Alfred Leroux (1911-1976) - Chef du Service du Guet

hommage à Alfred et à tous les prisonniers de guerre

 

En août 1940, Alfred Leroux a 29 ans lorsqu'il franchit les grilles de ce camp de prisonniers réservé aux officiers français. Lieutenant de réserve originaire de St Léger les Domart, dans la Somme, il est capturé aux environs de Montmédy, en Lorraine, après les combats intenses de la ligne Maginot. Commence alors pour lui et ses compagnons d'infortune 5 années de captivité.

 

 

Oflag 17A, tournage clandestin derrière les barbelés

 

Au terme d’une offensive éclair, les lignes françaises ont implosé sous l’implacable machine de guerre allemande. Sur les routes de France, partout des régiments en déroute, des hommes défaits. "Nous nous sommes trouvés sur la jetée de Dunkerque", se souvient le lieutenant Philippe Nicolas, du 150e régiment d’infanterie. "J’ai été fait prisonnier dans le Doubs. […] On nous a demandé de nous aligner sur une route et de déposer à nos pieds tout ce qui pouvait être dangereux ou suspect", raconte le lieutenant Marcel Guilloteau, du 131e. "On se repliait, on a marché quatre nuits et le cinquième jour, dans le bois, quand je me suis réveillé, il y avait des Allemands tout autour de moi, baïonnette au canon", précise le lieutenant Robert Granger, du 115e. Lorsque l’armistice est signé le 22 juin 1940, tous les militaires français faits prisonniers sont envoyés en captivité sur le territoire du Reich. Tandis que les soldats et les sous-officiers sont internés dans des Stalags, les officiers sont retenus, eux, dans des Oflags. "Après la débâcle, précise l’historien Andreas Kusternig, les Allemands ont fait deux millions de prisonniers de guerre. […] Cinq mille officiers français sont venus ici, à Göpfritz. Ils ont débarqué de wagons à bestiaux et ils ont marché sur les quatre ou cinq kilomètres en direction du camp."

 

 

A l’Oflag 17A, en Autriche, les hommes vont passer cinq longues années. "Il y avait quarante baraques, vingt de chaque côté d’une allée centrale, et puis, tout autour, le terrain, délimité par des barbelés et éclairé la nuit par des projecteurs", témoigne Philippe Nicolas.

 

Cinq années de captivité

N’étant pas soumis à un régime de travail obligatoire, les officiers détenus dans l’Oflag 17A sont menacés par l’inaction et le désœuvrement. "Certains, rappelle Jean-Claude Leroux, fils du lieutenant de réserve Alfred Leroux, se sont dit que braver l’interdit de photographier était une façon de continuer le combat."

 

les officiers français qui ont tourné Sous le manteau : Marcel Corre ("promoteur"), Jean Milliard et Paul Minaux (direction des prises de vues), Paul Ghadile (script), Alfred Leroux (service de guet), André Lemaire (opérateur principal pour les prises de vues en intérieur), Jean Milliard (opérateur principal pour les prises de vues en extérieur dans le camp, et montage), Roger Brouée (chef électricien), Maurice Regnault (commentateur)

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Considéré, selon la loi martiale, comme une activité d’espionnage et de renseignement au profit de l’ennemi, être pris en train de filmer ou de photographier était passible du peloton d’exécution. Malgré le danger, un groupe d’une dizaine d’officiers va s’atteler à témoigner de la vie dans le camp en filmant clandestinement avec une caméra bricolée.

 

 

Des séquences qui seront réunies dans Sous le manteau, un document de 26 minutes, témoignage exceptionnel des conditions de détention dans un Oflag. Réception des colis d’alimentation envoyés par les familles, confection des repas, organisation des cours universitaires, répétitions de pièces de théâtre, interminables opérations de fouilles ou rituel quotidien de l’appel rythment les journées des prisonniers.

 

dans l'Oflag 17A
camp de prisonniers entre 1940 et 1945

 

Ne perdant pas pour autant de vue leur premier devoir de militaires, celui de s’évader, certains vont déployer mille ruses pour percer un tunnel. Ils seront cent trente-deux à s’échapper le 18 septembre 1943. Seulement six, parmi lesquels le lieutenant Jean Cuene-Grandidier, du 21e bataillon de chasseurs à pied, vont réussir leur évasion. Les autres, repris, devront tenir bon dans des conditions d’existence de plus en plus difficiles jusqu’à leur libération, en mai 1945. "Un matin, raconte Robert Granger, j’étais sur la route et j’ai vu passer un engin que je ne connaissais pas, c’était une Jeep. […] Avec un copain, je me suis retrouvé sur les Champs-Elysées. On se demandait où on était, ça faisait un tel effet de voir des maisons, des voitures, des arbres, des femmes, des enfants, des magasins… on n’avait pas vu tout cela depuis cinq ans. On était libres…"

Christine Guillemeau - http://www.france5.fr

 

Grâce à une aide extérieure et à une bonne dose d’ingéniosité, ces officiers prisonniers réussissent à immortaliser en images leurs conditions de détention. Sous le manteau est tourné grâce à une caméra fabriquée en toute clandestinité.
Cachées dans des saucisses, les pièces de l'appareil arrivent au compte-gouttes à l'Oflag 17a. Une fois assemblée, la caméra de fortune est cachée dans un faux dictionnaire. Les bobines de film seront, elles, dissimulées dans les talonnettes de leurs chaussures rafistolées...

Le scénario du film de John Sturges La Grande Évasion, avec Steve Mc Queen, James Garner, Richard Attenborough, est inspiré de cet épisode de la Seconde Guerre mondiale.

 

des vidéos exceptionnelles
sur ce film clandestin

sur France 3-Picardie

sur France 5

 

"Ils l'ont fait !"
dans les coulisses de l’OFLAG XVII A Edelbach 1940-1945

un livre écrit par Jean-Claude Leroux,
fils d'Alfred - 2014

 

pour poursuivre

"Défense de Photographier"
autres documents

 

  

 

 

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