ahier de oléances et emontrances

des habitants de Saint Léger en haussée,

dit le Pauvre

 

 

 "A faut espérer qu' c' jeu-là finira ben tôt"

Le paysan, appuyé sur sa houe, doit porter sur son dos le prélat et le seigneur
(il peine et paye les impôts pour nourrir le clergé et les nobles)
cependant que les oiseaux et les rongeurs dévorent sa récolte.
(le paysan n'a pas le droit de chasse)
D'après une caricature du temps
(in L'Histoire Vivante, de M. et S. Chaulanges, aux éditions Delagrave - 1954)
 

 

Dans chaque paroisse (commune d'aujourd'hui), on se rassemble pour rédiger ses doléances et désigner ses représentants à l'assemblée du bailliage, circonscription qui correspond à peu près à nos cantons.
Au bailliage, on réunit tous les cahiers des paroisses en un cahier de bailliage. On en rédige un pour chaque ordre : Noblesse, Clergé et Tiers-Etat.
Les cahiers sont ensuite envoyés au Roi à Versailles. Ils devaient lui faire connaître les plaintes et les voeux des Français.
Aujourd'hui, ils nous renseignent sur la vie et les espoirs de la population française en 1789.
Ces cahiers de doléances proviennent du site Mémoires de la Somme http://archives.somme.fr

 

 

SAINT-LEGER-LE-PAUVRE

Archives de la Somme. B. 323

Cahier de doléances, plaintes et remontrances
de la paroisse de St-Léger en Chaussée, dit le Pauvre

St-Léger, composé de vingt chaumières, surnommé à juste titre le pauvre : pauvre en effet par le peu d'étendue de son territoire qui ne contient pas plus de 250 journeaux, dont les trois cinquièmes au moins sont en main morte, par l'ingratitude du sol ; par le peu d'espace des habitations et de leurs dépendances ; plus pauvre encore en ce moment que jamais par le prix excessif du pain et l'anéantissement presque total des fabriques auxquelles s'est dévouée la plus grande partie de ses habitans pour remédier au défaut de main d'œuvre locale.

Ce pauvre St-Léger donc n'est pas dans le cas sans doute de prétendre à une bien grande influence dans les opérations du moment. Aussy ses habitans se bornent-ils à faire des vœux pour qu'il résulte de l'assemblée mémorable qui va raprocher la nation du meilleur des souverains d'une manière sy satisfaisante pour la classe souffrante surtout :

1) L'égalité promise dans la répartition de tous les impôts.

2) L'adoucissement qu'on se croit fondé à espérer dans ceux qui tombera sur les choses de première nécessité, sur le sel par exemple.

3) La suppression de ces impôts sur les boissons qu'on nomme trop bu, et dont la dénomination seule répugne.

4) Celle du droit sur les boissons, encore de passage d'une province à une autre, donc cette paroisse éprouve pleinement le désagrément et la gêne, étant voisin et limitrophe d'une province qui supplée souvent au défaut de la Picardie en ce genre : la Normandie ; celle enfin des aydes et gabelles.

5) Que la province soie érigée en pays d'état pour l'économie des recettes et à cause des autres avantages qui semblent résulter de cette forme.

6) Que la paroisse retire enfin quelqu'avantage du poids de la corvée, en voyant rétablir la chaussée de la ville d'Eu à Paris qui traverse son territoire, celle de communication de la Normandie à la Picardie qui traverse la vallée dans l'enceinte de cette paroisse, chaussée continuellement dégradée par les voitures énormes, chargées de verreries, de bois, de charbon, de cidre, etc., qui s'exportent journellement de la Normandie, enfin les chemins vicinaux, surtout ceux qui conduisent à Sénarpont, bourg le plus voisin.

7) Que le bois, doublé de valeur depuis dix ans dans le canton, où il est maintenant plus cher que dans les villes les plus considérables, redevienne plus à la portée de l'indigent qui ne sait où trouver son chauffage, le monopole en ce genre ayant ôté à cette classe toute facilité, en ne luy faisant plus de crédit, infamie toute nouvelle, et le bois sec lui étant pour ainsy dire interdit par la rigueur qui s'introduit dans la garde des forêts dont cette paroisse est cependant environnée de toutes parts.

8) Enfin que les possessions des gens de mainmorte appartiennent pour le territoire aux paroisses les plus voisines de leur situation, d'où il résulteroit que la ferme de la Rosière, qui confine au terroir de Saint-Léger, au lieu d'être de la paroisse de Saint-Mauvis, dont elle dépend maintenant, quoyqu'à plus de deux lieues de distance, à cause de la commanderie dont cette ferme est membre, dépendroit de la paroisse de Saint-Léger et la soulageroit dans les dépenses communes, qui, de telle espèce qu'elles soient, seront toujours au-dessus des forces de cette paroisse, les choses restant dans leur état actuel.

Il n'y a en cette paroisse ni fonds de fabrique, ny fonds de charité, ny maître d'école.

Signé : Mauduy, Quevron, fils d'Augustin, Vasseur, gréfier, Duhamel, sindic, Scellier, lieutenant du temporel de l'abbaye de Saint-Pierre-lès-Sélincourt, Dumolliens, greffier de Sainte Larme

Procès-verbal

Comparants : Jean Duhamel, sindic, Nicolas Mauduy, Jean-Charles Cagnard, Nicolas Quevron, fils d'Augustin, Pierre Delmasse, Nicolas Quevron, fils de Jacques, Pierre Dangreville, Louis Dangreville, Pierre Candellier.

Députés : Jean Duhamel, sindic, Nicolas Mauduy

 

 

 

 

 

 

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