit alors le singulier spectacle d'une conscience honnête et ferme qui se refuse aux compromis des courtisans et des faibles.

Grand Seigneur, il l'était par naissance ; puissant, il le prouvait par ses actes ; riche, il faisait du bien autour de lui et s'attirait toutes les sympathies : il avait donc sujet de craindre le ministre Ebroïn. Autre grief et plus sérieux, si l'on peut dire : Léger dépassait Ebroïn par le prestige dont il jouissait dans le royaume, son intelligence plus prompte des affaires, et surtout sa conduite irréprochable.

Le Maire du Palais détestait l'évêque d'Autun.

Et voilà que cet évêque ose censurer les actes de son administration, à lui, Ebroïn ; il n'approuve pas les mesures qu'il prend en vue d'affermir son pouvoir. Bien plus, il s'élève contre ce qu'il appelle de criantes injustices, des meurtres, et soulève contre lui les Francs déjà trop excités !

La mesure est pleine : Ebroïn, conscient des droits que bénévolement il s'était arrogés, ne voit plus en Léger qu'un adversaire incommode : il faut qu'il disparaisse.

Cet état d'esprit devait conduire Ebroïn aux pires extrémités. Que surgisse une occasion de perdre l'évêque d'Autun, et le Maire du Palais la saisira de suite.

 

Clotaire III

 

La mort prématurée de Clotaire III (670) prépara les voies à un conflit entre ces deux hommes si opposés l'un à l'autre par leurs tendances et leurs actes.

Clotaire III ne laissant pas d'héritier direct, Ebroïn, de son propre chef, sans consulter les grands du royaume, mit sur le trône Thierry III, le plus jeune des fils de Bathilde. Les Seigneurs, craignant à juste titre qu'Ebroïn n'abusât de la faiblesse du nouveau roi pour les opprimer tous, offrirent la couronne à Childéric II, roi d'Austrasie et frère aîné de Thierry.

 

Childéric II

 

On créa Maire du Palais Wulfoald ; Thierry fut relégué dans un monastère ; Ebroïn ne dut la vie qu'à l'intervention de Léger qui conseilla au roi de renvoyer à l'abbaye de Luxeuil.

 

IV. A la Cour de Childéric

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L'évêque d'Autun s'était nettement déclaré pour Childéric, non par dépit de n'avoir pas été consulté, mais parce qu'il n'admettait pas l'omnipotence d'Ebroïn.

Childéric le retint à la Cour et lui confia une grande partie de l'administration.

La tâche était difficile.

L'étendue des affaires depuis la réunion des trois royaumes de Neustrie, de Bourgogne et d'Austrasie réclamait un génie exercé, patient ; la répression des désordres causés par l'incurie de Clotaire et les injustices d'Ebroïn exigeait une autorité sans conteste, forte et commandant le respect ; certains ménagements à prendre avec les Seigneurs dont les droits avaient été méconnus sous le règne de Clotaire III, n'allaient pas sans beaucoup d'habileté et de prudence : enfin la protection due au peuple maltraité lui aussi par Ebroïn demandait une répartition mieux entendue des pouvoirs secondaires, un contrôle plus exact et moins arbitraire de ces mêmes pouvoirs.

Tout se réunissait pour créer au gouvernement une situation des plus épineuses et des plus délicates.

Or, à cette époque, la royauté était incapable d'efforts soutenus, de sagesse dans le gouvernement, d'autorité morale. Elle manquait de prestige.

"La race mérovingienne, dit Eginard, n'avait plus ni vigueur, ni autorité, ni rien sinon le vain titre de roi. Les ressources du royaume et tout le pouvoir se trouvaient entre les mains du Maire du Palais. Orné d'une abondante chevelure, le roi prenait place sur le trône et figurait le souverain. Il écoutait les ambassadeurs et leur donnait quand ils partaient les réponses qu'on lui avait dictées. Il se rendait au Palais ou à l'assemblée du peuple sur un chariot traîné par des bœufs..."

Cette incapacité des "rois fainéants" entrait trop bien dans le jeu de l'ambitieux Ebroïn pour qu'il songeât à y remédier. Au contraire, l'évêque d'Autun, investi par Childéric d'une autorité quasi royale, employa tous ses efforts à rendre son prestige à la royauté.

N'ayant qu'un but, la prospérité du royaume, il exigea de tous le respect de la justice et l'exacte observation des lois.

Il fit rétablir l'ancienne police et protéger le peuple.

Aux gouverneurs de province, qui avaient pris l'habitude d'empiéter sur leurs droits réciproques, il enjoignit de garder les limites de leur juridiction : cette juridiction elle-même, dans sa durée, fut restreinte par Childéric qui porta qu'elle ne serait plus à vie.

On supprimait ainsi les abus d'un pouvoir excessif, toujours dangereux pour l'autorité royale, exposé à faire subir au peuple les caprices d'une administration sans contrôle.

Pour compenser ces restrictions, Léger affermit l'autorité des gouverneurs en ordonnant aux juges de garder intactes les anciennes lois provinciales.

A la Cour de Childéric, comme à Autun, Léger fut à hauteur de la tâche qu'on lui avait confiée.

C'en était trop pour certains Seigneurs, jaloux du prestige toujours grandissant de Léger, frustrés par ailleurs dans leurs ambitions que réfrénait la sagesse du gouvernement. Anciens ennemis, pour la plupart, de l'évêque d'Autun, ils rééditèrent, sous une autre forme, les calomnies qu'ils avaient essayées auprès d'Ebroïn.

A Wulfoald, le vrai Maire du Palais, ils représentèrent Léger comme un ambitieux qui s'efforçait de le supplanter.

A la Cour, ils manoeuvrèrent autrement.

Vils flatteurs toujours, ils favorisaient les plaisirs du jeune prince. Childéric laissa transgresser les lois que lui-même avait édictées ; à son tour, il les transgressa en épousant la fille de son oncle.

St Léger le reprit en secret de ses déportements.

Les ennemis de notre Saint l'accusèrent pourtant de se faire complice de la scandaleuse conduite du Roi. L'Evêque en remontra publiquement au Roi et le menaça des châtiments divins ; les courtisans, changeant de tactique, aigrirent le jeune Prince contre son conseiller, lui représentant la droiture et la fermeté de Léger comme l'effort d'une ambition mal contenue qui le poussait à profiter des défauts du Roi pour le dominer.

Ils avaient touché juste.

A ces perfides insinuations, Childéric, qui d'abord avait bien reçu les observations de l'Evêque d'Autun, s'en crut désormais le jouet. Il s'en prit à lui des désordres qui reparaissaient dans le royaume, et finit par le haïr.

 

V. Premières persécutions - Exil à Luxeuil

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Léger, qui croyait encore à l'amitié du Roi, l'invita à venir passer les fêtes de Pâques à Autun.

Childéric s'y rendit avec les Seigneurs de la Cour.

Or l'Evêque avait reçu chez lui le Patrice Hector Gouverneur de Marseille, ignorant qu'on accusait son hôte devant le Roi d'avoir enlevé la fille d'une Dame de Clermont pour s'assurer les biens que cette Dame avait légués à un hôpital.

L'occasion de perdre Léger, que cherchaient avidement ses détracteurs, s'offrait à eux d'une manière inespérée. Ils s'en emparèrent aussitôt.

Pour eux, l'Evêque d'Autun connaissait le délit dont on accusait le Patrice Hector ; il savait aussi qu'Hector n'avait pas la faveur du Roi. Pour quel autre motif l'aurait-il hébergé sinon pour tramer avec lui un complot contre Childéric ?

Ils dénoncèrent donc au Roi le complot dont il était l'objet.

Celui-ci, heureux de trouver un prétexte à son ressentiment, fatigué des remontrances que lui adressait son fidèle conseiller, résolut d'exécuter aussitôt son projet de le faire mourir.

On avertit l'Evêque des calomnies dirigées contré lui et des intentions du Roi. Ces menaces, loin de l'émouvoir, affermirent son courage. Il désirait ardemment mourir pour les droits de la justice. Que lui importait, d'autre part, le jugement des hommes ? Sa conscience ne lui reprochait rien.

Dans ces dispositions, il se rendit chez le Roi le Vendredi-Saint. Childéric voulut de sa propre main le frapper ; mais, sur l'avis de quelques Seigneurs, il se retint. L'heure de Dieu, qui réservait à Léger de plus grandes souffrances, n'avait pas encore sonné.

"La nuit où l'on célébrait à Autun les vigiles du saint jour de Pâques, raconte le biographe anonyme, le roi Childéric ne se rendit pas à la Cathédrale ; mais, rempli de mauvais desseins contre le serviteur de Dieu, il alla au monastère de St-Symphorien où, sans aucune préparation, il ne craignit pas de faire ses Pâques.

Ce crime accompli, déjà pris de vin, tandis que les autres attendaient à jeun les saintes solennités, il entra dans la Cathédrale et, criant à haute voix, appela Léger par son nom comme si l'Evêque avait pris la fuite au bruit déjà répandu que l'on en voulait à sa vie.

L'Evêque se trouvait au baptistère.

L'ayant appris, Childéric y entra aussitôt. Il resta stupéfait devant l'éclat des lumières, à l'odeur aussi que d'une manière inaccoutumée exhalait le Saint Chrême.

"Me voici" répondit Léger aux clameurs du Roi.

Celui-ci, ne reconnaissant ni sa voix, ni sa personne, passa outre et rentra au palais.

Les Evêques, qui avaient assisté aux vigiles avec l'homme de Dieu, s'en retournèrent chez eux. Léger, l'office achevé, se rendit sans crainte chez le Roi, et doucement lui demanda pourquoi il n'était pas venu avant les Vigiles, selon la coutume, pourquoi aussi il était irrité. Ce calme étonna beaucoup Childéric : il balbutia un semblant de réponse et finit par avouer qu'il le tenait en suspicion."

 

 

Childéric avait résolu sa perte : telle fut dès lors la conviction de l'Evêque.

Le Patrice Hector était condamné avec lui.

Craignant plutôt pour son hôte, Léger s'enfuit d'Autun avec lui pendant la veillée pascale.

Averti, le Roi les fit poursuivre. Hector, après une vigoureuse résistance, fut tué, mais l'Evêque ne subit aucun attentat. On le conduisit au monastère de Luxeuil où il devrait attendre que Childéric eût statué sur son sort.

D'aucuns, ses ennemis, voulaient sa déposition et sa mort ; d'autres, usant d'un compromis, persuadèrent au Roi de l'enfermer à Luxeuil jusqu'à la fin de ses jours. Childéric, sur les instances d'Ermenaire, abbé de St Symphorien, embrassa le parti des modérés et condamna Léger à la réclusion perpétuelle.

A Luxeuil, notre Saint se réconcilia avec Ebroïn qui lui promit de ne plus rien entreprendre contre lui. Fourberie nouvelle, moyen pour l'ancien Maire du Palais d'attendre et de frapper ainsi plus sûrement son ennemi.

 

 

VI. Retour à Autun

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Privé des conseils de l'Evêque d'Autun, adonné de plus en plus aux plaisirs, Childéric laissa toutes choses aller à la dérive.

"Surgirent alors, dit le chroniqueur Frédégaire, les séditions, les insultes et les troubles. Il fit tant et si bien que s'éleva contre lui une violente haine."

Par ses ordres, on attacha à un arbre et on battit de verges un noble Franc nommé Bodilon. Cet indigne traitement mit le comble à la fureur des grands.

Deux Seigneurs, Ingolbert et Amabert, enveloppèrent Childéric dans une sédition. Bodilon le tua dans la forêt de Livry, avec Blichilde sa femme et Dagobert son fils (673).

Ce meurtre rendit la liberté aux deux reclus de Luxeuil.

St Léger revint à Autun sous la garde d'une bonne escorte : il pouvait craindre les troubles qui accompagnèrent l'avènement de Thierry.

Ses ennemis n'avaient pas désarmé.

Quant aux partisans d'Ebroïn, venus eux aussi pour le faire sortir de Luxeuil, ignorant que l'ancien Maire du Palais devait la vie à Léger, ils voyaient en lui un persécuteur d'Ebroïn et se proposaient d'en tirer vengeance.

Les deux escortes se rejoignirent.

On allait en venir aux mains lorsqu'arriva St Genès, archevêque de Lyon, à la tête d'une troupe nombreuse qui renforça l'escorte de l'Evêque d'Autun.

Ebroïn, jugeant qu'il n'aurait jamais l'avantage, renonça, contre son gré, à s'emparer de son ennemi. Dissimulant ses desseins, il suivit jusqu'à Autun les deux Evêques.

Léger fut reçu avec grande joie par son peuple.

"On orna les rues, dit son biographe, le clergé vint à sa rencontre portant des flambeaux et chantant des hymnes."

Le lendemain de ce retour triomphal, Léger et Ebroïn quittèrent ensemble Autun pour présenter leurs hommages à Thierry, le nouveau Roi.

Mais Ebroïn, prêt à vendre ses services, désireux qu'il était de redevenir Maire du Palais, quitta brusquement son compagnon de route pour nouer avec ses amis de nouvelles intrigues.

Quelque temps après, il apprit que les Francs, sur le conseil de Léger, avaient choisi pour Maire du Palais Leudésius, fils d'Erchinoald.

A cette nouvelle, Ebroïn, furieux d'avoir été prévenu et, par ailleurs, frustré dans ses desseins ambitieux, réunit tous les mécontents et marcha contre Thierry. Il attira Leudésius à une conférence et le fit assassiner. Puis, inventant à Clotaire III un fils qu'il nomma Clovis, il publia la mort de Thierry et mit son Clovis sur le trône.

En ce temps de compétitions et de troubles, l'imposture devait réussir. Elle réussit. Ebroïn se rendit maître de plusieurs provinces et lutta jusqu'à ce que Wulfoald écarté, Ludésius mort, Thierry reclus dans un monastère, les trois royaumes de Bourgogne, de Neustrie et d'Austrasie réunis en un seul sous le gouvernement fictif de Clovis, il put régner seul, ayant satisfait l'ambition d'être tout qui ne lui laissait aucun repos.

Ebroïn cependant, malgré sa puissance reconquise au prix du mensonge et du meurtre, craignait encore. Son ennemi, le seul capable de lui résister efficacement, l'Evêque d'Autun vivait, toujours prêt, pensait-il, à protester contre son usurpation, à ranimer les courages abattus en vue de détruire un pouvoir si péniblement acquis.

Il ne se trompait qu'à demi.

Léger, retiré dans son diocèse, faisait disparaître peu à peu les désordres occasionnés par son absence.

Que pouvait-il à la Cour d'un Roi qu'il réprouvait comme illégitime ? Prendre part aux intrigues que nouaient des ambitions particulières lui répugnait souverainement. Il tenait pour Thierry, frère de Childéric et de Clotaire, partant leur successeur légitime.

Déplorant les désordres auxquels donnait lieu le dépit d'Ebroïn, il attendait dans le calme et la prière qu'une occasion lui fût donnée d'intervenir utilement dans les affaires du royaume, soit pour qu'on reconnût Thierry, soit, encore, si cette reconnaissance était impossible, pour détruire l'influence néfaste du Maire du Palais.

Ebroïn s'inquiétait donc à juste titre et ne souffrait pas à Autun la présence de son antagoniste. Il devait en finir avec lui.

Comment s'y prendre ? Quel prétexte inventer ?

Il en était à réfléchir au moyen de porter ce dernier coup quand deux méprisables personnages, Diddon et Waimer, s'offrirent à satisfaire sa haine.

Qu'on les mît à la tête d'une armée ; ils assiégeraient Autun, exigeraient comme rançon que Léger leur fut livré. Ebroïn pourrait alors s'en débarrasser comme de Leudésius et tant d'autres victimes de son ressentiment.

Cet audacieux projet combla de joie le Maire du Palais qui l'approuva pleinement et donna des ordres en conséquence.

Diddon et Waimer marchèrent sur Autun.

 

VII. Siège d'Autun. Prélude du Martyre

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Nous laissons au biographe anonyme de notre Saint le soin de raconter le siège d'Autun et comment on préluda au Martyre de St Léger.

"L'Evêque, à la nouvelle qu'une armée s'avançait sur Autun pour s'emparer de sa personne, refusa de s'enfuir et sans crainte attendit le jugement de Dieu.

Il ordonna aux gardiens de la ville de porter à l'extérieur les plats et autres vases d'argent ; puis, faisant appeler les argentiers, il leur dit de briser ces plats et`ces vases afin d'en distribuer aux pauvres les morceaux. Il en réserva une partie pour le service des églises et monastères tant de la ville que du diocèse.

Alors, rempli de l'Esprit de sagesse, l'homme de Dieu parla de la sorte aux fidèles :

"J'ai résolu, mes frères, d'oublier le siècle et de craindre bien plutôt le mal spirituel que celui pro-venant d'un ennemi terrestre. Si un fils de la chair a reçu de Dieu une telle puissance pour la persécution, le meurtre et l'incendie, comment pourrions-nous lui échapper, en fuyant ? Si, au contraire, la perte des choses qui passent nous conduit à l'observation des saints commandements, ne désespérons pas : réjouissons-nous dans l'attente des dons de Dieu. Que l'exercice des vertus fortifie notre âme ; et pour que: l'ennemi ne puisse nous mettre en péril en entrant dans la ville, faisons-la garder avec soin."

Ame de tout son peuple, l'Evêque prescrivit un jeûne de trois jours, parcourut l'enceinte de la ville avec la croix et les reliques des Saints. A chaque porte, il se prosternait contre terre, priant le Seigneur avec larmes que, s'il l'appelait au martyre, il ne permît pas que son peuple tombât en captivité.

Son désir fut exaucé.

Le peuple des environs, craignant l'ennemi, se retira dans la ville. On ferma les portes et des gardes y furent placés.

L'homme de Dieu fit entrer tout le monde dans l'église et pria ses ouailles de lui pardonner la peine que, dans ses réprimandes nécessaires, il aurait causée.

L'armée d'Ebroïn arriva et campa autour de la ville. Un premier combat eut lieu entre assiégeants et assiégés. Mais quand, la ville cernée de tous côtés et pressée par les ennemis qui rôdaient jour et nuit en vociférant comme des chiens, Léger se fût rendu compte du danger, il arrêta le combat et dit à son peuple :

"Cessez, je vous prie, de combattre contre ces gens. S'ils sont venus à cause de moi seulement, je suis prêt à les satisfaire, à calmer à mes dépens leur fureur. Nous ne devons pas toutefois sortir d'ici avant d'avoir été entendus. Envoyons quelqu'un d'entre nous qui leur demande pourquoi ils assiègent la ville."

On fit descendre aussitôt par les remparts l'abbé Méroald.

Arrivé devant Diddon, Méroald le pria de faire cesser le combat et d'accepter telle rançon qu'il voudrait. Diddon lui répliqua, menaçant qu'il n'arrêterait pas le siège d'Autun avant d'avoir pris Léger et assouvi dans son sang la fureur des soldats ; à moins que Léger ne jurât fidélité à Clovis qu'Ebroïn avait illégitimement couronné.

 

 

L'homme de Dieu, mis au courant de cette réponse, fit publier ses intentions :

"Sachez, vous tous tant mes frères et amis que mes adversaires et ennemis, qu'aussi longtemps que Dieu me gardera en vie, je serai fidèle à Thierry. Plutôt mon corps au glaive que cette honteuse trahison !"

Les assaillants reprirent alors et multiplièrent leurs attaques contre la ville, y mettant le feu et lançant des projectiles.

Léger dit adieu à son peuple, communia, raffermit les âmes inquiètes, leur recommanda le souvenir de sa passion. Il marcha résolument vers les portes, les fit ouvrir et se présenta à ses ennemis qui furent remplis de joie.

Inventant les supplices les plus odieux, ils lui arrachèrent les yeux de la tête. On le vit, durant cette torture, supporter d'une manière surnaturelle l'extraction par le fer. Plusieurs témoins affirment qu'il ne souffrit pas qu'on lui liât les mains.

Aucun gémissement ne sortit de sa bouche quand on lui creva les yeux : il louait Dieu en chantant des psaumes."

Les ennemis, après s'être joyeusement partagé les dépouilles provenant du sac d'Autun, remirent Léger à la garde de Waimer et quittèrent la ville.

 

VIII. Patience et résignation

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Ebroïn ordonna à Waimer d'égarer le saint évêque d'Autun dans une forêt. Après l'y avoir laissé mourir de faim, on publierait qu'il s'était noyé. On lui élèverait un tombeau. La postérité ne croirait-elle pas, sur ces témoignages, qu'on l'avait traité avec honneur ?

La haine et la vanité d'Ebroïn, son ambition seraient satisfaites. La mort de Léger, on la voulait ; car son prestige, grandi encore depuis le siège d'Autun, diminuait le sien, à lui, Maire du Palais. Les honneurs posthumes accordés à ses restes lui enlevaient, dans l'opinion, l'auréole des persécutés et protégeaient. Ebroïn contre la réprobation publique.

Ces calculs hypocrites autant que barbares échouèrent de la façon la plus inattendue.

Waimer fit souffrir notre Saint, suivant les ordres qu'il avait reçus.

La courageuse patience du martyr le toucha. Les tortures endurées par lui passaient les forces humaines ; et puisque Léger les supportait vaillamment, c'est que Dieu l'y aidait : il était donc un homme de Dieu, et, par suite, les accusations dont on le chargeait n'avaient aucun fondement.

On le calomniait. Et lui, Waimer, s'était fait l'instrument de ces calomnies : il exposait à la plus cruelle des morts un innocent.

Saisi de compassion pour son prisonnier, il le conduisit dans sa maison et lui fit donner tous les soulagements que son état misérable nécessitait.

Les entretiens qu'il eut avec lui achevèrent sa conversion. Frappé de crainte, à la pensée des jugements de Dieu, il honora, de concert avec sa femme, les vertus de son hôte. L'argent, qu'il avait enlevé à l'Eglise d'Autun, appartenant à l'évêque, il le lui restitua pour qu'il en disposât à son gré.

Léger remit ce trésor entre les mains de l'abbé Betton avec ordre de le distribuer aux pauvres d'Autun.

Waimer garda chez lui quelque temps l'évêque, puis le fit conduire dans un monastère où il resta deux ans.

Cependant, la fable du faux Clovis ne tenait plus. Thierry dut sortir de St-Denys, où Ebroïn l'avait fait entrer, et reprit, avec son titre de roi, le gouvernement du royaume.

Ce coup, dû au réveil de la conscience nationale, loin de surprendre et d'irriter Ebroïn, fit jouer en lui les nombreux ressorts de son hypocrite fourberie.

Il abandonna son fantôme de roi et, sans scrupule ni pudeur, se rallia à Thierry. Tout ce qu'on exigea de lui, il le promit, craignant que son passé ne prévint contre lui l'esprit du roi.

Son passé, il le renia.

Il offrit ses services à Thierry que jadis, contre l'avis des Seigneurs, il avait mis sur le trône, ne voulant pas de Childéric, puis, après la mort de Childéric, remplacé par un roi de sa façon. Les Seigneurs qu'il détestait, à qui il n'avait pas ménagé les avanies, il les flatta ; se fit auprès d'eux très petit, jusqu'au jour où, par la sottise de Thierry et la faiblesse des grands, Maire du Palais, il redevint plus fort que jamais.

Alors il jeta le masque. Celui qu'on avait accueilli humble et repentant brusquement se redressa, disant à tous qu'il faudrait compter avec lui. Il se vengea de ceux qui ne l'avaient pas servi jusqu'au bout : Waimer fut pendu. Il dépouilla les uns de leurs biens, enferma les autres Ni religieuses, quand elles étaient de qualité, ni abbés, ni évêques ne furent épargnés. Pour échapper à ses coups, des Seigneurs s'enfuirent au fond de l'Aquitaine ; d'autres se réfugièrent en Austrasie sous la protection de Dagobert II.

Léger, qu'on avait, malgré ses ordres, laissé vivre, ne fut pas épargné.

Que pouvait-il cependant craindre d'un vieillard aveugle, retiré dans un monastère ? N'importe ! L'opinion voyait en lui un martyr et l'on accusait publiquement Ebroïn des tortures infligées à l'évêque d'Autun. Ebroïn n'en voulait pas davantage : Léger devait mourir.

Cette fois, il eut recours à un moyen, légal en apparence, mais qui cachait mieux son jeu.

Sous prétexte de rendre justice à la mémoire de Childéric, il fit rechercher ses meurtriers. On répandit, par ses ordres le bruit que l'évêque d'Autun avait coopéré au régicide avec le Comte Guérin son frère.

Tous deux eurent à comparaître devant le roi.

Ebroïn les accabla de reproches.

Léger lui répondit : "Tu veux te mettre au-dessus de tous en France ; mais bientôt cette dignité que tu mérites si peu te sera enlevée."

A ces paroles, Ebroïn entra en fureur et fit endurer à ses victimes mille indignités. Il ordonna qu'on les séparât pour les priver de la consolation de se voir et de s'encourager mutuellement.

Léger exhorta le Comte Guérin à la patience, lui dit de se soumettre complètement à la volonté de Dieu :

"Courage, mon frère ; il faut que nous souffrions tout ceci : les maux de cette vie, que sont-ils, en face de la gloire future ? Si nos péchés sont grands, la miséricorde de Dieu l'est encore plus. Le temps de nos souffrances sera court ; éternel celui de notre récompense."

Guérin fut attaché à un poteau et lapidé. Pendant ce supplice, il disait :

"Seigneur Jésus venu pour appeler les pécheurs, recevez mon âme. Puisque vous daignez m'accorder une mort semblable à celle des martyrs, ô Dieu de bonté, couronnez cette grâce en me remettant tous mes péchés."

 

 

IX. Lettre de consolation à Sigrade

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Ebroïn persécutait la famille de St Léger. Il confisqua les biens de sa mère Sigrade et l'envoya au monastère de Notre-Dame à Soissons. Sigrade y embrassa la vie religieuse avec une grande ferveur.

Elle vivait encore quand le Comte Guérin, son fils, mourut victime des calomnies d'Ebroïn. Pour la consoler, Léger lui écrivit en ces termes :

"A Madame et très sainte mère Sigrade, à celle qui autrefois était ma mère selon la chair, mais qui l'est devenue bien plus selon l'esprit, Léger serviteur des serviteurs de Jésus-Christ Notre Sauveur, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Je rends grâces à mon Dieu qui ne m'a point privé de sa miséricorde, mais qui m'a fait entendre la joie et l'allégresse pour la foi et la patience avec laquelle vous avez supporté toutes les tribulations, à l'exemple de celui qui doit nous juger.

Aucune langue, Madame, nul discours ne peut exprimer la joie que vous devez éprouver dans le Seigneur. Vous avez quitté ce qu'il fallait abandonner et obtenu ce que votre âme désirait. Le Seigneur a exaucé vos prières, il a considéré vos larmes. Il vous a enlevé ce qui paraissait vous retarder dans la voie du Salut, afin que, dégagée des liens qui vous attachaient au monde, vous viviez pour Dieu et goûtiez combien doux est le Seigneur.

Heureuse mort qui donne la vie I Heureuse perte des biens qui mérite des richesses éternelles ! Heureuse tristesse qui procure la joie des anges I

Déjà vous avez éprouvé les miséricordes du Seigneur Jésus ; il vous a inspiré le mépris du monde pour vous faire pratiquer les observances d'une sainte règle. Vos enfants, il les a délivrés des misères du siècle et leur a donné l'espoir d'une vie éternelle ; au lieu que vous auriez dû les pleurer comme morts, si en mourant vous les eussiez laissés ici-bas.

A la suite de notre Roi, prenons garde, nous ses fidèles soldats, qu'il ne trouve rien en nous du vieil homme. Si peu qu'il en restât, cela nous causerait un détriment considérable, surtout si nous gardions au cœur quelque ressentiment contre nos ennemis. Que Dieu préserve toujours de cette rancune ses fidèles chrétiens !

Est-il une vertu plus parfaite que l'amour des ennemis pour devenir enfant de Dieu et obtenir, en remettant aux autres, le pardon de nos propres fautes ? Et si l'Auteur de la vie qui a pris une chair immaculée a prié pour ses ennemis, combien plus nous qui sommes remplis de péchés, ne devons-nous pas aimer nos ennemis et prier pour eux !

Et s'il y en a que leur perversité éloigne de notre communion, nous ne devons pas les haïr pour cela, mais les aimer selon le précepte du Seigneur qui nous a créés.

Rien de meilleur que la crainte de Dieu ; rien de plus doux que de vivre sous sa loi. Ô Bonne Dame, ce que le Seigneur nous prépare, l'œil de l'homme ne l'a point vu, son oreille ne l'a point entendu, son cœur n'a pu le sentir... Rendez grâces à Dieu dans les siècles des siècles."

Ainsi, comme un autre Ignace, exilé de son diocèse, dépouillé de ses biens et dignités, torturé, bafoué, sur le point de subir une mort ignominieuse, l'évêque d'Autun oublie ses propres souffrances pour soulager celles de sa mère.

"Telle est cette lettre, dit le Cardinal Pitra dans sa vie de St Léger, telle est cette lettre, cher et inestimable trésor qui nous fait regretter davantage que ce grand saint n'ait pas plus souvent consigné ses éloquentes inspirations ou que le temps ne les ait pas plus religieusement conservées. Cette page au besoin suffit pour nous révéler Léger. Son âme s'y peint avec cette sérénité du juste, cette délicate sollicitude d'un fils et d'un père, cette joyeuse et triomphante assurance du martyr qui touche à la palme, toutes choses qui en un moment aussi suprême supposent ou une étonnante force d'âme ou des communications surhumaines."

Sigrade fut honorée comme sainte au monastère de Notre-Dame à Soissons où l'on garde ses reliques avec celles de son fils St Guérin.

 

 

X. Nouvelles souffrances et mort de Saint Léger

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Le Saint Evêque eût souhaité, si Dieu l'avait voulu, de mourir avec son frère.

Mais Ebroïn, par un raffinement de cruauté qui chez lui n'étonne pas, lui réservait de plus longs et plus cruels supplices. C'était un persécuteur qui graduait savamment les effets de sa haine pour déprimer peu à peu le courage, faire tomber sa victime et lui ravir, si possible, la couronne du martyre.

Jeter son ennemi dans le désespoir, le compromettre aux yeux du roi, de la cour et du peuple ; le condamner enfin à une mort honteuse : telle était la pensée intime d'Ebroïn au sujet de l'évêque d'Autun.

Sur ses ordres, on conduisit notre Saint dans une pièce d'eau pour qu'il y marchât sur des tessons aigus. Il en sortit les pieds ensanglantés.

Léger avait reproché à Ebroïn ses injustices : on lui coupa les lèvres et la langue ; on lui taillada les joues. Le peuple le vénérait comme un martyr : on le dépouilla de ses habits et, tout nu, on le promena par les villes et villages sur des chemins boueux qui le souillèrent et le rendirent méconnaissable.

A bout de forces, il ne pouvait plus marcher ni se soutenir.

Il faudrait bien qu'enfin il blasphémât ! Tant de hontes briseraient son orgueil ; tant de souffrances abattraient son courage !

Ebroïn le croyait.

Mais jamais son ennemi ne parut plus fort et plus heureux : en son cœur, il bénissait Dieu. Jamais aussi il n'inspira autour de lui autant de respect.

De guerre lasse, Ebroïn le remit entre les mains du Comte Vaningue, gouverneur du pays de Caux, lui enjoignant avec menaces de le laisser périr de misère.

Vaningue l'attacha sur un cheval rétif et l'emmena chez lui.

En chemin, on crut qu'il allait expirer, sous la douleur que lui causaient ses blessures, affaibli de plus en plus par la perte de son sang.

L'abbé Winobert, qui l'avait suivi de loin pour l'assister, entra dans le gîte où il reposait, étendu sur de la paille et recouvert d'une toile de tente. Le saint martyr respirait avec peine.

Ayant reconnu Winobert, il se mit à lui parler, bien qu'on lui eût coupé la langue et les lèvres. Ce prodige fut constaté par beaucoup de témoins qui l'attribuèrent à la puissance divine. Winobert, transporté de joie, en informa Ermenaire, abbé de St-Symphorien et administrateur du diocèse d'Autun en l'absence de Léger.

Celui-ci, bravant la colère d'Ebroïn, vint aussitôt visiter son Evêque. Il fit panser les plaies du malade et le pourvut d'habits et de nourriture.

A son arrivée chez Vaningue, Léger était guéri : sa langue et ses lèvres avaient complètement repoussé.

Vaningue, homme de bien, indigné des mauvais traitements qu'on avait fait subir à son hôte, voyant en lui un serviteur de Dieu, l'entoura de vénération et prit soin que rien ne lui manquât. Il le conduisit dans l'abbaye de Fécamp. Là notre Saint édifia les religieuses par ses vertus et ses prédications. Tous les jours, malgré sa cécité, il put célébrer la Messe. Dans cette retraite, il apprit la mort de ses anciens persécuteurs. Loin de s'en réjouir, il pleura sur eux, priant Dieu de les épargner dans sa colère.

A cette époque, Thierry convoqua une assemblée générale, composée d'évêques et de seigneurs du royaume.

Ebroïn y traduisit l'évêque d'Autun pour qu'il se justifiât de l'accusation de régicide portée contre lui. Léger protesta de son innocence, en appelant à Dieu qui scrute les reins et les cœurs.

La scène se passait uniquement en face du Roi et d'Ebroïn qui, par ce stratagème, avaient espéré surprendre la bonne foi de l'Evêque. Celui-ci leur prédit à tous deux des choses que l'avenir confirma.

Aux instances par lesquelles on le pressait de s'avouer coupable. Léger répondit qu'enfermé à Luxeuil quand Childéric fut assassiné, n'ayant de communication avec personne du dehors, sous les yeux d'Ebroïn lui-même, il ne pouvait avoir coopéré au régicide.

Dépité et rempli de fureur, Ebroïn lui fit déchirer la tunique de haut en bas, signe de dégradation. Thierry approuva la déposition. Ainsi reconnut-il la fidélité de Léger qui, même au prix de son sang, l'avait soutenu contre les prétentions d'Ebroïn, son âme damnée maintenant !

L'Evêque d'Autun déposé devait mourir.

Robert, Comte du Palais, fut chargé d'exécuter la sentence.

Brisé de fatigue, Léger dut s'arrêter en chemin. Pendant qu'on lui cherchait à boire, il parut à ses gardes la tête entourée d'une auréole. Ceux-ci, pris de frayeur, lui demandèrent quel était ce prodige.

Aussitôt Léger se prosterna et rendit grâces à Dieu pour les consolations qu'il daignait lui envoyer.

Les assistants stupéfaits se disaient entre eux : "Cet homme est un véritable serviteur de Dieu."

Peu de temps après, Vaningue reçut chez lui l'Evêque d'Autun. Dieu bénit sa maison. Maîtres et serviteurs, remplis de la plus vive componction, confessaient humblement leurs fautes.

La seule présence de Léger inspirait l'amour de la vertu.

Hélas ! arrivèrent du Palais des ordres pressants par lesquels Ebroïn exigeait qu'on exécutât sans délai la sentence de mort prononcée contre l'Evêque d'Autun. On le conduirait dans la forêt de Sarcing où se trouvait un puits très profond. On jetterait son cadavre dans ce puits. Bien habile serait celui qui le découvrirait ! Dès lors, impossible d'honorer les restes de Léger comme ceux d'un martyr.

Ce calcul du haineux Ebroïn reçut encore des évènements le plus absolu démenti.

Le Comte Robert ne put se résoudre à l'exécution de ces ordres : il en chargea quatre de ses domestiques. Ceux-ci, parvenus en pleine forêt, cherchèrent longtemps le puits qu'ils connaissaient bien cependant. Ils ne purent le retrouver.

Après une marche pénible par des sentiers à. peine formés, notre Saint les arrêta :

"Mes enfants, leur dit-il, pourquoi vous fatiguer en allant plus loin ? Faites ici ce qu'on vous a commandé."

Trois d'entre eux, se prosternant à ses pieds, le conjurèrent de les bénir et de leur pardonner sa mort. Léger se mit à genoux et pria :

"Seigneur Dieu, Père de Jésus-Christ, soyez béni de m'avoir conduit à cette heure dernière. Je vous conjure de m'accorder votre miséricorde et de me faire participer à la gloire des Saints dans l'éternité bienheureuse. Mais, mon Dieu, pardonnez à mes persécuteurs et par eux glorifiez-moi."

Il se leva et présenta la tête que le quatrième bourreau impatienté trancha d'un seul coup. Le martyr restant dans la même position, le bourreau le frappa du pied. Au même instant - punition de son sacrilège - un vertige frénétique secoua ses membres et le précipita dans le feu où il périt misérablement.

Le martyre de St Léger eut lieu le deux Octobre 678 dans la forêt de Sarcing près d'Arras.

 

XI. Sépulture. Translation. Miracles

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La Comtesse Robert recueillit pieusement la dépouille mortelle du Saint Martyr et l'ensevelit dans l'oratoire de sa maison de campagne.

Le corps y resta trois ans et demi.

Dieu rendit témoignage à la sainteté de Léger par les nombreux prodiges qui s'accomplirent au lieu de sa première sépulture.

De toutes parts on y accourait.

Confondu et alarmé. Ebroïn dépêcha au tombeau un de ses affidés avec mission de contrôler les faits miraculeux, au besoin même, de les nier publiquement.

Celui-ci rencontra un homme guéri de cécité par l'intercession du martyr qui partout publiait la faveur dont il venait d'être l'objet. Incrédule, l'envoyé d'Ebroïn frappa du pied le tombeau du Saint en s'écriant : "Non ! ce mort ne saurait faire de miracles." Cette insolence lui coûta la vie : il tomba foudroyé.

Loin d'être ému par ce châtiment, Ebroïn défendit, sous les peines les plus rigoureuses, qu'on publiât les vertus et les miracles de Léger.

Il n'arrêta pas cependant le bras de la justice de Dieu levé sur lui pour venger le sang qu'il avait répandu. Un Seigneur, nommé Hermanfroi, dont Ebroïn avait décidé la mort, l'assassina en 681.

Ebroïn disparu, Léger sembla revivre.

Ceux que la crainte et la complaisance avaient retenus à l'écart, publièrent à l'envi les louanges de l'Evêque d'Autun.

Thierry lui-même reconnut son injustice ; et, après la vérification juridique des miracles attribués à notre Saint, il honora comme martyr celui que, sur l'accusation d'Ebroïn, il avait cru coupable.

Dans une assemblée générale, les évêques de Poitiers, d'Autun et d'Arras réclamèrent, chacun pour son propre diocèse, la possession des restes du martyr. Leurs droits étant égaux, le Roi confia à Dieu le soin de décider qui des trois Evêques posséderait les précieuses reliques.

Après un jeûne et des prières publiques, on célébra en grande pompe le Sacrifice de la Messe. Sur l'autel trois billets portant les noms des évêques avaient été placés. Le sort désigna Ansoald de Poitiers.

Ansoald fit partir aussitôt pour Sarcing Andulfe, abbé de St-Maixent et ancien disciple de Léger. Celui-ci leva le saint corps solennellement et repartit pour Poitiers.

Un concours prodigieux de peuple assista à la translation : clergé et moines venaient de tous côtés pour se joindre au cortège accompagnant les reliques. Sur le parcours, un grand nombre de miracles affirmèrent le crédit surnaturel dont notre Saint jouissait auprès de Dieu.

Ces faits, les deux biographes de Léger les attestent, tout en s'excusant de ne pouvoir les consigner tous.

Au territoire de Chartres, une jeune fille, nommée Radingue, sourde, muette et paralytique, recouvra la santé en touchant le cercueil qui renfermait les restes du Saint Evêque.

A Tours, on conduisait au supplice une femme accusée d'avoir tué son mari. Au passage des reliques : "Bienheureux Léger, s'écria-t-elle, secourez moi." Aussitôt se brisa la chaîne qui lui serrait le cou et les mains. Sans chercher d'autre preuve de son innocence, les juges la mirent en liberté.

Robert, évêque de Tours, suivit les reliques jusqu'à Ingrandes. Là fut guéri un boiteux.

Ansoald vint de Poitiers en procession à la rencontre du cortège. A Poitiers, il déposa le saint corps dans l'église Ste Radegonde, où un paralytique recouvra l'usage de ses membres ; puis dans celle de St-Hilaire où fut guéri un aveugle.

La dévotion du peuple satisfaite, Ansoald remit les reliques aux moines de St Maixent qui firent au corps de leur ancien abbé une grandiose réception. Une mère éplorée y apporta son enfant qui était sur le point de mourir. On le plaça devant le cercueil. Après d'ardentes prières adressées au Saint, le petit corps qui depuis trois heures ne donnait plus aucun signe de vie, se remua et l'enfant de s'écrier : "Ma mère, où êtes-vous ?" Il était complètement guéri.

Ansoald fit reconstruire l'église de St Maixent et y plaça, recouverts d'un mausolée magnifique, les restes du Saint.

Bientôt, pour satisfaire une dévotion qui se répandait de plus en plus, on divisa les reliques en nombreuses portions.

Lors de l'invasion des Normands, on porta de province en province ce qui restait du corps de St Léger. Ces voyages étendirent son culte en Bretagne, en Auvergne, en Bourgogne, en Flandre. Sous son vocable furent érigées de nombreuses églises. Le précieux trésor demeura au monastère d'Ebrenettes, situé entre l'Auvergne et le Bourbonnais. Néanmoins quelques fragments furent rapportés à Poitiers où on les conserve encore.

Le chef du Saint, dit-on, fut déposé au monastère de Murbach et plus tard à Chaux-les-Châtillon, où on le vénère placé dans un buste d'argent.

L'histoire complète du culte de St Léger dépasse les limites de cette courte biographie. On peut la trouver dans les notices particulières et dans la vie du Saint par le Cardinal Pitra.

 

 

 
 "Vie de Saint Léger, Evêque d'Autin"
par un moine de St Symphorien d'Autun qui vécut auprès du saint
 "Saint Léger - La Légende Dorée"
de Jacques de Voragine, nouvellement traduite en français - 1261-1266
 "De St Léger, évêque et martyr", par le R.P. Simon Martin
Les Nouvelles Fleurs des Vies des Saints - 1654
 "Saint Léger - 2 octobre"
Les Vies des Saints - 1724
 "Histoire de saint Léger, évêque d'Autun et martyr"
par le R.P. Dom Pitra - 1846
 "Saint Léger - son martyre - sa première sépulture à Lucheux"
par l'abbé Théodose Lefèvre - 1884
 "saint Léger, évêque d'Autun, martyr"
Imprimeur E. Petithenry, Paris - vers 1900
 "Vie de Saint Léger"
par le R.P. Camerlinck, de l'Ordre des Frères Prêcheurs - 1906
 "Léger, d'Autun"
par
Dom H. Leclercq - 1929
"Eléments pour une étude sur la diffusion du culte de Saint Léger"
parue dans "la revue du Bas Poitou" tome IV - 1971
 "Saint Léger - fête le 2 octobre - 3 octobre"
La Légende Dorée d'Autun, par Denis Grivot - 1974
"Saint Léger", par Denis Grivot,
Maître de Chapelle Honoraire de la Cathédrale d'Autun
 La prédication sur Saint Léger faite à l'église protestante
de St Légier la Chiésaz (Suisse) - 1997
 
 "Saint Léger, évêque d'Autun et martyr"
2 homélies du Père Alexandre, St Léger sous Beuvray - 1998 et 2003
 "Saint Léger, porte-parole des élites bourguignonnes"
tiré du Journal de la Bourgogne - 2002
 "le bon et la brute" ou "Léger contre Ebroïn"
sur le très joli site "Auxonne, capitale du Val de Saône" - 2009

 

 

http://www.stleger.info