L'extraction de la glaise à aint Léger aux ois

 

Guy FRIADT rapporte le récit de Monsieur Edouard MUSZYNSKI, né en 1931 à Ribécourt, domicilié depuis 1934 à Saint-Léger-aux-Bois :

 

 

 

Edouard MUSZYNSKI
(photographié au printemps 2005)

 

Son père Jean MUSZYNSKI (°1892 en Pologne, + 1993 à Saint-Léger-aux-Bois) a quitté la Pologne pour venir travailler en Allemagne dans la sidérurgie, employé dans un haut-fourneau à l'âge de 16 ans. Ouvrier, il portait le chapeau melon et la canne pour venir au travail. Il quitte l'Allemagne à la veille du premier conflit mondial et trouve une place dans une mine du nord de la France. Il descend une seule journée au fond de la mine, ce travail ne lui convient pas et, sans avoir donné le moindre coup de pic, quitte la mine.

"Vers 1920", il vient rejoindre son frère aîné Stanislas MUSZYNSKI, employé avec un de ses frères Ludovic pour le compte de la briqueterie d'Hilaire SAMAIN (°24 janvier 1881 à St Denijs-Wvl Belgique, + 31 août 1959 à Ribécourt), ingénieur en électricité, installé à Ribécourt. Stanislas fait fonction de chef d'équipe, avec ses deux frères, et un ou deux autres hommes ouvrent la première exploitation de glaise sur le territoire de Saint-Léger aux Bois sur la rive gauche de la rivière Oise, non loin du futur pont SAMAIN.

Il existe à cette époque d'autres briqueteries sur le territoire de Ribécourt, la briqueterie Saint-Jacques par exemple.

 

C'est à la bêche trempée entre chaque pelletée dans un seau d'eau pour faire glisser la lame dans la glaise qu'ils remplissent les premiers wagonnets de la fabrique.
Un cheval tracte ensuite 4 à 5 wagonnets sur un rail à voie étroite, d'abord sur une pente douce pour sortir de la coupe de glaise, puis jusqu'à un pont flottant, constitué de barques en travers de la rivière, pour gagner au plus court la briqueterie installée le long de la voie ferrée en face de la gare de Ribécourt.

 

Le passage de la rivière est fort délicat : le "charretier" doit conduire son cheval avec beaucoup de maîtrise. L'animal, sur le pont instable, devient nerveux, d'autant plus que le lourd attelage produit un effet de vague en s'engageant sur le ponton, et il faut produire un effort rapide pour remonter sur la rive opposée.

La manœuvre ne se déroule pas tout le temps au mieux et il arrive que le cheval, attelé aux wagonnets, s'affole et tombe avec l'ensemble dans la rivière... Stanislas MUSZYNSKI saute alors dans la rivière pour couper au couteau les harnais du cheval et sauve le pauvre animal de la noyade. C'est ainsi que, sans doute, reposent au fond de cette partie de la rivière plusieurs wagonnets et rails de voie.

  

Le fondateur et directeur de la briqueterie, M. Hilaire SAMAIN, pour éviter ces accidents et les drames qui pourraient arriver, décide la construction d'un pont au-dessus de l'Oise, en lisière de la forêt de Laigue. Il s'agit d'un pont suspendu supportant une voie étroite de chemin de fer, dont la largeur était suffisante pour la traction chevaline.

Des années plus tard, lorsque le tracteur va remplacer le cheval, il n'aura que quelques centimètres pour passer entre les piliers de béton supportant les haubans du tablier du pont. Alors qu'il tracte entre 40 et 60 wagonnets, la flexion du tablier est impressionnante, l'édifice atteignant ses limites de résistance.

 

La glaise extraite de la première coupe était de grande qualité et l'entreprise poursuivit son exploitation en s'éloignant de la rive vers la lisière de la forêt, sur les terres de l'ancienne ferme de Taillepied. Cette vieille ferme disparaîtra totalement, suite à l'exploitation de la glaise.
 

 

 

 le pont suspendu privé de la briqueterie Samain - hier et aujourd'hui...

 

  

Afin de permettre le passage de la voie étroite, un remblai fut constitué sur le site de la 1re coupe conduisant au pont sur l'Oise, laissant de chaque côté un plan d'eau.

L'industrialisation de la nouvelle coupe est réalisée avec la mise en place d'un excavateur à godets de marque allemande RAHAUPAR (RAUPAR) conduit par Jean MUSZYNSKI, se déplaçant le long de la coupe sur un rail et déversant la glaise directement dans les wagonnets qui circulaient sur la voie étroite en parallèle. Les rails étaient reculés d'un intervalle à la fin de chaque coupe. Après avoir décapé la terre végétale, la coupe s'enfonçait dans le banc de glaise verte pour atteindre une profondeur de 3 ou 4 mètres.

  

 

l'excavateur à chaîne à godets

Plus tard, M. Hilaire SAMAIN se rend compte qu'il y a encore des ressources importantes, plus profondément : en homme expérimenté, malgré une main coupée, il prend son couteau pour extraire un échantillon de glaise verte qu'il teste en la goûtant et conclut à la grande qualité du gisement.

Ainsi, sur la surface dégagée de la première coupe, fut mis en service un second excavateur plus grand, dont la profondeur de la coupe atteignait 5 à 6 mètres. Le premier excavateur fut placé pour extraire une nouvelle coupe au fond de la glaisière jusqu'à atteindre la couche de pierre bleue d'où jaillit une eau claire, dont se désaltéraient les ouvriers. Des pompes furent installées pour permettre la poursuite de l'extraction qui refoulaient dans les deux petits étangs, à l'ouest, non loin de la deuxième croix, et un drain sous le chemin évacuait le trop plein dans la rivière.

 

Jean MUSZYNSKI devient le responsable du site de Saint-Léger et Gustave SAMAIN, né le 24 mai 1913 à Vieux Campinaire (Belgique), fils et successeur du fondateur de la briqueterie, se repose sur lui pour gérer la conduite des machines et des hommes.

Jean MUSZYNSKI avait exprimé quelques réticences devant cette promotion, n'écrivant pas très bien le français pour rédiger les formalités d'embauche des salariés au gré des besoins du site, mais la confiance de son employeur était telle qu'il était parfois plusieurs mois sans venir sur le site d'exploitation, les stocks de glaise étant régulièrement approvisionnés et le personnel justement utilisé.

 

plan de coupe de l'exploitation mécanisée avec des excavateurs à chaîne à godets

 

Jean MUSZYNSKI avait acquis peu avant la déclaration de la seconde guerre mondiale un poulain de race bretonne qu'il nomma "Gamin". Ce dernier était en partie coupé (on dit "un pif") et était de ce fait un animal assez nerveux. Attelé au moment de l'évacuation pour fuir devant l'arrivée allemande, il fit des envieux à son retour car on ne le reconnut pas, tant il avait forci, et c'est grâce à l'étoile blanche qu'il portait sur la tête qu'il put être identifié.
Conduit sur ordre de réquisition à Ribécourt, les Allemands n'en voulurent pas, tant il semblait nerveux et difficile à conduire. Ce solide compagnon fut lui aussi, plus tard, embauché au transport de la glaise et attelé aux wagonnets, mais attention ! ce cheval savait compter et savait, par expérience, que lorsqu'il s'élançait avec ses 5 wagonnets, les 5 attaches des wagonnets cliquetaient. Si un cliquetis supplémentaire se faisait entendre, le cheval refusait d'avancer plus en avant, pas dupe du 6e wagonnet qu'on essayait de lui faire tracter...
De même, à cette époque où le travail était rythmé par les coups de sirène de l'industrie, lorsque la sirène de l'usine Saint-Gobain de Thourotte retentissait à 11 h 30, marquant ainsi la fin de la matinée, le cheval s'arrêtait, respectant lui aussi la coupure de journée. Si on essayait de le brusquer pour tenter de le faire travailler, il rentrait directement dans son écurie, traînant derrière lui sa chaîne d'attelage.

 

 

L'industrialisation de l'exploitation nécessite toutes sortes de travaux de maintenance : ainsi Edouard MUSZYNSKI, fils de Jean, est embauché comme ouvrier d'entretien et de maintenance mécanique.

Pendant 12 années 1/2, il sera l'homme à tout faire sur le site. Il terminera son activité aux commandes d'une pelle mécanique à câble, de marque NORDEST, sur chenille, utilisant un godet en rétro ou en but, selon les travaux à effectuer, tant dans l'extraction de glaise à Saint-Léger que sur le site d'extraction d'argile rouge de Dreslincourt, dont le contremaître était son oncle Stanislas, qui conduisait, lui aussi, un excavateur à godets, ou s'occupait des travaux de terrassement dans les environs.

 

Dans la plus grande coupe, la présence de l'eau jaillissant du fond en pierre bleue pose de réelles difficultés pour l'exploitation de la glaise. Aussi Jean MUSZYNSKI entreprend-il la réalisation d'une digue de terre afin de partager la fosse en deux et diminuer le volume de pompage. Dans un premier temps, le remblai n'est pas stable et s'effondre dans l'eau.

Il est alors proposé par Edouard MUSZYNSKI d'alterner des couches de terre avec des branches d'arbres prises dans les futaies à la lisière de la forêt. Le résultat est satisfaisant et donne naissance à la digue que nous connaissons encore aujourd'hui.

Les excavateurs à chaîne à godets ont cédé leur place et les wagonnets ont disparu pour être remplacés par des camions bennes.

Une des premières machines d'excavation

L'exploitation de glaise a cessé à Saint-Léger à la fin des années 70.

 

 

Le home de l'enfance de Carlepont installera pendant une dizaine d'années une base de loisirs et ce sera l'occasion pour les jeunes de Saint-Léger de prendre part aux activités équestres ou d'apprentissage de la voile.

Cette activité disparaîtra également, laissant place à de simples étangs de pêche, propriété de comités d'établissements. 

 

 

La carte en noir et blanc est une carte d'état major de 1917 : à cette époque, la rivière, la forêt et les champs, avec les bâtiments de la ferme "Taillepied", mais aucun étang résultant de l'extraction de la glaise.

Sur la carte de l'IGN en couleur, on voit tous les étangs, la ferme "Taillepied" a disparu mais il reste le lieu-dit et, avec les explications de M. Muszynski, on distingue même les digues qui ont été remblayées pour permettre un accès plus direct et rectiligne aux trains de wagonnets. Le point rouge près de "Fabr." indique l'ancienne briqueterie SAMAIN, fabrique de carreaux de plâtre aujourd'hui.

Guy Friadt, octobre 2005

 

 
la briqueterie La Reconstitution de Ribécourt-Dreslincourt (Oise)

Un premier projet d'installation de briqueterie existe dès 1913, mais son implantation est différée en raison de la Première Guerre mondiale. En 1921, la briqueterie est construite pour la société La Reconstitution, dirigée par le belge Gustave Samain [fils de Hilaire], ingénieur des Mines.
L'implantation s'effectue sur la rive nord du canal de l'Oise. Par la suite, elle prend le nom de Céramique et Mécanique et connaît un essor très important.
En 1962, la briqueterie est transférée de l'autre côté du canal. A cette époque sont construits les ateliers de fabrication et les bureaux. En 1968, un atelier de préfabrication de poutrelles en béton armé est construit par l'entreprise de Construction Métallique Dolléans, de Bazoches-les-Hautes (Eure-et-Loir). Cet atelier sert aujourd'hui d'atelier de réparation. A partir de 1975, après le décès de Gustave Samain, gérant de l'entreprise, la production s'oriente vers la fabrication de carreaux de plâtre. Parallèlement, la fabrication de briques est progressivement réduite pour finalement être abandonnée en 1978. En 1983, l'entreprise dépose le bilan. Elle est reprise par Gypse-export, qui poursuit la fabrication des carreaux de plâtre. En 1989, l'entreprise prend son autonomie de fabrication du plâtre.

1921 : four continu à gazogène et matériel allemand. 1989 : mise en place d' un four à plâtre.

Vers 1925 : l'entreprise emploie de nombreux immigrés italiens. 1956 : environ 240 salariés. 1963 : 85 salariés. 1983 : 25 salariés. 2000 : 10 salariés.

Source (1990) : http://www.culture.gouv.fr/documentation/memoire/LISTES/bases/france-dpt.htm

 

 

cabanes sur l'eau : une deuxième vie pour un lieu longtemps fréquenté par les Conti

Il s'agit d'un article de France 3 Hauts-de-France publié le 18 juillet 2018 et écrit par Célia Vanier & Dominique Patinec

 

Autrefois site du comité d'entreprise des salariés de Continental, le domaine des étangs bleus de Saint-Léger-aux-Bois (Oise) accueille des cabanes sur l'eau et autres hébergements alternatifs. Et ce, grâce à l'énergie de deux jeunes gens déterminés.

Les hébergements alternatifs se font plus nombreux dans l'Oise pour les citadins en mal de nature... Le dernier né se trouve à Saint-Léger-aux-Bois, au domaine des étangs bleus. Des étangs fréquentés par les salariés de Continental jusqu'en 2012, puisque le site appartenait à leur comité d'entreprise. Racheté, il revit grâce à l'énergie d'Étienne et Jean-Benoît, deux jeunes gens déterminés.

Ces 35 hectares d'eau, de forêts et de prairies ne sont pas devenus une friche, bien au contraire : ils abritent des cabanes décorées avec soin, de leurs propres mains.

Étienne étudiait le tourisme, Jean-Benoît l'environnement.... Ils sont devenus bûcherons, jardiniers, sculpteurs sur bois. Le bois mort récolté ici-même est un matériau précieux, et ces deux copains de lycée en ont fait leur métier.

Cette Robinsonnade vous coûtera 149 euros minimum la nuit. Pour plus d'informations, rendez-vous sur le site du domaines des étangs bleus.

ici une vidéo de 2 minutes

 

 

 

Guy a photographié St Léger en 2002...

...et vous invite à une balade vers l'Oise

2008 - nouvelles vues du village

2014 - les photos de Henri

 

erci de fermer l'agrandissement sinon.  

 

 

http://www.stleger.info