Saint-Léger-aux-Bois
dans la Première Guerre mondiale

par Guy Friadt
"Cet article est dédié à Raymonde et André PROTIN, mes grands-parents."

 

Pendant la Première Guerre mondiale, Saint-Léger-aux-Bois, comme toutes les communes proches du front, a subi d'importants dégâts à la suite des bombardements des deux camps, de nombreuses démolitions de monuments et maisons, partielles ou totales, ainsi que la perte de toutes ses archives communales, dont celles des registres d'état civil pour la période de 1800 à 1855, à quelques années près.
La commune fut aussi endeuillée par de nombre de ses enfants "Morts pour la France", dont la litanie des noms figure sur le monument aux morts, témoignant de cette terrible saignée que fut la Première Guerre mondiale.

Saint-Léger-aux-Bois n'a pas connu de grands mouvements militaires ni d'affrontements réguliers, comme Ribécourt sur la rive droite de l'Oise ou encore Tracy-le-Val, Tracy-le-Mont et Carlepont à l'est, en lisière de la forêt de Laigue.
Blotti entre la rivière d'Oise et la forêt de Laigue, dépourvu de promontoire culminant, le village était un passage difficile qui ne semblait pas offrir d'intérêt stratégique. Néanmoins, Saint-Léger et ses abords ont été gardés et défendus par de nombreuses unités pendant tout le conflit, qu'il s'agisse de troupes françaises métropolitaines ou coloniales, avec ces fameux régiments de Zouaves.

Le village s'est également trouvé au point de départ d'offensives d'artillerie masquées par la lisière de la forêt sur le chemin des Plainards. D'ouest en est, longeant le front, était implanté un réseau de tranchées, de postes d'observation, de position de mitrailleuses qui couraient tout le long de la rive gauche de l'Oise, en face de Pimprez et plus loin de Ribécourt, puis dans le village et à la lisière de la forêt, en face de Bailly (commune qui devait être totalement détruite lors de la guerre) pour se poursuivre à l'est jusqu'à Ollencourt.
Une passerelle fut même construite dans un méandre de l'Oise, profitant des accidents du terrain à l'abri des observateurs allemands, à hauteur du hameau de Flandre, pour communiquer avec les soldats sur la rive droite.
La forêt de haute futaie de Laigue permettait de masquer à l'ennemi les déplacements et les défenses, autorisant le repos des soldats après des rotations en première ligne dans les zones de combat, notamment d'Ollencourt, de Tracy-le-Mont, Tracy-le-Val et jusqu'au plateau de Quennevières. Ainsi un camp de baraquements fut implanté sur la route de la Plaine des Maréchals, au carrefour des "Plainards", au beau milieu de la forêt, comme en témoignent des images et des comptes-rendus militaires.

Nous retracerons la chronologie des événements militaires survenus sur ce secteur du front de 1914 à 1918, puis en dresserons les conséquences matérielles et humaines.

 

 

Saint-Léger-aux-Bois au début du XXe siècle
paisible village près de la forêt de Laigue, entre Noyonnais et Soissonnais

 

 

1914 - les premiers combats

Les colonnes de l'armée d'invasion allemande ayant changé de cap, le 29 août 1914, pour se diriger vers la Marne, empruntèrent les ponts de Pimprez, Bailly et Montmacq qui n'avaient pu être dynamités par les troupes anglaises, et poursuivirent leur progression sans s'arrêter.
L'ordre d'évacuation fut donné à la population de Noyon le 29 août. Les habitants de Saint-Léger, voyant passer depuis plusieurs jours des familles sur la route de l'exode, préparèrent leur départ ou bien avaient déjà rejoint des proches plus au sud, parfois pas plus loin que Compiègne dans un premier temps.
Le 31 août 1914 décédait à Saint-Léger, le jeune Camille Justin BERNARD, âgé de 11 ans, domicilié à Verdun, réfugié à Saint-Léger, déclaration faite par Emélie FAIGE, domiciliée à Verdun, également réfugiée (1). Le département de l'Oise, et le Compiègnois en particulier, avaient en effet été désignés par les autorités pour accueillir les populations évacuées de Verdun.

 

 

 

 

l'armée anglaise tout au début de la guerre
Ce sont les Anglais qui ont couvert le retrait des Français sur l'Oise.

 

 

 

 

 

 

 

pour voir des cartes de l'artillerie anglaise dans la région au début du conflit

 

 

Arrêtés sur la Marne le 7 septembre par les armées françaises, les Allemands effectuèrent un repli et se réorganisèrent sur la rive droite de l'Aisne, puis opérèrent le 12 septembre un nouveau repli derrière Cuts. Avec l'apport de renforts allemands nombreux, s'engagea alors une nouvelle période de combats pour tenir les positions acquises.
Saint-Léger-aux-Bois n'ignora pas longtemps les manœuvres de la Première Guerre mondiale. Dès le 13 septembre et les premières semaines du conflit, le village put ainsi témoigner des très meurtriers combats marquant la prise de contact de l'armée d'invasion allemande avec les régiments de la 37e Division de la 6e Armée française qui se portaient à sa rencontre.

Le Journal de marche du 2e régiment de Zouaves fait ainsi le récit de ces premiers combats.
Débarqué du train à Clermont le 15 septembre, il prit la route de Compiègne, à pied, en colonne. Passé Choisy-au-Bac, en entrant dans la forêt, il laissa sur le bas-côté le lourd paquetage pour prendre l'arme à la main jusqu'au contact avec les troupes allemandes, qui eut lieu aux alentours d'Ollencourt et à la lisière nord-est de la forêt de Laigue. Après des échanges de tirs en plaine, sans autre protection que la topographie locale, les deux forces s'équilibraient et les morts s'amoncelaient de part et d'autre.
Saint-Léger vit alors passer toutes sortes de troupes : "Lorsque, le 15 septembre 1914, le 6e Tirailleurs quitta Longueuil, il reçut l'ordre de se porter sur Laigle par Thourotte, Saint-Léger-aux-Bois, Bailly et Carlepont. Le Bataillon du 5e Tirailleurs marchant en tête fut chargé vers midi, alors que le régiment, vers 11 heures, avait occupé une position d'attente à la lisière est du bois de Carlepont, d'enlever la ferme Le Mériquin. La ferme est enlevée sans résistance." (2)

 

 

carte expédiée par un Zouave sur le front à Saint-Léger

 

La poursuite française était stoppée et les hommes de l'avant-garde de la 37e Division d'infanterie ne devaient plus gagner de terrain. Pour tenir la position, les soldats durent s'abriter en creusant, là où ils avaient été arrêtés, des trous individuels dans la terre. Puis, rapidement, pour se protéger des tirs d'artillerie, des tranchées furent creusées et relièrent les trous d'hommes. La guerre de position s'installa et des boyaux de communication furent creusés pour permettre les mouvements de troupes et les vacations ordinaires à l'abri des tireurs ennemis. Les moindres protections offertes par le terrain ou les constructions étaient exploitées pour établir une première ligne face à ce qui devint rapidement un no man's land qui séparait les deux armées belligérantes.
Après les premiers combats de l'été sous une chaleur accablante, les soldats durent s'organiser pour résister, malgré la pluie et le froid. La boue, les poux et les rats devinrent le quotidien de ceux que l'on appelait désormais les poilus.

Episodiquement, des sorties étaient tentées pour atteindre les avant-postes allemands dissimulés et fortifiés dans les ruines du village de Bailly au Nord et jusqu'à la lisière de la forêt d'Ourscamp. L'artillerie de la 37e Division plaça à Saint-Léger, dès 1914, une batterie de 95, qui était chargée de tirer sur Bailly et détruisit, le 5 octobre, le clocher servant de lieu d'observation allemand, comme sur les lisières des forêts d'Ourscamp jusqu'à Carlepont.
A la fin du mois de septembre, l'évacuation du village était décrétée par l'autorité militaire et la population déplacée vers l'arrière. Les habitants de Saint-Léger deviennent administrativement des évacués.

Même si le front au nord de Saint-Léger était secondaire, la guerre était bien là, comme en témoignent les comptes-rendus journaliers extraits du Journal de Marche et d'Opération de la 37e Div. d'Infanterie (3) :

"1er octobre : La brigade marocaine attaque Bailly qu'elle enlève à la baïonnette."

"2 oct. : La brigade marocaine qui a pris Bailly la veille s'y maintient jusqu'à 14 heures. Une contre-attaque ennemie violente oblige la brigade marocaine à quitter la partie Nord de Bailly. Arrivé du Cdt RETZ qui fait la reconnaissance complète de la partie occupée de Bailly et des travaux de défense en cours. A 10 heures, le Cdt. RETZ prend le commandement du secteur de Bailly. A 13h10, le Lieutenant Colonel apprend que les troupes tenant l'Eglise de Bailly ont été bousculées et le Cdt RETZ tué, que les abords de l'Eglise sont perdus, il reprend le commandement de tout son ancien secteur et du Btn CORNUT.
Heureusement, ce Btn et environ 2 sections du Btn RETZ (COUTELIER et BERGER) restent solidement accrochés à la rue A (partie Est et au terrain entre celle-ci et la forêt). Les réservistes du Btn CORNUT, groupés au carrefour de Bailly et non encadrés, sont placés sous les ordres du S/Lieut. TACHAIRE du 3e Tirailleurs, envoyé du Puits d'Orléans, qui occupe avec eux la position de repli établie à ce carrefour. A 15 heures, le Cdt CORNUT rend compte qu'il juge prudent pour la nuit, quand les Cies de Tirailleurs RETZ seront revenues en réserve de brigade, comme l'ordre en a été donné, de revenir aux anciens emplacements et il envisage même l'opportunité de lâcher le poste à la sortie S.E. mais il déclare indispensable d'attendre la nuit pour exécuter ce mouvement de repli, afin d'éviter une poussée violente de l'ennemi où la canonnade de l'artillerie ennemie de la Kenotrie est en effet entrée en action depuis 11 heures et canonne Bailly (partie S .E..) et toute la lisière de la forêt.
Ces propositions sont approuvées, sauf celle d'évacuer la sortie S.E. de Bailly, à moins d'impossibilité absolue de s'y maintenir. Les 2 Cies de Tirailleurs du Btn RETZ, dont l'une devait rentrer au Puits d'Orléans et l'autre rester au carrefour de Bailly, y rentrent toutes les deux en raison de leur fatigue. Les réservistes du Btn CORNUT rejoignent leur Cie à mesure qu'elles rentrent dans la forêt. Le mouvement de repli sur la forêt s'est effectué sans difficulté ni incident après la tombée de la nuit.
Le Btn MINGASSON a eu 2 blessés.
Le Btn CORNUT a 1 tué et 5 blessés.
Le Btn BASTIEN a toujours la 9e Cie NOUVRAN à la garde des ponts de l'Oise, moitié au Puits d'Orléans
."

"3 oct. : La brigade marocaine tient la lisière Nord de la forêt de Laigue et la partie Sud de Bailly. Nuit calme sur notre front. Le poste de la sortie S.E. de Bailly n'est pas inquiété. Le Btn MINGASSON réoccupe les tranchées de la route Nervaise à Bailly. Des Tirailleurs ennemis sont nichés dans des tranchées à environ 800 à 1000 m au Nord de la sortie S.E. de Bailly mais ne manifestent pas d'activité. Il y en a également le long des lignes d'arbres du ruisseau qui longe le bois de la Carbonnerie. L'artillerie ennemie tire sur la lisière de Bailly et de la forêt depuis 8h30. L'effectif de l'infanterie ennemie est évalué à 500 ou 800 hommes. Un peu plus tard, avis est donné à la 74e Brigade que trois groupes allemands de 30 hommes chacun se dirigent du bois de la Carbonnerie vers Ollencourt. La présence d'une nouvelle batterie ennemie est surprise par le Lieut. DUBOIS, du Btn MINGASSON à la lisière S.O. du bois, tout près, et à l'Est du chemin qui y débouche. A 13h45, cet officier signale un rassemblement de 500 Allemands environ en face de la position qu'il occupe sur la route de Bailly à Nervaise. Tous ces renseignements sont séance tenante communiqués aux 74e Brigade et 3e Brigade du Maroc, aux 2 bataillons et à la batterie de Nervaise, et il est demandé que nos batteries prennent ces objectifs à partie. L'artillerie commence à tirer à 15 heures. Des renseignements lui sont envoyés sur les effets de son feu.
Le Btn MINGASSON a eu 2 blessés en patrouille très près des lignes ennemies, des camarades ont été les ramasser sous le feu.
Le Btn CORNUT a 1 tué et 2 blessés par le canon à Bailly où tombent des projectiles de 77 et de 105.
"

"5 oct. : La brigade marocaine a placé ses meilleurs tireurs dans les tranchées et envoie des coups de feu sur tout ce qui se montre. La batterie de 95 qui était au repos s'établit à Saint-Léger et tire toute la journée. Le matin, elle démolit le clocher de Bailly qui sert d'observatoire, puis tire ensuite sur les maisons Nord de Bailly. Son tir provoque le départ d'un groupe d'Allemands qui vont se réfugier dans les tranchées. Ils sont fusillés pendant ce mouvement par le poste de Bailly et l'on voit tomber deux hommes. Dans l'après-midi, elle prend à partie la batterie allemande vers la Kenotrie, le soir elle tire sur Carlepont."

"6 oct. : L'artillerie de 95 de Saint-Léger continue son tir sur les forêts d'Ourscamp et de Carlepont, à la demande du 13e Corps, elle contreBat une batterie ennemie au Nord-Ouest de Pimprez. Au Btn MINGASSON, on creuse un boyau en zigzag pour relier la tranchée de gauche à la corne N.E. de la forêt. Pendant la matinée en tirant sur les patrouilles allemandes, on abat deux hommes."

"8 oct. : La brigade marocaine et la 73e brigade doivent tenir l'ennemi sous la menace d'une attaque pour l'empêcher de déplacer ses réserves. Les 3 groupes de 95 appuieront l'attaque de la 74e brigade sur la lisière Nord du bois Saint-Mard commandée par le général MAUNOURY. A la nuit, la brigade marocaine est entrée dans Bailly et s'y retranche. Les Tirailleurs du Btn CORNUT occupent les trois maisons au Sud de l'Eglise, toute la rue Sud est évacuée par l'ennemi. Devant le Btn MINGASSON, même situation que la veille, nos postes avancés tirent sur tout ce qui se montre, et abattent quelques hommes, en particulier un observateur perché dans un arbre.
A 14h45, un ordre de la Brigade fait savoir que les Tirailleurs algériens vont progresser dans Bailly. Ordre est donné aux Btns CORNUT et MINGASSON de protéger leur droite, offensivement au besoin. Le Cdt CORNUT tient une deuxième Cie prête à se rendre à Bailly, les autres Cie continuant à tenir la forêt. Notre artillerie de 95 tire sur les tranchées à l'Est de la partie Nord de Bailly et sur cette partie du village. La Cie de Tirailleurs algériens chargée de progresser dans Bailly arrive à 17h30 au carrefour de la rue N. et de la route Bailly-Tracy-le-Val et s'y installe. L'artillerie allemande canonne Bailly.
A 19h40, une attaque sans préparation d'artillerie se prononce sur Nervaise et Tracy-le-Val et s'étend vers le bois Saint-Mard sur tout le front de la 74e Brigade. A 18h55, elle atteint également les tranchées de la route de Nervaise-Bailly. Celle de gauche (S/Lieut. LEMERDY 6e Cie) arrête à 30 pas, tant qu'elle a des cartouches l'ennemi qui lance des fusées éclairantes et des grenades à main ; elle se replie ensuite, ainsi que la section du centre sur la corne N.E. de la forêt qui est violemment canonnée, fusillée et battue par des mitrailleuses à petite portée, mais sans que l'ennemi essaie de l'aborder. La section de droite (5e Cie) a l'ennemi à 10 pas, mais elle a dû cesser le feu après avoir brûlé 70 cartouches par homme, à cause de la violence du tir des défenseurs de Nervaise dans son dos ; l'ennemi se replie sans l'avoir abordée ; le Chef de Bataillon la fit rentrer sur la ligne principale quand le feu fut moins violent.
A 20h30, la 8e Cie (GATEAU) du Btn MINGASSON, qui était en réserve au carrefour d'Ollencourt, est rendue au Chef de Btn, et la Cie de Tirailleurs algériens VINCENT, venue du carrefour des Plainards, la remplace en réserve.
Au Btn CORNUT, dés le début de l'attaque, Bailly est violemment canonné et, peu après, la fusillade et le feu des mitrailleuses sont dirigés contre nos tranchées de quelques centaines de pas seulement. Cette attaque est rapidement enrayée et la 8e Cie du 2e Zouaves (cap ; MEYNOT) se porte jusqu'à la route de Bailly-Tracy-le-Val où elle se creuse des tranchées. Elle est remplacée dans Bailly par la 7e Cie (lieut. DESCATS).
A gauche, dans la rue N. de Bailly, les Tirailleurs algériens repoussent également une attaque. Le feu, avec quelques périodes d'accalmie, continue jusqu'à 22h10 et cesse alors. Le Btn MINGASSON envoie des postes d'écoute dans les lignes d'arbres en avant du front.
La batterie de Nervaise a tiré pendant l'attaque 200 obus, sur le bois de la Carbonnerie, les abords N. de Tracy-le-Val et la lisière N. du bois Saint-Mard, elle continue à tirer quelques coups isolés après la fin de l'attaque.
Btn MINGASSON : 4 blessés - Btn CORNUT : 6 blessés
"

 

 

Zouaves patrouillant en forêt de Laigue, en 1914 ou 1915

 

"11 oct : A 2h30, notre batterie de 95 de Saint-Léger tire sur la partie N. de Bailly où on signale des roulements de voitures, et sur les tranchées à l'E, une salve coiffe les tranchées voisines de la meule de paille d'où l'ennemi s'enfuit en criant. Pendant la nuit, continuation des travaux. On commence des tranchées à 150 m au Nord de celle de la route de Bailly-Tracy-le-Val et un boyau pour s'y rendre. On continue le boyau reliant ces tranchées à la partie S.E. de Bailly et cette dernière position à la forêt. Mais la tranchée avancée ne pourra être occupée car elle n'est pas assez profonde.
Dans la journée, la canonnade ennemie est très peu nourrie. Notre batterie de 95 tire l'après-midi sur Bailly N. et sur les lisières de la forêt d'Ourscamp et de la Carbonnerie où elle cherche l'artillerie ennemie. Les Tirailleurs algériens progressent légèrement dans la rue N. de Bailly et nettoient complètement les jardins à l'O de cette rue où les patrouilles allemandes se glissaient ; mais les allemands continuent à tenir les boqueteaux entre cette lisière du village et l'Oise et leurs coups de fusils sont très gênants.
De bons tireurs placés sur les toits de Bailly abattent quelques Allemands circulant dans les tranchées à l'E. de Bailly N.
"

"12 oct. : Dans l'après-midi, notre batterie de Saint-Léger tire successivement sur Bailly N., la Carbonnerie, et l'artillerie ennemie qu'un avion a signalé dans la forêt d'Ourscamp. De son côté, l'artillerie ennemie, principalement des obus, canonne Bailly de 13 à 14 heures, puis de 15h30 à 17h30, causant des pertes au Btn CORNUT. Des obus tombent également sur la lisière de la forêt et les tranchées du Btn MINGASSON.
Une accalmie se produit jusqu'à 15h45. A ce moment, la fusillade éclate devant la 74e Brigade, et la canonnade sur tout le front. A 19 heures, le Btn MINGASSON est attaqué à son tour : deux sections de la 6e Cie en réserve au carrefour d'Ollencourt lui sont envoyées, et deux sections de la Cie de Tirailleurs du carrefour des Plainards sont amenés au carrefour d'Ollencourt. Dès 19h30, le Cdt MINGASSON prévient que la fusillade diminue sur son front, et le Cdt CORNUT fait savoir à 19h30 qu'il est seulement canonné violemment.
Dès le début du combat, la batterie de Nervaise puis celle du parc d'Offemont (2 batteries de 75), et sensiblement plus tard la batterie de 95 de Saint-Léger, ont pris part à l'action. Le tir de cette dernière a tout de suite ralenti le tir de l'artillerie ennemie sur Bailly. La fusillade prend fin à 20h20, les deux sections de travailleurs venues des Plainards y sont renvoyées. Pertes : Btn CORNUT : 2 tués et 7 blessés par le canon dont le lieut. DAOULAS de la S.M.
Btn MINGASSON : 2 blessés par le fusil dans l'attaque de nuit
"

"14 oct. : Un projecteur ennemi éclairant les abords de Bailly gène beaucoup depuis plusieurs jours les travaux. Pour diminuer les pertes par le canon, dans le village ordre est donné au Btn CORNUT de n'y laisser que 4 sections et Section mitrailleuse pendant le jour, et de ramener le reste au repos et à l'abri dans la forêt, mais pour la nuit les Cie complètes réoccupent la position. A Bailly, les travaux ont été très gênés dans la journée par la canonnade. Au Btn MINGASSON, on a amélioré les abris des hommes pour les protéger de la pluie. A notre gauche, le Btn de Tirailleurs de VENEL relève dans la rue N. de Bailly et à Flandre le Btn JOULIAN."

"15 oct. : A partir de 8h40, l'artillerie allemande (canon et obusier) bombarde Nervaise, la forêt, Bailly et Saint-Léger-aux-Bois. Une forte proportion d'obus n'éclate pas (2 sur 5 à peu près) parce qu'ils s'enfoncent dans le sol marécageux. Les canons tirant sur notre front semblent se trouver vers la Kenotrie, et les obusiers dans la direction de Carlepont.
Dans l'après-midi, la batterie de Saint-Léger tire sur Bailly N. et les abords, sur la lisière de la forêt d'Ourscamp et de la Carbonnerie.
Pertes : Btn CORNUT : néant - Btn MINGASSON : un blessé par éclat d'obus
"

"16 oct. : Une embuscade tendue en avant de la route Bailly-Nervaise par le Btn MINGASSON n'a donné aucun résultat. Deux soldats de la 1re Cie d'un Btn de dépôt du 75e Allemand en patrouille sont fait prisonniers à 6 heures près de la tranchée de droite de la route de Bailly-Tracy-leVal. Le brouillard s'étant un moment dissipé, on les voit à petite distance. Le Lt Colonel MIESSEL qui était présent, leur crie en allemand de jeter leurs armes et de venir au pas de gymnastique, ils obéissent aussitôt. Le bombardement ennemi reprend.
Pertes : Btn CORNUT : 3 blessés dont 1 grièvement - Btn MINGASSON : 1 blessé
"

 

 

"17 oct. : A 11h35, l'artillerie commence à tirer (canon de 77 de la Kenotrie, obusier de 105 de la direction du N.. S'y joint l'action d'une troisième batterie (obusier) tirant du N.O. Beaucoup d'obus font fougasse.
A 11h55, l'infanterie ennemie ouvre le feu sur les Tirailleurs algériens à notre gauche et contre les tranchées de la route Bailly-Tracy-le-Val. Les sections maintenues en réserve des deux Cie du 2e Zouaves (7 et 8e), qui occupent le village, partent, ainsi que le Capt. GROSS, Cdt du Btn. A 12 heures, la fusillade se calme mais le bombardement continue. La batterie de 95 de Saint-Léger tire sur Bailly, les tranchées à l'Est et la Carbonnerie jusque vers 13 heures.
La canonnade ennemie avait pour but de préparer une attaque débouchant du petit bois à l'Ouest de la partie N. de Bailly contre le Moulin où s'appuie la gauche des Tirailleurs algériens. Une première tentative à 11 heures est repoussée par le feu. Après une nouvelle préparation d'artillerie, à 14 heures, une seconde attaque se déclenche du même point et des mitrailleuses ennemies se portent en avant. Elle est brisée par une contre-attaque dirigée par le Cdt. de VENEL et à laquelle prend part 1 section envoyée par la 8e Cie du 2e Zouaves qui y perd 5 tués et 10 blessés. Le front du 2e Zouaves n'avait pas subi d'attaque directe. A la suite de la contre-attaque, les Tirailleurs restent maîtres d'une tranchée, à moitié route entre le moulin et le petit bois tenu par l'ennemi. Une section de Tirailleurs occupe la Ferme Saint-Marc pour épauler à gauche la défense de Bailly.
A 17 heures, l'ennemi fait sauter une maison dans Bailly N. à portée des premières maisons tenues par nos Tirailleurs. Les pertes de l'ennemi dépassent 100 morts. Les nôtres sont d'une vingtaine de tués aux Tirailleurs algériens. Le Btn CORNUT a eu en tout 7 tués et 15 blessés, aucune perte au Btn MINGASSON
."

"18 oct. : Les Allemands restent tranquille devant nous toute la journée et ne canonnent pas notre secteur. La batterie de 95 de Saint-Léger tire à plusieurs reprises sur Bailly N. et ses abords et plusieurs salves tombent dans le bois d'où avait débouchée l'attaque d'hier, sur les tranchées voisines de la meule de paille à l'E. du village, elle tire également sur la lisière de la forêt d'Ourscamp. La journée a été exceptionnellement calme, sans doute à cause du dimanche."

 

 

"19 oct. : Un détachement de renfort du 1er Zouaves, fort de 2 officiers de réserve, 6 sous-officiers, 11 caporaux et 268 Zouaves tous réservistes algériens, est arrivé dans l'après-midi. Les deux bataillons arrivent à l'effectif de 684 hommes chacun."

"21 oct. : A partir de 7h45, bombardement ennemi qui devient plus violent dans l'après-midi, en particulier contre la partie du village occupée par les Tirailleurs algériens. La batterie de Nervaise tire une quarantaine de coups à la lisière de la forêt d'Ourscamp et sur les tranchées plus au Sud, de nos postes avancés on y entend pousser des cris après ce tir. Une batterie de 90 installée derrière Saint-Léger commence à déterminer ses éléments de tir. La Cie de réserve au carrefour d'Ollencourt aménage des chemins d'accès et éclaircit la forêt au Sud du carrefour pour préparer des positions d'artillerie."

"25 oct. : Vers 1h45, une patrouille du 2e Zouaves, commandée par l'adjudant COLONNA, essayait de reconnaître le poste ennemi de la meule de paille à l'est de Bailly. A 2 heures, en arrivant près de cette meule, elle était reçue à coups de fusil. Sans hésiter, bien que l'ennemi fût supérieur en nombre (25 à 30 hommes), l'adjudant se jeta sur lui en criant : "En avant, à la baïonnette !" Le poste ennemi s'enfuit sans attendre le choc et fut poursuivi par un feu à répétition, laissant plusieurs morts derrière lui. Aussitôt, de toutes les tranchées allemandes partit un feu vif de fusil et de mitrailleuses sur tout le front de Bailly, et une mitrailleuse ouvrit également le feu en face de la garnison du Btn du 1er Zouaves. Nos tranchées ne répondirent pas à ce feu qui s'éteignit complètement à 2h10, à peu près au moment où notre batterie de 95 de Saint-Léger tirait deux salves sur le petit bois à l'O. de Bailly. Nous n'avons eu comme perte qu'un sous-officier blessé par une balle perdue au Btn du 1er Zouaves. Journée calme comme tous les dimanches. L'artillerie ennemie ne tire pas du tout. Notre batterie de Saint-Léger tire à plusieurs reprises sur le N. de Bailly et abords.
Les hommes ont repos, mais la Cie de réserve du 1er Zouaves fournit cependant des travailleurs à la batterie de 90 qui s'installe au sud du carrefour d'Ollencourt.
"

"26 oct. : Le Capt. KREBS, guéri d'une blessure reçue le 16 septembre lors des premiers combats meurtriers de la Brigade sur Carlepont, est rentré au 2e Btn du 2e Zouaves et en prend le commandement. Notre batterie de 95 tire à diverses reprises sur Bailly Nord et ses abords et la Kenotrie."

"29 oct. : Une patrouille du 2e Zouaves est allée lancer 9 grenades sur la corne S.O. du bois de la Carbonnerie où l'on supposait un petit poste allemand. Les postes d'écoute du 1er Zouaves entendent à plusieurs reprises les " Wer da ? " des sentinelles allemandes de ce côté, parfois suivi de coups de fusil."

"30 oct. : La batterie de 95 de Saint-Léger tire sur Carlepont et le secteur des 2 routes au Sud."

Rôle du 2e Bataillon Territorial de Chasseurs alpins pendant l'attaque du 12 novembre (4) :
"La 2e Cie est laissée à la disposition du Bataillon Clément, au carrefour d'Ollencourt. La 3e Cie est en réserve aux Plainards. La 4e Cie conserve la mission de garde des passages sur l'Oise et l'Aisne entre Montmacq et Choisy au Bac. La 1re Cie au Puits d'Orléans forme la réserve de la brigade concurremment avec une compagnie du 1er régiment de Zouaves. Une section de la 1re Cie est envoyée à Saint-Léger-aux-Bois et mise à la disposition du lieutenant colonel VRENIÈRE Cdt le régiment de Tirailleurs qui la garde auprès de lui, tant que dure l'action. Les unités rentrent au bivouac à 16 heures.
Rien de particulier à signaler durant la nuit du 12 au 13.
Au Puits d'Orléans, le 13 novembre 1914 - Le Chef de Corps
"

Le 17 novembre, la batterie de 95 de Saint-Léger tira avec l'ensemble de l'artillerie présente sur les Allemands, qui attaquaient sur Tracy-le-Val. Les Zouaves combattaient à la baïonnette. Les pertes allemandes devaient être estimées à environ 550 morts.

 

la 37e Division d'Infanterie sur Saint-Léger-aux-Bois en novembre 1914
  • 3e Brigade marocaine, Colonel CHERRIER : lisière Nord de la forêt de Laigue, poste de commandement au Puits d'Orléans - objectif : lisière Sud de la forêt d'Ourscamp.
    Lieutenant-Colonel VRENIÈRE, poste de commandement, Saint-Léger-aux-Bois
  • Bataillon CLEMENT GRANDCOURT (Tirailleurs)
  • Bataillon GROSS (Zouaves)
  • Bataillon JOULIA (Tirailleurs)
  • Artillerie :
    • Saint-Léger : batterie de 95 (Capt. STAULZ) - objectifs : Dreslincourt, La Quenotterie (Bailly)
    • Château de Nervaise : batterie de 75 (Capt. LAMPS) - objectifs : Bailly, Tracy-le-Val

 

Le 9 décembre 1914, 14 h - Le Colonel commandant la 3e Brigade du Maroc à M. le Général commandant la 37e Division :
"J'ai l'honneur de vous rendre compte que le tir de l'artillerie allemande de 105 dans la région de notre batterie de 95 est certainement observé de la tour de Chiry (tour MENNECHET) : en effet, un intervalle de 6 à 7 minutes existe entre chaque salve, correspondant à la transmission des observations, et les observations à l'Ouest de Saint-Léger ne peuvent être faites que du sommet de la tour de Chiry, qui seule a des vues dans cette direction.
J'ai l'honneur de vous signaler le danger que présente cette tour qui domine toute la partie Ouest de mon secteur et qui sert certainement à régler le tir des batteries ennemies depuis Montmacq jusqu'à Ollencourt et Tracy-le-Val inclus.
Peut-être, si vous le jugez bon, une batterie de plus gros calibre que le 95 pourrait la démolir et priver l'ennemi de ce poste d'observation si gênant pour tout le secteur de l'Oise.
"

Compte rendu de Noël 1914 (24 décembre), à Saint-Léger-aux-Bois :
"(...) Bailly Nord 6 heures 30 : incendie dans une tranchée ennemie Est de Bailly (...) suivi d'une violente explosion dans la tranchée (...) tiré sur Flandre et Saint-Léger-aux-Bois.
Vers le petit bois N-O de Bailly, un Allemand a dit : "
Foutez-nous la paix pour Noël !", un autre s'est adressé en arabe à un Tirailleur : "Le sultan interdit que vous tiriez sur nous. Venez chez nous, vous serez bien traité.". Le Tirailleur a répondu en tirant : "Je n' … … pour vous …"

 

 

1915 - Saint-Léger-aux-Bois s'installe dans la guerre de position

 

 

journal "La Lanterne" du 4 février 1915

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A partir de la fin de l'année 1914, les historiques des régiments présents sur Saint-Léger-aux-Bois ne font plus état que des Compagnies de réserve graduellement disposées au repos au Puits d'Orléans, au camp des Maréchals situé au carrefour des Plainards, ou alertées au carrefour d'Ollencourt, avant de se jeter plus à l'Est dans la fournaise des combats sur Carlepont, Tracy-le-Val et du bois Saint-Mard ainsi que sur le plateau de Quennevières, l'Escafaut, le ravin de Puisaleine, où les régiments de Zouaves devaient s'illustrer au prix de pertes effroyables.

Les habitants, qui avaient dû évacuer Saint-Léger en septembre 1914, étaient de retour en 1915. Marcelle BONNART (5) écrit une carte à sa jeune sœur restée à Saint-Denis : "Si tu étais ici, tu en verrais des soldats. Ils s'en vont demain. Mon oncle Camille est revenu dans la nuit de jeudi à vendredi. Mon oncle Elysée aussi, mais temporairement."
Sur une autre carte, à propos du cimetière, elle écrit : "(…) au cimetière, elle m'a dit que nos tombes n'étaient pas touchées, tant mieux, ça m'a tranquillisée. Mais qui peut répondre de l'avenir ? Ollencourt est évacué. Le fils à notre cousin Louis LEDUC est mort le 8 avril 1915, à l'hôpital de Verdun. C'est bien triste pour eux, pour un fils qu'ils avaient."

En réponse à des prescriptions faites par le Général EBENER commandant le 35e Corps d'Armée le 11 avril 1915, voici les travaux de défense qui ont été réalisés sur la rive droite de l'Oise devant Saint-Léger, ainsi qu'une passerelle de communication depuis la rive gauche à hauteur de Flandre.

 

Le 16 avril 1915, le Colonel MORDACQ, commandant le Secteur Sud du 13e C.A., à M. le Général commandant le 35e Corps d'Armée :
"J'ai l'honneur de vous rendre compte que les travaux suivants sont en cours d'exécution dans la boucle de l'Oise (Secteur : Pont du canal-La Verrue, occupée par des éléments du Secteur Sud du 13e C.A.), pour assurer la défense de cette partie du front et la liaison avec les éléments de la 6e armée occupant la ferme Saint-Marc."


Le poste du Pont du canal fait aménager un ouvrage à l'extérieur des tas de bois de la rive Sud du canal, en liaison avec l'ouvrage du bois C.
Ces travaux sont faits dans l'ordre d'urgence suivant :
1° : tranchées a, b, a (gabiennages, en raison du peu de profondeur à laquelle se trouve l'eau)
2° : réseau de fil de fer, se reliant à ceux de la 6e Armée au bois des Tirailleurs
3° : boyaux de communication
Transmis, à titre de renseignements à M le Colonel Cdt. la 74e Brigade, le 17 avril 1915

 

note sur une passerelle pour l'infanterie, projetée sur l'Oise,
à 1 km en aval du hameau de Flandre, au lieu-dit La Tuilerie, à Saint-Léger-aux-Bois

"Conformément aux instructions verbales que vous avez bien voulu me donner, j'ai fait étudier par le Service du Génie la construction d'une passerelle destinée à assurer des communications faciles, de jour comme de nuit, entre nos troupes qui occupent le terrain encerclé par la boucle de l'Oise et nos réserves de Secteur ou de Brigade, tenues sur la rive gauche de cette rivière. J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint le projet établi par le Génie.
J'estime que l'emplacement choisi est favorable. Il est dissimulé aux vues de l'ennemi et pas trop éloigné de la ferme de Flandre (environ 1 km en aval), ferme occupée par nous.
Cette passerelle, étant donné la manière dont sa construction est projetée, doit permettre le passage d'animaux tenus en main. Par suite, le cas échéant, on pourra faire franchir l'Oise à une section de mitrailleuses.
Je vous serais très obligé de vouloir bien me faire connaître si je puis faire exécuter le travail projeté, dont l'urgence me semble établie.
"

Q.G., le 29 mars 1915
Le Général DESHAYES DE BONNEVAL, commandant la 37e Division


"Cette passerelle, située à un coude de l'Oise, où elle serait défilée des vues de l'ennemi, rendrait les plus grands services pour assurer la liaison avec le poste occupant la ferme Saint-Marc. Ce poste ne dispose actuellement que de la passerelle établie sur ce qui reste du pont suspendu de Bailly, laquelle, étant à petite distance des postes d'infanterie ennemis, ne peut être utilisée que la nuit ou par brouillard, et d'un bac à va et vient en aval du hameau de Flandre, dont la manœuvre est assez lente.
Une reconnaissance faite par le lieutenant MARTINO, de la Compagnie du Génie M/7, conclut à la construction d'une passerelle sur pilotis composée de 7 palées de 2 pilots et 2 contrefiches chacune, espacées de 4 mètres.
Le tablier en planches aura 2 mètres de largeur disponible. La profondeur maxima de l'eau est de 3,80 m, la vitesse du courant de 1 m, le fond est sableux, les pilots pourront être enfoncés à la masse.
Un bois voisin les fournira, le reste du matériel pourra être en partie trouvé à Saint-Léger, le complément est demandé à l'arrière. La passerelle serait construite par une équipe de 30 hommes fournis par le régiment de zouaves et guidés par quelques sapeurs fournis par la Cie M/7. Le travail de mine important incombant à cette Compagnie ne lui permet pas d'assurer à elle seule la construction de la passerelle.
Le travail demanderait environ une semaine.
"

29 mars 1915
Le Chef de Bataillon VAUPLAIRE, commandant le Génie de la 37e Div.

 

 

compléments sur cette passerelle militaire française, sur l'Oise,
à 1 km en aval du hameau de Flandre, à Saint-Léger-aux-Bois

 

Ces passerelles construites par les Français étaient hautement stratégiques car elles autorisaient un passage là où il n'y en avait pas ! Sur ce front de première ligne entre Saint-Léger (français) et Bailly (allemand), on comprend bien son intérêt.
L'Oise coule au nord du village de Saint-Léger. Un peu plus au Nord encore, au hameau de Flandre, existait depuis fort longtemps "un port" où a mouillé la barque du "pescheur de poissons" de Saint-Léger pendant plusieurs générations. Par ailleurs, la rivière était à cette époque un axe de communication important pour le flottage du bois de la forêt en direction des villes en aval, toutes sortes de bois car nos ancêtres utilisaient les troncs et les branches de différents calibres.

 

 

Bailly - la passerelle camouflée, sur l'Oise - cliché du 8 septembre 1916

 

 

 

Voici des images choc de cette passerelle, probablement à la période où les Allemands ont reculé et libéré le nord de l'Oise (1916-1917) :

la guerre au plus près

Guy Friadt - juillet 2011

 

La passerelle est ici en grande partie détruite. 
La photo est ainsi légendée : "passerelle détruite sur l'Oise à gauche de St Léger - 3 août 1918".

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Le 17 avril 1915, le 2e régiment de marche de Zouaves de la 3e Brigade du Maroc quitte Saint-Léger-aux-Bois, le front de l'Oise et la 37e D.I., pour passer à la 153e D.I. jusqu'à la fin de la guerre.

 

 

 

 

 

 

tiré de "Le Stéphanois" du 30 mai 1915

 






 

 

 

 

 

1916 - l'année de Verdun et de la Somme

Alors que les Allemands étaient à l'offensive sur Verdun et les Anglais dans la Somme, le secteur de Saint-Léger demeura plus calme, tout en connaissant une rotation d'effectifs.

Le Francport (à la suite de l'évacuation de Saint-Léger-aux-Bois), le 9 janvier 1916 :
"Le repos accordé à la 53e D.I. fut de très courte durée, malgré l'état général de l'infanterie (…) Le 205e RI quitte le petit village de Chelles, dés le 24 janvier, au petit jour (…)
Le 6e Bataillon doit se rendre au camp des Maréchals, dans la forêt de Laigue, près d'Ollencourt, quitte le régiment à Rethondes pour suivre la route qui mène au Puits d'Orléans et à Saint-Léger-aux-Bois. Il passe près de la ferme de Belle-Assise qui est transformée en ambulance pour chevaux blessés, puis au carrefour des Princesses et du Pont-d'Etoupe pour aller cantonner dans les baraques Adrian qui sont édifiées non loin du carrefour des Plainards, le long de la route d'Ollencourt. Abritées par des chênes et des hêtres de la forêt, elles ont échappé jusqu'ici à la vue des avions ennemis et aux bombardements de l'artillerie lourde. Il est défendu de faire du feu dans les baraquements pendant le jour, car la fumée pourrait les faire repérer par les observateurs boches, et alors, adieu Camp des Maréchals (…)
Le mardi 25 janvier, dès 6 heures du matin, les compagnies du 205e commencent à relever le 318e RI dans le sous-secteur C. Nord de Quennevières, dont les ruines se profilent à travers la pâle clarté du jour naissant.
" (6)

 

1916 - carte-photo simplement légendée "en souvenir de St Léger aux Bois"

 

 

 

1916 - carte des positions militaires autour de Saint-Léger-aux-Bois
dressée et restituée par le Groupe de Canevas de Tir le 25 mai 1916

Le rouge, ce sont les lignes françaises, et le bleu les lignes allemandes.  Nous sommes bel et bien sur le front qui s'est mis en place en 1914 et ne reculera que vers 1917 pour revenir une dernière fois en 1918.

 

 ici des photos prises à St Léger en août 1916 :
l'artillerie anglaise, un avion allemand, un général
 

 

 

1917 - recul des armées allemandes sur la ligne Hindenburg

Le recul des soldats allemands sur la ligne Hindenburg était justifié par la volonté de réduire la longueur du front et de concentrer des troupes pour de futures attaques. Les régions ainsi libérées virent le retour de la population évacuée. Dans Saint-Léger sorti de la zone des combats, les villageois découvrirent de nombreuses maisons ruinées, des champs impropres à la culture, les bâtiments communaux et l'église dévastés. Sur les murs de l'église, dans la partie haute, subsistent des graffitis de soldats, notamment un profil de poilu.

 

 

janvier 1917 - service des eaux au Puits d'Orléans - forêt de Compiègne

 

 

vente de journaux aux soldats au Puits d'Orléans, en forêt de Compiègne - février 1917

 

 

 

"Après quelques jours de repos sur Chantilly, dans la nuit du 18 au 19 mars 1917, le 236e RI abandonne également ses cantonnements de repos. A 5h30, il embarque en camions et, par Compiègne, arrive vers 11 heures au sud de Saint-Léger-aux-Bois. Il gagne ensuite les emplacements qui lui sont assignés, c'est à dire :
Colonel, Etat Major et 4e Bataillon à Saint-Léger-aux-Bois
5e Bataillon, dans les abris de Bailly
6e Bataillon, dans les abris disponibles de Bailly, au hameau de Flandre et à la Tuilerie.
A 15 heures, le 319e RI est rassemblé au Plessis-Brion et cantonne dans ce village avec la Cie 3/13 du Génie.
L'artillerie, qui bivouaquait au nord-est de Lagny, reçoit dans la nuit du 18 au 19, vers 22 heures, l'ordre du 35e CA de se rassembler le 19 mars dans la région de Saint-Léger-aux-Bois. Le départ des batteries est fixé à 4 heures et la longue colonne reprend le chemin de Plessier-de-Roy, et, par Elincourt-Sainte-Marguerite, Chevincourt et Montmacq, vient stationner à Saint-Léger-aux-Bois avec le 236e RI...
Le 22 mars, à midi, la division quitte ses cantonnements de la vallée de l'Oise pour gagner la région de Blérancourt (Aisne) - Brétigny (Oise).
Le 205e RI, rassemblé près du cimetière de Montmacq, prend la route de Saint-Léger-Bailly. De ce dernier village, dont le nom figura à plusieurs reprises dans les communiqués officiels, il ne reste plus que des ruines branlantes, au milieu du dédale des tranchées et des boyaux que les Allemands viennent d'abandonner pour les défenses de la fameuse ligne Hindenburg.
" (7)

 

1918 - la dernière offensive allemande et la contre-offensive alliée

L'armée allemande, confiante dans sa supériorité et profitant de l'occasion unique offerte par l'effondrement du front russe, devait lancer une attaque décisive, avant la montée en puissance de l'allié américain. Aussi déclencha-t-elle, le 21 mars, une offensive d'envergure en direction de la Marne depuis la vallée de l'Aisne, puis simultanément en direction de Compiègne depuis Saint-Quentin et dans les Flandres. L'Oise est de nouveau un théâtre de la guerre, avec la bataille du Matz, où devaient intervenir des unités de chars, puis celle du Mont Renaud devant Noyon, qui permirent d'arrêter la progression allemande à quelques kilomètres au nord de Compiègne, avant de lancer l'ultime contre-offensive alliée.

 

la Grand' Rue de Saint-Léger, avant les bombardements de 1918

 

 

 

la Grand' Rue de Saint-Léger, après les bombardements de 1918

 

la poussée ennemie sur l'Oise et l'Aisne (mai-juin 1918) (8)

Combat de Puisaleine-Les Loges (31 mai 1918) : "Le 26 mai, le régiment est relevé. Après avoir cantonné à Marquéglise, Marest-sur-Matz où il reste les 28 et 29. C'est l'époque de l'attaque allemande sur le Chemin des Dames. L'ennemi avance rapidement entre l'Oise et l'Aisne. On fait encore appel au 134e. Le régiment passe sur la rive gauche de l'Oise et bivouaque pendant la nuit du 30 dans la forêt de Laigue (à Montmacq et Saint-Léger-aux-Bois). A l'aube du 31, il se met en marche vers l'Est. Les Allemands eux aussi ont traversé l'Oise, bousculant les divisions qui en défendaient les passages, et ils se trouvent à ce moment dans la région Nampcel-Moulin-sous-Touvent, continuant leur progression en direction de Compiègne. Le temps presse ; sans arrêt, le régiment est poussé en avant, et par Tracy-le-Mont il arrive dans le ravin de Puisaleine. La chaleur est accablante et les hommes sont très fatigués. Il est 11 h 30. L'ordre parvient à ce moment de se porter immédiatement à l'attaque. Le 134e, qui est à la disposition de la 4e brigade du Maroc, et va opérer en liaison à gauche avec le régiment d'infanterie colonial du Maroc. Les unités, oubliant leur fatigue, se portent en avant en direction de Nampcel."

 

historique du 4e Régiment Mixte de Zouaves-Tirailleurs (9)

"Vers 11 heures, dans la matinée du 30 mai, les Allemands commencent à bombarder les rives de l'Oise. Leur intention de passer la rivière devient manifeste (...) A la date du 9 Juin, nous tenons toujours Caisnes, Laigle, le bois sud de la ferme Le Mériquin, et nous avons dans la forêt d'Ourscamp une fenêtre sur l'Oise. Pourtant, dès le 9 au matin, l'attaque prévue contre la IIIe Armée s'est produite. Tout son effort a porté sur la rive droite de l'Oise.
De Sempigny, en passant par Ourscamp, l'Oise tourne au Sud pour joindre l'Aisne dans la région de Compiègne. Les Allemands, ayant réussi à refouler les unités qui, par-dessus l'Oise, continuent notre ligne de résistance, s'avancent sur la rive droite et descendent au-delà de Ribécourt-Béthancourt, jusque vers Montmacq. Nous avons mission d'organiser une deuxième position de sûreté avec des éléments où entrent le 5e et le 3e Bataillons du 4e Zouaves. Le 4e Bataillon reste à la disposition de la 76e Brigade. Le PC du régiment se transporte, dans la nuit du 9 au 10, à Saint Léger aux Bois (...) Au matin du 10, notre situation devient périlleuse. Nous avons désormais à protéger notre flanc gauche, insuffisamment couvert par le fossé de l'Oise que l'ennemi peut traverser d'un instant à l'autre. C'est pourquoi un mouvement de repli s'impose et, en raison de la situation, le Général commandant l'armée prescrit à la 38e Division de s'aligner sur le front Bailly-Tracy-le-Val. Toutefois, nous ne partirons qu'à notre heure, le 11, et jusque là, toutes les patrouilles allemandes qui, entre Bailly et Ourscamp, tentent de passer l'Oise, sont rejetées à l'eau. Nous partons même sans que l'ennemi puisse se douter de notre repli. II continue pendant toute la matinée du 11 à bombarder inutilement nos anciennes premières lignes.
"

"Dès cette date du 11 juin, le groupement de l'Oise, dont faisait partie la 38e Division, passe à la Xe Armée qui bientôt, sous les ordres du Général Mangin, ira brillamment contre-attaquer et dégager peu à peu la rive droite. En attendant, nous tenions de pied ferme, appuyés à la forêt de Laigue, interdisant tout accès sur la rive gauche."
La position reste difficile. Nous avons l'Aisne derrière nous. Mais une organisation rapide commence en forêt. Les anciennes lignes de Bailly, qui dataient de 1917, époque de la retraite allemande, sont remises en état. Après quelques jours, le journal de marche pouvait écrire : "Secteur calme".

 

dommages subis par la mairie-école de Saint-Léger, en 1918

 

"Sans répit, le 4e régiment Mixte va poursuivre sa tâche. Relevé le 22 juillet par un corps anglais, il est dirigé sur la région de Pierrefonds, Trosly-Breuil, où il incorpore d'importants renforts de jeunes classes. Puis, sans avoir eu le temps d'amalgamer ces nouvelles recrues, il remonte en ligne au Nord de la forêt de Laigue, dans le secteur de Saint-Léger-aux-Bois, en bordure de l'Oise, de Montmacq jusqu'à l'Ouest de Bailly. La rivière forme là une vaste boucle que l'ennemi occupe et que nous entourons.
Le 4e Mixte : Relève 226e RI, sous secteur de Saint-Léger-aux-Bois : Btn BISSERIER à droite - Btn PINEAU à gauche. Le Poste de Commandement du Régiment était route de Saint-Léger-aux-Bois, au carrefour du Puits d'Orléans. On refit connaissance avec la forêt de Laigue. Mais ce n'est plus la défensive. Chaque jour, on s'attend à repartir de l'avant et, dans le fond des cœurs, il y a une satisfaction intime à la pensée de reprendre bientôt en bloc le terrain qu'il a fallu défendre pied à pied pendant dix semaines. A notre gauche, la IIIe Armée, assumant l'œuvre commencée autrefois par la Xe, réalise des progrès sur la rive droite de l'Oise.
Dans ce nouveau secteur, le régiment est soumis nuit et jour à de violents bombardements par obus à ypérite, dont les effets sont accrus par la présence des bois qui retiennent près du sol les vapeurs délétères. Aussi le nombre des évacuations est-il considérable : près de 20 par jour. Le moral du 4e Mixte n'en est point atteint cependant, les hommes déclarent que c'est parce qu'il ne peut pas les emporter, et pour tromper son attente le régiment entreprend dans la boucle de l'Oise une série de reconnaissances offensives dont l'exécution, dans des conditions topographiques déplorables, avec une rivière à dos, développera dans la troupe les qualités d'audace et de décision qu'elle possède déjà à un haut degré.
Ces petites opérations débutent le 11 août par une reconnaissance du lieutenant SALVAT qui, avec 2 barques et 30 tirailleurs de la 2e Compagnie, pousse une pointe sur les fermes de la Verrue et de Fernière et enlève un poste allemand de 4 hommes et une mitraillette. Elles se développent les 12 et 13 août par l'entrée en action sur la rive droite de l'Oise de la Compagnie JACQUIER, renforcée d'une section de mitrailleuses, chargée de nettoyer la boucle et de couvrir, le cas échéant, le passage de la rivière
."

C'est dans ces circonstances que le 4e Mixte était appelé à prendre part à des opérations de plus grande envergure qui se préparaient dans le voisinage, et au cours desquelles il fit une ample moisson de lauriers. Ces opérations, qui se déroulèrent du 13 au 29 août, sont résumées dans le rapport ci-après du Colonel VERNOIS commandant le régiment :
"Le 4e Mixte était en secteur dans la région de Saint-Léger-aux-Bois, le 13 août, il reçut l'ordre de venir prendre position à la gauche de la 15e D.I. à la lisière Nord du bois Saint-Mard : un bataillon en première ligne, un bataillon en soutien (éperon ouest de Cosne), un bataillon au repos (forêt de Laigue)."

situation des bataillons au jour J, le 15 août 1918 - sous-secteur de Bailly

 

"15 août - Dans la nuit, le Btn de JUVIGNY du 4e Zouaves relève dans le sous-secteur de Bailly le Btn SALBERT qui se porte entre le carrefour des Princes et le carrefour du Plessis Brion. Le Btn MEFFREY du 4e Mixte relève le Btn ROTHENFLUE qui se porte au rond-point BUISSON. Le Btn LOYNET se porte dans la région du carrefour d'Ollencourt (avec ½ Cie de mitrailleuse du 74e RI). Le colonel du 4e Mixte prend le commandement du sous-secteur. Le Btn BISSERIER, relevé par une C.M. de Territoriale, se porte dans la soirée en soutien du 4e Mixte. La situation de l'ID sera la suivante le 16 au matin : réception des ordres de la 38e D.I. relatifs à l'emploi possible de la D.I. dans une action offensive Of n°257 et annexes. Pertes : 4e Zouaves : Lt. PELTIER blessé, 1 blessé, 4 intoxiqués - 4e Mixte : 1 blessé, 12 intoxiqués - 8e Tirailleurs : 2 blessés, 20 intoxiqués.
Le 16 août, 1 section de mitrailleuses du 6e Chasseurs d'Afrique est mise à la disposition de l'ID pour le remplacement de la C.M. Territoriale dans la boucle de l'Oise et de la liaison avec la D.I. à gauche au pont de Rouillie. Pertes : 4e Zouaves : 4 intoxiqués - 4e Mixte : 9 intoxiqués - 8e Tirailleurs : 1 blessé, 3 intoxiqués.
"
"Le 18 août, une reconnaissance poussée jusqu'à Pimprez constate que le village est évacué. Devant Bailly, il n'en va pas tout à fait de même. Nos patrouilles se heurtent à des guetteurs vigilants. Mais sur la droite, la Xe Armée s'est emparée des positions avancées de la défense allemande."

 

l'église Saint-Jean Baptiste, endommagée, en 1918

 

 d'autres photos de l'église éventrée 

 

La Bataille de Noyon paraît pouvoir s'engager.
Le 19 août, le lieutenant-colonel commandant le 4e Zouaves transporta son P.C. à Bailly. Les troupes quittèrent ce secteur à partir du 21 août, occupant la rive droite de l'Oise et progressant vers le nord en direction de Pont l'Evêque.
Saint-Léger-aux-Bois fut définitivement libéré le 25 août 1918, soit 4 années après avoir subi les premiers combats.

Ainsi des soldats de très nombreuses provenances et d'origines différentes sont venus, au prix de leurs vies perdues, sur le territoire de Saint-Léger-aux-Bois défendre la Nation et la Patrie.
L'estimation de leur nombre est bien difficile à établir mais au gré des consultations des historiques de régiments et des références affichées sur Internet, il est fréquent d'apprendre, par des indications provenant de sites communaux, personnels ou en rapport avec l'armée et la guerre 1914-1918, que tant d'hommes de contrées si lointaines sont venus mêler leur sueur et leur sang à la terre du village, avec les défenseurs locaux et nationaux.

 

 

 

Zouaves à Noyon, en 1918

 

 

les hommes de Saint-Léger dans la guerre

Dès l'ordre de mobilisation générale affiché, les jeunes hommes et les réservistes de Saint-Léger-aux-Bois avaient rejoint leurs régiments respectifs, animés de l'esprit de la revanche qui leur était promise depuis la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace et la Lorraine. Le samedi 1er août 1914, à 4 heures de l'après-midi, tous les clochers de France faisaient entendre un sinistre tocsin. C'était la mobilisation générale.
Le même jour, l'Allemagne, avec une longueur d'avance, déclarait la guerre à la Russie.
Bon nombre de soldats de Saint-Léger furent mobilisés dans les régiments à proximité, comme le 67e Régiment d'Infanterie - 30e compagnie, appartenant au 4e Corps d'Armée, stationné à Compiègne et Soissons. Puis ils parcoururent le front d'Est en Ouest, au gré d'incessants déplacements répondant au besoin des stratégies militaires, et pour combler les pertes d'effectifs considérables occasionnées ici et là par des commandements peu soucieux de préserver la vie des soldats.

La commune ne tarda pas à être endeuillée une première fois, par la disparition d'Arthur Jules DROUARD, 31 ans, né à Nampcel le 9 juin 1883, Mort pour la France le 26 août 1914. Ce sont des hommes dans la force de l'âge que la guerre allait emporter, laissant parfois des veuves et des orphelins qu'ils n'avaient pas même connus. Parfois s'éteignit à jamais avec eux la branche familiale. Ils laissèrent souvent derrière eux des correspondances, jusqu'à leur ultime envoi, où ils tentaient de rassurer leurs proches et témoignaient de leur état d'esprit souvent emprunt du devoir de servir et d'un fatalisme qui nous paraît aujourd'hui invraisemblable : "Va où tu peux, meurs où tu dois !" trouvait-on écrit sur certaines de leurs cartes postales rédigées dans les tranchées.
Pour d'autres, plus chanceux, c'était "la bonne blessure" : la baïonnette, la balle ou l'éclat d'obus qui vous atteignait avec une gravité superficielle au bras ou à la jambe, pour être admis au poste de secours puis évacué à l'arrière dans un hôpital. Certains soldats furent aussi victimes des terribles bombardements d'artillerie, parfois chargés de gaz, et restèrent handicapés ou durent subir une amputation.

 

la désolation dans le village

Comme de nombreux villages situés à proximité du front, Saint-Léger-aux-Bois subit de lourds dommages durant ces quatre années de guerre et devait mettre des années à se redresser. La population de la commune est ainsi tombée de 463 habitants en 1911 à 293 en 1921, soit une perte de près de 40% (10), et sans citer les deux premières années suivant le départ des soldats, où seulement quelques familles purent retrouver un toit.
De nombreuses maisons furent détruites partiellement ou totalement. Furent aussi durement touchées la mairie-école et l'église, laquelle avait été classée monument historique juste avant le début du conflit, par arrêté du 15 janvier 1914 (11).
Les champs étaient devenus indisponibles, en raison des tranchées et des systèmes de défense qui couraient partout, même à travers les jardins, au cœur du village. Des munitions et des armes jonchaient encore le sol par endroits, représentant des dangers mortels.
Le 7 juillet 1919, le préfet de l'Oise estima à 80% en moyenne le taux de destruction des maisons à Saint-Léger. Les habitations endommagées ou détruites ne pouvaient être aisément relevées par des familles souvent endeuillées, qui durent patienter des années, au prix de longues démarches administratives accomplies dans le cadre de la Société Coopérative de Reconstruction, une des premières mises en place dans l'Oise, pour toucher des " dommages de guerre " et pouvoir enfin rebâtir. D'autres encore quittèrent le village, ayant perdu leur outil de travail, leurs chevaux, et s'installèrent en ville.

 

 

Les fermes étaient exsangues, les troupeaux disparus, les chevaux réquisitionnés par l'armée. Les champs restèrent incultivables pendant plusieurs années, ce qui entraîna la disparition de plusieurs exploitations, dont les cultivateurs trop âgés ou embauchés ailleurs quittèrent la terre et parfois même la commune.
Dans un village où les conditions de l'agriculture avaient toujours été difficiles, l'artisanat s'était développé, notamment le travail à domicile pour la brosserie de Tracy-le-Mont, aussi disparue dans la tourmente. On trouvait également une fabrique de balles à jouer, fondée en 1839 par DELAISSEMENT, reprise par la famille BERNARD-RONDEL, qui fit construire en 1896 ses atelier et entrepôt en pierres et briques, rue d'Enfer, aujourd'hui rue des Etangs. Elle employait des "faiseuses de balles" à coudre des enveloppes de cuir, ensuite bourrées de fougères ou de sciure. Leur fils Aristide, dit Restide, BERNARD était décédé en 1909. Ses deux fils employés à la fabrique disparurent en 1915 dans les combats de l'Argonne, et avec eux l'entreprise.

 

 

Saint-Léger était aussi tourné vers l'exploitation forestière. Or la mitraille et les éclats d'obus avaient rendu impropre le bois pour la menuiserie, sans compter les dangers que représentaient les quantités d'obus tombés sans exploser, sommeillant dans l'humus, comme autant de pièges mortels. Encore aujourd'hui, il n'est pas rare de découvrir des munitions, qu'il est prudent de ne pas manipuler.

Tous ces facteurs ont contribué au déclin du village après 1918 et pesé encore bien longtemps, faute d'avoir su reprendre le train du développement économique, bénéficiant davantage aux communes plus proches des axes de communication, du chemin de fer ou du canal de l'Oise.
La reconstruction commença par le débarras d'imposantes quantités de décombres des habitations, de réseaux de fils de fer barbelés et de toutes sortes de constructions militaires ayant abrité sommairement les soldats français. Puis on remblaya les tranchées et les boyaux un peu partout dans le village et le long de la rive de l'Oise. Les équipes de travailleurs et de prisonniers de guerre allemands utilisèrent un petit chemin de fer Decauville à voie étroite, qui avait pu servir pour l'armée pendant les combats, et dont les rails couraient au long de la Grande Rue du village.
Des agents techniques des Régions Libérées, domiciliés à Saint-Léger pendant la période de reconstruction, contribuèrent au relèvement du village.
Toutes les maisons n'ont pas été refaites à l'identique : celle de la famille BERNARD-BONNART, située à l'angle de la Grande Rue et de la rue d'Enfer, au centre du village, qu'un obus avait détruite, initialement placée dans l'alignement de celles ayant subsisté, fut reconstruite en retrait, avec un jardin sur le devant qui la mit en valeur et, comble de modernisme, fut équipée d'un réseau électrique, alors que l'électricité n'était pas encore arrivée jusqu'à Saint-Léger.

Le dimanche 30 mars 1924, Mgr. LE SENNE, évêque de Beauvais, visita successivement quatre églises du canton, pour une cérémonie d'action de grâce marquant la renaissance des églises dévastées. Dans l'après-midi, après Montmacq, il fut accueilli à Saint-Léger par le maire et le curé, dans une église restaurée, dont le gros oeuvre avait heureusement peu souffert.
L'édifice fut refait à l'identique, sous la direction d'André COLLIN, architecte en chef des monuments historiques en charge du département, grâce à des crédits de l'Etat, ainsi qu'une aide personnelle de Mme LUCKMEYER, une Américaine fortunée qui, comme nombre de ses compatriotes, apporta des secours aux villages sinistrés.

 

mai 1921 - inauguration du Monument aux Morts 1914-1918

Les pertes subies par les Armées étaient telles que toute la nation fut saignée d'une grande partie de ses forces vives. Les soldats revenus plus ou moins indemnes eurent du mal à témoigner des situations proprement inimaginables qu'ils avaient vécues et forgèrent entre eux des liens de camaraderie exceptionnelle. Ils se retrouvèrent au sein des associations d'anciens combattants et commémorèrent la mémoire du sacrifice de leurs camarades disparus "Morts pour la France". Dans chaque commune de France, un monument perpétua le souvenir du sacrifice des hommes morts au Champ d'Honneur.

L'inauguration du monument aux morts de Saint-Léger-aux-Bois eut lieu le 16 mai 1921, sous la présidence du comte de l'AIGLE, conseiller général du canton, en présence de tout le village rassemblé derrière les personnalités locales, le conseil municipal, les Anciens Combattants et une garde d'honneur militaire portant une gerbe avec le drapeau tricolore de leur section, précédés du curé et des enfants de choeur, afin de rendre hommage aux enfants de Saint-Léger-aux-Bois tombés lors des combats (12).
Le monument de Saint-Léger, financé par la commune et des dons, ainsi qu'une subvention de l'État proportionnelle au nombre de combattants disparus (loi du 25 octobre 1919), était un des plus modestes du canton.

 

le monument aux morts de Saint-Léger-aux-Bois

 

 

 

Erigé à l'entrée du cimetière, en lisière de la forêt de Laigue, à proximité des premières tranchées et du front stabilisé à Bailly, il a la forme d'un simple obélisque de pierre, décoré de la croix de guerre décernée à la commune. Sur le devant est fixée une plaque de marbre blanc où sont inscrits par ordre alphabétique, en lettres d'or, les noms des soldats de la commune Morts pour la France : en tout 26 hommes, de 21 à 44 ans, avec une moyenne d'âge de 30 ans, tombés sur les champs de bataille de l'Argonne, de la Somme, du Nord, de l'Aisne et jusqu'en Serbie, à Monastir.
Ils seront complétés en 1945 par les noms des 4 victimes militaires et civile de la Seconde guerre mondiale.

Après une messe dans l'église, le cortège se forma pour se diriger vers le cimetière à l'orée nord de la forêt de Laigue, non loin des positions du front défendues par l'Armée française pendant de si longues années.
Il faisait chaud en cette fin mai, de nombreux participants avaient ôté leur casquette ou leur képi. La participation était forte. Le cortège, venu de l'église, passa devant la mairie pour se rendre au cimetière. Le photographe s'était placé dans la montée pour avoir une vue d'ensemble.

 

inauguration du monument aux morts de Saint-Léger-aux-Bois, le 16 mai 1921

 

Le personnage de grande taille, au premier rang à gauche est le comte de l'Aigle, conseiller général du canton. A sa droite, habillée en noir, probablement Mme LUCKMEYER, une Américaine bienfaitrice de la commune; sans doute aussi Louis-Auguste RICHARD, maire de la commune, et des élus du canton.

Dans le cimetière reposent plusieurs soldats dont la dépouille a pu être ramenée dans le caveau familial. Une plaque, parfois accompagnée d'une photographie du soldat, illustre son souvenir. Deux tombes où reposent deux Zouaves inconnus tombés à Saint-Léger constituent le carré militaire, entretenu par l'association du Souvenir Français.
D'autres portés disparus reposent dans des ossuaires regroupés avec des milliers de semblables près des champs de bataille en Champagne ou en Argonne, si ce n'est encore dans la terre où la guerre les a fauchés.

 

juillet 1923 - Croix de guerre à la commune de Saint-Léger-aux-Bois

Le dimanche 22 juillet 1923, Charles REIBEL, Ministre des régions libérées, vint remettre les croix de guerre aux communes martyres du canton de Ribécourt puis du canton de Guiscard.
Il se déplaça en personne à Ribécourt qui, pour l'occasion, s'était parée autant que possible d'un air de fête, avec guirlandes et drapeaux parmi ses ruines. Les communes du canton avaient été mises à contribution pour financer cet accueil. Le Ministre, arrivé dans la matinée à la gare de Compiègne, fut rejoint par les élus locaux et le préfet de l'Oise, et gagna Ribécourt en voiture, où il fut accueilli par le comte de l'AIGLE, conseiller général, le baron de LAVILLEON, conseiller d'arrondissement, et le maire, M. PETTRÉ.
La société musicale de Tracy-le-Mont joua, rejointe par les sapeurs-pompiers, les anciens combattants, les archers, jusqu'à la place de l'église, où était dressée une vaste estrade face aux ruines. On exécuta la Marseillaise et le comte de l'AIGLE prit la parole: "(…) Les 18 communes du canton de Ribécourt, citées à l'ordre de l'Armée, sont heureuses de recevoir de vos mains la croix de guerre (…) Elles ont le sentiment et la fierté de les avoir bien méritées par leur sacrifice."

 

Croix de guerre - 24 février 1921

 

 

 

 

 

Cette médaille et le diplôme correspondant
sont toujours exposés
dans la salle du conseil municipal
de Saint-Léger-aux-Bois.

 

 

remise de la Croix de Guerre
aux communes martyres
du canton de Ribécourt

 

Après les discours, M. REIBEL donna lecture des citations pour chacune des communes. Puis défilèrent, deux par deux, les jeunes filles endimanchées désignées pour les représenter, qui s'approchèrent en portant le coussin brodé au nom du village, sur lequel le ministre épingla la croix de guerre, sous le regard du maire de Saint-Léger-aux-Bois, Louis-Auguste RICHARD.
La grandiose cérémonie se poursuivit par un banquet à Ribécourt alors que le ministre se dirigeait vers Guiscard, puis dans l'après midi la société musicale de Tracy-le-Mont donna un concert et la journée fut clôturée par un grand bal public.

 

les pèlerinages

A partir de 1919 furent organisés des pèlerinages dans les régions dévastées, afin que les élèves des écoles de France, fortement impressionnés par les "crimes des Allemands" et la "barbarie teutonne" n'oublient jamais …
Au départ de la gare de Compiègne, les jeunes étaient conduits en camions automobiles vers les lieux de leurs excursions. Ribécourt était le début de la région vraiment dévastée ; des tas de moellons marquaient l'emplacement des maisons détruites. A Chiry-Ourscamp, on passait la ligne de front ; avant Noyon, devant le Mont-Renaud, où la ferme et le château n'existaient plus, on traversait des tranchées, des fortins et des abris qui avaient fait de cette colline une véritable citadelle au moment des combats pour la conquête de la ville. Le voyage se poursuivait par Noyon, le retour se faisait par Carlepont, Tracy-le-Val, Bailly et Saint-Léger-aux-Bois.
Des milliers d'enfants étaient ainsi sollicités, afin d'édifier leur sens patriotique.

 

 

notes

 

bibliographie

 

remerciements

 

 

 

de Saint-Léger-aux-Bois à La Chanvrière (1789-1799)
la Grande Guerre, vue par Maurice Bonnart
nos soldats de la Grande Guerre "Morts pour la France"
Saint-Léger-aux-Bois à travers ses monuments et ses rues
La Seconde Guerre mondiale et l'Occupation à Saint-Léger

 

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