la guerre de 1870-1871 à aint-éger

 

 

La guerre de 1870 oppose la France et les États allemands coalisés sous l’égide de la Prusse.
Ce conflit se solde par la défaite française, et forts de cette victoire les États allemands s’unissent en un Empire allemand, proclamé au château de Versailles le 18 janvier 1871. La victoire entraîne l’annexion par le Reich du territoire d’Alsace-Lorraine.

La défaite de Sedan et la capitulation de Napoléon III provoquèrent, le 4 septembre 1870, la chute du Second Empire, l'exil de Napoléon III et marqua la naissance en France d'un régime républicain pérenne avec la Troisième République.

la journée révolutionnaire du dimanche 4 septembre 1870

La défaite et la perte de l'Alsace-Lorraine provoquèrent en France un sentiment de frustration qui contribua à l'échec du pacifisme, et plus tard à l'entrée du pays dans la Première Guerre mondiale.


Vous lirez ici 2 textes, l'un de 1873, l'autre de 1874, concernant cette guerre vue de St Léger en Yvelines. On notera qu'il ne faisait pas bon être maire du village à l'époque !

 

"Le 1" octobre [1870], une patrouille du 16e hussards de Schleswig-Holstein tentait de se mettre en communication avec le général de Rheinbaben ; entre Saint-Léger-aux-Bois et Condé-sur-Vègre, au lieu-dit les Pins-du-Phalanstère, elle tomba dans une embuscade dressée par des gardes nationaux des communes voisines et des francs-tireurs de Saint-Léger, et elle eut deux cavaliers tués et cinq blessés.

 

 

Dans ce pays couvert de forêts, les paysans s'étaient organisés pour inquiéter l'ennemi, et chaque jour ses fourrageurs étaient reçus à coups de fusil. Pour mettre fin à cette résistance, le duc de Mecklembourg donna l'ordre à un bataillon du 11e régiment bavarois de Tann de faire une battue dans la forêt.

Dans la matinée du 2 octobre, les Bavarois cernèrent la commune de Poigny et se mirent en devoir de fouiller les bois. Aux abords de l'étang de la Cerisaie, ils égorgèrent froidement deux bergers dans la hutte desquels ils avaient trouvé un vieux fusil ; puis ils les suspendirent par les pieds aux arbres de la route, le corps labouré de coups de sabre et les entrailles pendantes.

A Saint-Léger-aux-Bois, pour venger les pertes essuyées la veille par les hussards, ils pendirent le maire par son écharpe à la porte de sa mairie, fusillèrent un garde national et emmenèrent seize habitants comme otages. Deux de ces malheureux, effrayés, essayent de fuir ; ils sont impitoyablement massacrés ; l'un d'eux, lorsqu'il reçut le coup mortel, tenait ses deux enfants par la main. Là encore, les meurtriers branchèrent les cadavres de leurs victimes, supplice que les bourreaux du Moyen-Âge réservaient aux voleurs de grands chemins.

Un récit allemand de la dernière guerre récit illustré, dans lequel la plume rivalise souvent avec le crayon pour l'extravagance, nous apprend le nom de celui qui présidait à l'exécution de ces hautes oeuvres. C'était le major de Beumen, un philanthrope, nous dit-on, "der menschenfreundliche Major von Beumen". Si cet officier est un type d'humanité, on se demande ce que peut être le commun des Bavarois, ses compatriotes (...)"

 

Source : http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-36275 p. 57 et 58
Auteur : Louis-Paul Rolin "La guerre dans l'ouest : campagne de 1870-1871"
1874 - Editions Plon (Paris)

 


 

expédition de la 6e division de cavalerie prussienne vers Rambouillet

 

(…) "Des francs-tireurs, des mobiles et des gardes nationaux se disposaient à défendre la route de Chartres. Les Prussiens arrivent à Rambouillet le 27 septembre 1870, somment M. de Fontanelle, sous-préfet, et M. Delamotte, maire, d'acheter dans l'arrondissement et de concentrer au chef-lieu des approvisionnements pour l'armée, et sur leur refus envoient le sous-préfet en Allemagne et condamnent la ville à une amende de 3 000 francs. A Saint-Hilarion, ils se heurtent à des mobiles, le 1er octobre. Se repliant sur Gazeran, ils placent sur la butte de l'Orme 2 canons qui forcent la colonne française à battre en retraite. Le 3, ils attaquent Epernon avec 4 pièces d'artillerie, et s'en emparent à 5h du soir.

Dans ce pays couvert de bois, des paysans s'organisaient en guérillas pour inquiéter l'ennemi. On tire sur des patrouilles prussiennes au Tremblay, à Craches, à Rochefort, à Condé, à Maurepas, au Perray.

10 habitants d'Auffargis, sous la conduite de M. Lesage, officier de cavalerie, tiennent la campagne pendant plusieurs jours. L'ennemi menaçant s'ils continuent de bombarder Vieille-Eglise, ils se résignent à regret à déposer leurs fusils. Un paysan de Condé qui se cachait dans les bois est fusillé. Le comte de Rougé parvient le 2 octobre à arracher à la mort le maire du Tremblay et 3 de ses administrés que des soldats voulaient égorger. Rochefort ne doit qu'à l'intervention du comte de Pourtalès d'échapper à l'incendie.

 

 

Pour venir à bout de cette résistance, le général ordonne une battue de la forêt. Le 2 octobre, au matin, la commune de Poigny se voit cernée. On entend au loin les appels du clairon et les commandements des chefs dirigeant la marche des troupes à travers les bois. Tout à coup éclate une décharge terrible. Après 2h d'une attente mortelle pour les habitants, les cavaliers qui gardaient l'entrée des rues reprennent leur marche. On se précipite vers l'étang de la Cerisaie d'où sont partis les coups de feu. Aux sapins qui bordent la route étaient attachés par les pieds, le corps labouré de coups de sabre et les entrailles pendantes, deux bergers de Rambouillet, dans la hutte desquels on avait découvert un vieux fusil.

Au coucher du soleil, les mêmes soldats repassent. La soirée était belle ; ils chantaient un de ces chœurs que les Allemands exécutent avec un si harmonieux ensemble. La journée avait été bonne. En quittant Poigny, ils avaient vengé à Saint-Léger-en-Yveline la mort d'un des leurs. Le maire d'abord avait été pendu par son écharpe (elle se rompit heureusement) à la porte de la mairie ; puis le meurtrier avait été fusillé. Et comme cela ne suffisait pas, 16 hommes furent emmenés dans la plaine. Deux de ces malheureux, effrayés, essaient de fuir ; ils sont poursuivis et massacrés sur place ; l'un d'eux, veuf, tenait ses deux enfants par la main. Les 14 autres attendaient leur sort à genoux. Enfin le curé parvint à calmer cette rage et les bourreaux se contentèrent de suspendre à des arbres les deux victimes.

L'échec d'Epernon n'avait pas découragé les Français. Le 8 octobre, à 5h du matin, ils attaquèrent les Prussiens et les Bavarois, barricadés dans Ablis, et après un combat d'une demi-heure se replièrent, emmenant 70 hussards prisonniers et 95 chevaux avec beaucoup d'armes ; ils perdirent 2 hommes et tuèrent ou blessèrent 6 Prussiens. Un habitant inoffensif fut atteint par des balles. A 9h du matin, une colonne composée de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie envahit la commune, brise les portes et les fenêtres et se livre au pillage. Elle rencontre dans les rues 4 paysans et les massacre. Le maire est averti que, s'il ne paie pas sur l'heure 5 000 francs, on mettra le feu aux maisons. Quand l'argent est compté, le chef ordonne d'incendier le village ; l'ambulance dans laquelle on avait recueilli et soigné les blessés prussiens n'est pas même épargnée ; 22 hommes sont enchaînés et emmenés au Mesnil-Saint-Denis. Comme ils passent sur la route, un des paysans fusillés le matin et laissés sur place se dresse sur son séant ; on lui casse la tête d'un coup de mousqueton.

 

une batterie française pendant la guerre de 1870 - https://fr.wikipedia.org

 

Le général Schmidt, devant qui comparaissent les otages, leur annonce qu'ils vont être passés par les armes. Il accorde à grand'peine à M. Barbier, faisant fonction de maire, un sursis de 3 jours et la liberté sur parole pour chercher la preuve de l'innocence des habitants ; et encore ne le laisse-t-il partir qu'à condition de réclamer au gouvernement français les hussards faits prisonniers. Le 12 au soir, M. Barbier revient courageusement, rapportant une dépêche de la délégation de Tours et une lettre du préfet d'Eure-et-Loir. Le général sourit, en lisant la dépêche qui le menaçait, si on fusillait les otages, d'exercer des représailles sur les Allemands, et remarqua que la Prusse avait plus de 100 000 prisonniers à massacrer. Mais la lettre de M. Labiche lui fit une grande impression ; il y répondit longuement en tâchant de se justifier. Le préfet d'Eure-et-Loir lui certifiait que le coup de main d'Ablis avait été exécuté par un corps de francs-tireurs parisiens, tout à fait étranger au département de Seine-et-Oise, et lui représentait dans un langage ferme mais conciliant que les hussards ayant été pris suivant les lois de la guerre, il était contre toute justice de retenir des citoyens innocents à leur place. Le lendemain, le général donna l'ordre de remettre les habitants d'Ablis en liberté.

Quand M. Barbier et M. Noguette, maire de Prunay, qui l'avait accompagné, allèrent leur porter cette bonne nouvelle, ils les trouvèrent dans l'église, accroupis sur les dalles, ayant devant eux la pitance que leurs geôliers venaient de leur apporter ; un officier assis à l'orgue jouait une valse. Le général voulut reconduire lui-même les otages jusqu'aux avant-postes et en les quittant, après avoir félicité M. Barbier de son dévouement, il laissa échapper ces paroles : "A mon lit de mort, je me rappellerai cette malheureuse affaire."

 

le siège de Paris, par Jean-Louis-Ernest Meissonier

 

Un journaliste prussien, mari d'une Française et pendant 10 ans notre hôte, ne vit pas là matière à scrupule. Voici comment il racontait à Versailles cette exécution :
"La petite commune d'Ablis, près de Rambouillet, a été dernièrement le théâtre d'une horrible boucherie. Le 4e escadron du 16e régiment de hussards prussiens y avait pris des cantonnements. Dans la nuit du 7 au 8 octobre, croyons-nous, des francs-tireurs, guidés par des habitants du village, ont massacré un à un, et pendant leur profond sommeil, une cinquantaine de ces hussards. Le reste de l'escadron, tous les hommes plus ou moins grièvement blessés, est parvenu à se sauver en prenant la fuite. Comme bien on pense, les autorités militaires prussiennes ont fait suivre ce fait barbare et coupable d'une punition sévère. La moitié de la commune a été incendiée par une colonne prussienne, envoyée ad hoc sur les lieux, et l'autre moitié a été imposée d'une contribution de guerre extraordinaire de 200 000 francs."
Il n'est pas un détail de ce récit qui ne soit faux. Dans ce comme bien on pense, on sent une satisfaction intime qui déborde. Les bourreaux de la Prusse paraissent tendres et ses exacteurs discrets à côté de cet homme de plume. "

 

Source : "Tableau de la guerre des Allemands dans le département de Seine-et-Oise (1870-1871)"
Auteur : Gustave Desjardins
1873 - Librairie Polytechnique de J. Baudry (Paris)

 

 

 

 

 

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