Bulletin de la Société Historique et Archéologique
de Corbeil, d'Etampes et du Hurepoix
19e année - 1913

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Boissy, chef-lieu du canton, doit cet avantage à sa position au centre du pays. Ce petit bourg est assis au plus haut point d'une colline élevée et, malgré les dix-huit kilomètres qui le séparent de Paris, le regard étonné y embrasse le magique panorama de la grande cité. Son nom vient des mots latins Buxus ou Boscus. L'un indique l'arbre de buis, l'autre un bois en général. Les diplômes de nos rois qui ont servi à composer la vie de Saint Babolein, premier abbé de Saint-Pierre des Fossés, monastère appelé depuis Saint-Maur, portent ces mots : Vicum qui Buxeus dicitur locus qui dicitur Buxidus.

Ce dernier est employé par l'auteur du Polypticon fossatense, écrit au plus tard dans le dixième siècle. Dans les douzième et treizième, on n'employa presque plus en latin que le terme Boissiacum, fabriqué visiblement sur le français. Le nom du patron de la paroisse y a été ajouté pour le distinguer des nombreuses communes qui, en France, ont la même origine étymologique. On y compte 846 habitants* ; ce chiffre tend incessamment à s'accroître. Des rues nouvelles, ouvertes à travers un enclos boisé, se bordent en ce moment d'habitations qui n'auront pas à attendre l'ombrage.

*On en compte aujourd'hui plus de 1100.

Boissy est traversé par l'ancien grand chemin de Paris à Troyes. Un service d'omnibus rend les communications faciles avec Villeneuve-Saint-Georges, point d'intersection des voies ferrées de Lyon et de Corbeil ; la distance de Boissy à cette dernière ville est de dix-neuf kilomètres. Le chemin de fer de Mulhouse traverse aussi une partie du territoire du canton. II y a à Boissy une brigade de gendarmerie. Dom Mabillon pense que ce lieu était habité dès le sixième siècle. C'est, dit-il, le Viccus Bucciacus dont parle Fortunat, dans la vie qu'il a donnée de Saint-Germain, évêque de Paris, dans le cours de ce même sixième siècle. Un enfant et une femme de Boissy, tous deux paralysés, furent amenés à Paris auprès du Saint Pontife qui les guérit.

Clovis II donna cette terre au monastère de Saint-Maur-des-Fossés, vers l'an 650. Ces moines en ont laissé cette singulière nomenclature : "ils y avaient vingt-quatre maisons et demie de paysans charroyants, dix de manoeuvriers et treize hospices ou logements ; duquel nombre de maisons il y en a en bénéfice cinq et demie et un hospice ; en tout, il demeure à Boissy soixante-dix-huit hommes. Chaque maison de charroyants paye à l'abbaye par année cinq sols et, l'année suivante, une brebis et un agneau, et deux muids de vin. Elle ensemence, en grains d'hiver, quatre perches, et, en grains d'été, deux perches. Entre deux maisons, les habitants labourent chaque semaine s'ils sont trois maisons ensemble, ils labourent l'espace de terrain appelé une charrue ; et chaque maison fournit à l'abbaye, tous les ans, une charretée de baguettes pour clore les vignes, avec trois poulets et des œufs. A l'égard des maisons de manoeuvriers, chacune paye, par an, au monastère, deux muids de vin, une brebis et un agneau. Elle ensemence de grain d'hiver quatre perches et deux en été et elle paye des poulets avec des œufs. Ce village est une terre à cens pour laquelle on paye, à la Saint-Denis, neuf sols huit deniers".

C'est à l'abbé Lebeuf que nous empruntons ce curieux document ; il nous fait connaître les anciens usages. Les guerres intestines diminuèrent graduellement le produit de cette terre. Dès l'an 1210, les hôtes, qui jusque là avaient payé une tolte et une taille, en furent exemptés. Dans le siècle suivant, l'abbaye de Saint-Maur accorda aux serfs la manumission*. En compensation, les droits de cens et de taille furent doublés et les serfs cédèrent alors à l'abbaye leurs usages sur le chemin de Marolles ; ils ne se réservèrent que les bruyères, et la garenne où ils s'engagèrent à ne chasser qu'au lièvre avec le chien et sans filets.

*manumission : droit d'affranchissement des serfs

 

l'église de Boissy St Léger

 

L'église de Boissy est sous le vocable de Saint-Léger, évêque d'Autun ; le farouche Ebroïn l'avait exilé à Fécamp, après lui avoir fait couper la langue. La légende rapporte qu'il recouvra tout à coup la parole, au doux concert des anges terrestres qui chantaient dans le sanctuaire de l'Eternel. Saint-Léger n'étant mort qu'en l'an 678, ce n'est qu'au huitième siècle qu'une église a pu le recevoir pour patron. La plus ancienne partie du monument est la tour des cloches ; on y reconnaît le douzième siècle. Les murailles en sont fort épaisses. L'édifice, composé autrefois d'une seule et vaste nef qui accuse le treizième siècle, a depuis reçu des appendices à droite et à gauche. Une réparation générale, exécutée sous la direction de M. Blondel, architecte à Versailles, vient encore d'y en ajouter. On a aussi prolongé la nef et construit un nouveau frontispice, absolument dans le style du monument la porte et la rosace font le meilleur effet. II y avait, à la façade de l'ancien portail, une pierre saillante ou modillon, dont l'extrémité était sculptée de trois figures, emblème de la Sainte Trinité. Il est fâcheux qu'elle n'ait pu être conservée.

La voûte de la nef, de forme ogivale, est adhérente à la charpente du comble, par conséquent les entraits et poinçons qui le supportent sont apparents. On en a un exemple à Paris dans l'ancienne Eglise du prieuré Saint-Martin des Champs. Mais le mérin, autrefois visible, a été remplacé par du plâtre. Les deux fenêtres qui éclairent le sanctuaire et la rosace sont garnies de verrières. Les cartons sont d'un artiste de Paris, M. Gérente*, et un don de M. Bourdon.

*Joseph-Alfred, né à Paris le 11 mars1821, marié à Boissy en 1852. Il est le digne continuateur de son frère Henri, enlevé si prématurément (1849) à l'art de la peinture sur verre.

On regrette la troisième fenêtre, bouchée par le retable, qui y a été appliquée. Autrefois, l'autel était isolé ; c'est un don de Monsieur, Comte de Provence, alors seigneur de Grosbois, mort sur le trône, où il porta le nom de Louis XVIII. Il y a plusieurs tableaux ; il faut distinguer un saint Thomas, posant le doigt dans les plaies du Christ après sa passion. Il est de l'école espagnole. C'est un don de M. le baron Hottinguer, alors maire de Boissy. Cette belle toile provient de la galerie Aguado. Celui du maître-autel est un don de l'Empereur. Il représente Jésus-Christ remettant les clefs du paradis à Saint-Pierre. Ajoutons une Descente de croix et les quatre Evangélistes, œuvre de M. Charpentier, artiste de Paris*. Il en fit don lorsqu'il fréquentait Boissy où il a passé plusieurs belles saisons. M Frechou, artiste de Paris, a été chargé, par M. le prince de Wagram, de décorer la chapelle de famille. Les tons de la peinture sont heureux.

*Jacques-Denis Charpentier, né à Paris le 8 juillet 1765, mort à Fontenay-en-Brie le 9 sept.1840 et inhumé dans le cimetière de Boissy

On admire, au plafond, quatre médaillons qui représentent saint Léger, saint Alexandre, saint Hubert et sainte Françoise, inspirés par Rubens, dont tout le monde connaît la Sainte Famille, œuvre capitale, dont est décorée l'église Saint-Jacques d'Anvers ; les figures sont celles des membres de la famille Berthier de Wagram. Il y a aussi une belle Sainte Elizabeth de Hongrie au-dessus de l'autel ; et l'on s'arrête volontiers à considérer l'autel, entièrement en fonte, y compris le tabernacle, le gradin, même la croix et les flambeaux, le tout richement peint.

On ne trouve plus, dans le pavé de cette église, l'épitaphe de Michel de Bonnaire, curé du lieu, chanoine de Saint-Maur, décédé en 1552. On y lisait aussi jadis le mémorial de la fondation de plusieurs saluts, faite en 1576, entre autres, pour le jour de Pâques. Il y était dit : le curé descendra la sainte hostie, ce qui indique visiblement que, selon l'ancienne coutume, l'Eucharistie était suspendue sous un pavillon. Le dallage de la nef a d'ailleurs été remplacé par un parquet, et celui du sanctuaire a été renouvelé. Le chœur est garni de deux rangs de stalles modernes en chêne. La tour des cloches est au midi. Elle a son toit en batière.

Il y avait autrefois dans cette église une confrérie en l'honneur de saint Blaise, dont on conservait des reliques. Il y en avait aussi de saint Maur.

 

l'église de Boissy St Léger

 

Dans une propriété voisine de l'église, habitée sans doute autrefois par la colonie envoyée à Boissy pour en défricher le sol, on trouve une fontaine du nom de saint Babolin, qu'on sait avoir été le premier abbé du monastère de Saint Maur. Le chemin par lequel on y arrivait était appelé Chemin de la procession. Le cimetière occupait la place qui précède l'église ; il a été transféré au sud de la commune.

Les moines de Saint-Maur ont été longtemps les seigneurs spirituels et temporels de Boissy. Le droit à la cure leur fut particulièrement octroyé en 1124 ; mais lors de l'union de ce monastère à la mense épiscopale, le droit d'y nommer revint à l'ordinaire. Cette cure relève de l'évéché de Versailles depuis le concordat de 1802. Le titulaire, du 27 mars 1806 au 7 octobre 1807, a été l'abbé Pierre-Marie Cotteret, né à Argenteuil (Seine-et-Oise), le 8 mai 1768. A cette époque, il vint habiter Paris où il dirigea plusieurs feuilles religieuses, particulièrement le Journal des curés. Il a aussi donné des articles à la Biographie universelle. Bientôt il obtint la direction du petit séminaire et reçut le titre de chanoine honoraire ; plus tard, il fut nommé chanoine titulaire de la métropole, et professeur à la faculté de théologie de Paris. L'abbé Cotteret suivit te cardinal de Clermont-Tonnerre qui allait à Rome, pour le Conclave, lors de l'élection du pape Léon XII, et revint, de la ville éternelle, honoré du titre d'évêque de Caryste, in partibus. Il fut sacré à Paris le 29 juin 1824, et fut immédiatement pourvu d'un canonicat dans la basilique de Saint-Denis. Le gouvernement l'appela ensuite à occuper le siège de Beauvais, en 1837 ; il est mort dans cette ville le 13 novembre 1841. Le mandement des vicaires généraux capitulaires de ce diocèse a payé un juste tribut à sa mémoire. On y lit : "Interrogez les paroisses de Sannois et de Boissy-St-Léger, et vous apprendrez le généreux désintéressement dont leur digne pasteur fit preuve". Il avait été précédé à Boissy par l'Abbé Raussin, qui devint curé de Corbeil, puis de Saint-Germain-en-Laye, et est mort à Versailles, en 1837, chanoine titulaire de la cathédrale. Après ceux-ci sont venus : MM. Larcher, transféré à Luzarches. Derobe, en 1815, qui bientôt passa ailleurs, et revint à Boissy de 1819 à 1833. Langlois, transféré à Montmorency. Ducorps, son successeur, à Meulan. Bourgeois, qui a résigné en 1857. M. l'abbé Louis-Antoine Parent en était titulaire vers 1860.

Outre l'Eglise paroissiale, il y avait une chapelle au Piple, ancien manoir de l'abbé de Saint-Maur. Elle avait été bâtie par l'abbé Pierre, vers 1280. Le nom de ce domaine est écrit dans les titres latins : Populus. Au treizième siècle, l'abbaye y possédait vingt-deux arpents de vignes, deux pressoirs et sept arpents de bois. Outre ces biens, la communauté avait cent arpents de bois ou environ dans la forêt voisine. Les abbés de Saint-Maur n'étaient pas tellement attachés à la jouissance du manoir du Piple, qu'ils ne le donnassent parfois à ferme.

En 1138, Odon, archidiacre de Paris, attiré par la vue charmante dont on jouit au Piple, le prit à bail. Il est vrai que la communauté venait alors d'en faire l'acquisition de Pierre et de Gilbert du Piple. L'abbé Pierre, qui y fit construire une chapelle, ajouta aux Bâtiments une salle avec un cellier au-dessous, et une maison qu'il fit entourer de murs et de grands fossés. En 1268, Philippe de Montreuil, chevalier, et Isabelle, sa femme, firent don à l'abbaye du droit de criage (criée) qu'ils avaient sur son domaine du Piple. On trouve dans les anciens documents de cette communauté, dit M. l'abbé Lebeuf, que les moines, par reconnaissance des biens que leur léguèrent Raoul de Chevry, mort évêque d'Evreux, et Jean, son neveu, cédèrent, l'an 1280, l'usage de leur maison du Piple, à titre viager, à ce même Jean de Chevry, avec l'usage des bois que les habitants de Boissy leur avaient remis pour leur manumission.

Les subsides occasionnés par les guerres intestines du seizième siècle obligèrent alors les moines de Saint-Maur à aliéner leur domaine du Piple. Ils en retinrent l'hommage et la haute justice, qu'ils cédèrent dans la suite aux seigneurs de Grosbois. A chaque mutation, le seigneur avait droit à un écu d'or ou une paire d'éperons dorés, à son choix. En 1544, le Piple était la propriété de M. de Montigny ; au 17e, il était possédé par MM. de Gaudart, Conseillers au Parlement, puis il passa à M. de Cantorbe, fermier général ; plus tard on y vit le Maréchal de Saxe.

 

le château du Piple

 

Ce valeureux guerrier bâtit le manoir en 1725. C'était pour lui un séjour plein de charmes. On lit dans une lettre qu'il écrivit le 1er août 1750, à Favier son ami : "Je reviens dans ce moment du Piple, où je suis la plus part du temps, la Grange n'est pas encore achevée". En 1752, M. Chauvelin, seigneur de Grosbois, en fit l'acquisition. Il soutint alors un procès qui lui adjugea la haute justice du lieu. Ce seigneur vendit à Jean Langlois, sous réserve des droits honorifiques ; et celui-ci à M. De La Bourdonnais.

Au XIXe siècle, le Piple a appartenu au Comte Boulay De La Meurthe, conseiller d'Etat. Il en a fait replanter en partie le parc. Compris dans l'ordonnance du 24 juillet 1815, il dut quitter la France et vendit alors ce domaine à Charles Schulmeister, d'origine suisse, qui y établit une brasserie considérable. Cet établissement n'eut pas de durée.

M. le Baron Hottinguer*, banquier, en fit l'acquisition. Il y est mort le 11 septembre 1841, à l'âge de 77 ans, et a été inhumé au Père-Lachaise.

*Jean Conrad, né à Zurich (Suisse)

M. le baron Hottinguer appartenait à une famille qui a fourni plusieurs générations d'érudits et d'écrivains. Le Piple est la propriété de M. le baron Hottinguer, son fils qui en a rebâti le château avec une magnificence princière, en 1857, sur le même emplacement. La vue dont on y jouit est des plus exceptionnelles : Paris lui fait horizon. Madame la Baronne Hottinguer, née Stéphanie Madeleine-Caroline Delessert, a donné le jour, le 8 septembre 1846, au château du Piple, à Henri-François Hottinguer.

 

le château du Piple

 

 

 

Grosbois

 

 

Ce qu'on trouve de plus ancien touchant la terre de Grosbois, qui donna naissance à un village et à une paroisse annexés à Boissy, est une fondation que le roi Charles V fit en faveur des Macicots de la Cathédrale de Paris (officiers de l'Eglise Notre-Dame de Paris inférieurs aux bénéficiers, mais supérieurs aux simples chantres à gages). Ce prince leur assigna cent livres de rente sur cette terre, par des lettres données à Paris au mois de juillet 1367. Grosbois est un démembrement de Villecresnes ; une cure y avait été établie dès le commencement du treizième siècle. On lit dans le Nécrologe de l'abbaye royale de Saint-Victor-lez-Paris, en décembre 1400 : Obiit Deus Réginaldus curatus de Crosso Bosco.

Peut-être y existait-il alors une chapelle titrée de Saint-Jean-Baptiste, bâtie à Grosbois-le-Roi, comme on l'appelait alors par ordre du roi Jean, père de Charles V.

Dès 1226, on trouve Grosbois écrit en latin : Grossion nemus. On ne connaît les seigneurs de cette terre qu'à partir du seizième siècle. Il est probable qu'un rendez-vous de chasse fut l'occasion de la construction du hameau et de la paroisse, et que le domaine royal en fut longtemps en possession. C'est la Duchesse d'Angoulême qui fit bâtir le Château de Grosbois et ce fut son fils, François I, qui donna cette seigneurie à Adam des Hayes, son premier valet de chambre, son chirurgien et barbier.

 

le château de Grosbois

 

Après une lacune causée par les troubles civils, nous trouvons Raoul Moreau, trésorier de l'épargne en 1580 ; il était en même temps châtelain d'Auteuil et du Tremblay. Marie, sa fille, qualifiée dame de Grosbois en 1596, porta cette terre en dot à Nicolas De Harlay, seigneur de Sancy, puis de Grosbois. C'est à son profit que l'abbaye de Saint-Maur aliéna la terre de Boissy, en 1599, pour acquitter les subventions accordées au roi pendant les troubles de la Ligue. Le baron de Sancy était né en 1546. Il est mort à Paris le 17 octobre 1629, et a été inhumé dans l'église des Pères de l'Oratoire, devenue plus tard l'un des temples des réformés. La famille, originairement militaire, a pris son nom du fief de Harlay, dans le Vexin français. Né Calviniste, il se fit catholique parce que, disait-il, il fallait être de la religion de son prince, maxime qui donne la juste mesure de son caractère. D'Aubigné a publié contre lui une très violente satire, sous le titre de Confession catholique de Sancy ; Blanchard a donné la généalogie de cette famille.

Jacqueline de Harlay, fille de Nicolas, épousa, le 15 février 1596, Charles de Neufville, Seigneur d'Alincourt, Marquis de Villeroy. En 1616, M. et Mme de Harlay vendirent Grosbois à Charles de Valois, comte d'Auvergne, duc d'Angoulême. Ce prince était le fils naturel de Charles IX et de Marie Touchet. La fameuse Marquise De Verneuil, Henriette-Catherine de Balzac d'Entraigues, maîtresse de Henri IV, connue par ses intrigues à la Cour, était sa sœur utérine. Le duc d'Angoulême, né le 18 avril 1573, s'est rendu célèbre par sa valeur sous quatre de nos rois. II est mort à Paris le 24 septembre 1650, et a été inhumé chez les Minimes de la place Royale. On a de lui des Mémoires et quelques autres écrits. Il épousa, premièrement en 1591, Charlotte, fille du connétable Henri De Montmorency, morte en 1636. On a le portrait de cette dame. Deuxièmement, Françoise De Narbonne, en 1644. La bénédiction nuptiale leur fut donnée dans l'église paroissiale de Boissy, le 5 février, par le curé du lieu, appelé Bertrand. Cette princesse est morte le 10 août 1713, au château de Montmort, en Champagne, dans un état voisin de la misère, âgée de 92 ans. Le duc n'eut point d'enfants de cette union ; il lui était né deux fils de la première.

Dubreuil, dans son Supplément aux Antiquités de Paris, nous apprend que le duc d'Angoulême tenait une espèce de cour à Grosbois, à cause, ajoute-t-il, de la noblesse courtisane qui l'entoure. Ce prince y reçut plusieurs fois le roi Louis XIII.

L'Itinéraire des rois de France y marque la présence du monarque les 31 octobre 1637 et 19 novembre 1638. On trouve plus tard Louis XIV à Grosbois, où il vint passer la revue des gens d'armes de Monseigneur le Dauphin.

On croit que ce fut vers l'an 1640 que M. d'Angoulême rebâtit le château tel que nous le voyons.

 

le château de Grosbois

 

Tallemant des Réaux dit, dans ses historiettes : Il ne pouvoit s'empescher de bastir toujours quelques maisonnettes ; mais il n'avoit garde d'achever Grosbois. Comme il n'estoit pas riche, cela l'incommodoit.

Le Château de Grosbois a été plusieurs fois gravé : Israël Sylvestre, Rigaud, Mériau et particulièrement Lépicié, l'ont parfaitement rendu. Madame la princesse douairière de Wagram en a personnellement gravé une vue qui n'est pas dans le commerce. Denon en a fait les personnages. N'oublions pas l'œuvre de Blancheton : Les plus remarquables châteaux de France (Paris) 1826-1830, 2 volumes.

Le duc fit ajouter au parc, déjà fort étendu, la plus grande partie de l'emplacement du village de Grosbois. La destruction de l'église de ce village se fit d'une manière assez bizarre pour être racontée. Le duc, qui rencontrait des obstacles à ses projets, saisit le temps où le curé et ses paroissiens étaient allés processionnellement dans un village voisin, pour mettre des ouvriers et des soldats à la besogne ; il fallait que ce fut une simple chapelle, puisqu'au retour l'édifice ne présentait plus que des décombres.

L'archevêque de Paris unit la cure à celle de Boissy. On ne dit pas quel fut le sort du titulaire. Lorsque le duc d'Angoulême établit non loin une communauté de Camaldules, il aurait voulu placer, dans leur église, le titre éteint de cette paroisse, et ne put l'obtenir de l'autorité diocésaine. Avant de reprendre la chronologie des propriétaires de Grosbois, nous ajouterons cette aventure racontée par Pierre De l'Estoile, dans son journal historique :

Henri IV se trouvant en chasse vers Créteil, entra dans une hôtellerie de ce village où la broche tournait et où on lui refusa à manger, sous prétexte que le rôt était destiné à des procureurs, réunis pour traiter d'une affaire. Le roi fit demander à ces messieurs une place à leur table, ou tout au moins une portion du rôti. Tout lui fut refusé. Vitry eut ordre de se saisir de ces gens de robe ; ils furent conduits à Grosbois et là, ils furent fouettés et étrillés pour leur apprendre à être plus courtois avec les gentilhommes. On se rappelle que Colle a placé la scène de sa partie de chasse de Henri IV, non loin, à Lieusaint.

Louis Emmanuel de Valois, fils puîné du duc d'Angoulême, hérita de la terre de Grosbois. Il n'en jouit pas longtemps. Il est mort à 58 ans, le 13 novembre 1653. De son mariage avec Henriette de Guiche, dame de la Palisse, il eut trois fils, tous morts avant lui, et une fille : Marie-Françoise de Valois. Elle épousa, en 1649, Louis de Lorraine, Duc de Joyeuse, mort en 1654. La duchesse lui survécut jusqu'au 4 mai 1696. Elle était tombée en démence et mourut âgée de 66 ans, dans l'abbaye d'Essay, près d'Alençon. Dès le 24 décembre 1667, la terre de Grosbois avait été acquise par Antoine de Brouilly, Marquis de Pienne, chevalier des ordres du roi. Elle passa, à son décès, à Olympe, sa fille aînée, mariée à Louis d'Aumont, Marquis de Villequier. On a son portrait gravé ; il est fort rare. Cette dame est morte à Passy, le 23 octobre 1723, à l'âge de 62 ans. Dès le 12 juillet 1701, M. et Madame d'Aumont avaient vendu Grosbois à Achille de Harlay, Comte de Beaumont, fils du baron de Sancy, famille à laquelle cette terre avait précédemment appartenu. Il était marié à Anne-Magdeleine de Lamoignon, morte la même année, le 8 octobre. M. de Harlay a été premier président du Parlement de Paris de 1689 à 1707. Le P. Jacques de la Beaune a fait son éloge ainsi que celui de MM. de Verdun, Le Jay et Le Peletier, qui ont occupé le même fauteuil, et ont aussi habité nos cantons. Cet opuscule, écrit en latin, a été traduit par M. Dreux du Radier (1753). M. de Harlay s'est aussi rendu célèbre par son esprit fin et mordant. On cite de lui une foule de mots piquants : on en fit dans le temps un recueil sous le titre de Harloeana ; il est mort le 23 juillet 1712, âgé de 73 ans. Ce magistrat a terminé le château commencé par le duc d'Angoulême.

Il obtint de changer le nom de Grosbois en celui de Sancy, porté par sa famille, par lettres patentes de 1707. C'est le nom d'un village de l'arrondissement de Provins (Seine-et-Marne). Il ne donna pas suite à ce projet. Une des rues de la cité, à Paris, porte le nom de Harlay ; elle a été ouverte à ses frais. Cette rue va bientôt disparaître, mais elle restera marquée par la nouvelle façade de l'hôtel de la Préfecture de police, édifiée sur son alignement. Le fils de M. de Harlay porta aussi le prénom d'Achille ; il conserva la terre de Grosbois. De son mariage avec Louise Lowet de Coetjon, naquit une fille unique ; elle épousa Christian-Louis de Montmorency-Luxembourg, Prince de Tingry, lieutenant-général des armées du roi, fils puîné du Maréchal de Luxembourg. Ils vendirent Grosbois le 4 mai 1718 à Samuel Bernard, l'un des célèbres traitants, enrichi sous le ministère, de Chamillard. On prétend que sa fortune s'élevait à trente-trois millions ? Il en fit un noble usage.

Samuel Bernard n'était pas juif, comme on le suppose généralement, mais il avait été Calviniste. Lors de la révocation de l'Edit de Nantes, il fut du nombre des soixante-huit familles nobles qui abjurèrent ; il évita par là la persécution et l'exil. Les grands et importants services qu'il avait rendus à l'Etat lui avaient mérité différentes marques d'honneur. On prétend qu'il était superstitieux et qu'il croyait son existence attachée à celle d'une poule noire, dont la mort fut l'époque de la sienne. Il avait 88 ans alors ; c'était en 1739. Ce fut, paraît-il, pour son fils, Samuel Jacques Bernard, qu'il fit l'acquisition de Grosbois ; il continua d'habiter son château de Coubert, qui n'est pas éloigné. De son temps fut dressé le magnifique atlas général de la terre de Grosbois, passé aux archives de l'Empire, et, depuis 1811, retourné à Grosbois. Samuel Jacques Bernard, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel, surintendant des domaines, maisons et finances de la reine, grand'croix, grand prévost et maître des cérémonies de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant des chasses et plaisirs de Sa Majesté, épousa Louise Olive Frottine De La Coste Messalière, dont il eut six enfants.

 

le château de Grosbois

 

Le garde des sceaux Chauvelin, l'ami constant de cette famille, posséda ensuite la terre de Grosbois. C'est pour lui que celles de Sucy, Boissy-Saint-Léger, Villeneuve Saint-Georges, Yerre, Santeny et Marolles, furent unies à celle de Grosbois, avec les fiefs de Cerçay à Villecresne, et de Narelle à Yerre, pour former le Marquisat de Grosbois. Les lettres patentes sont du mois de mars 1734, elles ont été enregistrées au parlement le 19 avril, et en la chambre des comptes le 16 juin. On sait que, disgracié, il avait été exilé à Issoire. Il obtint bientôt de venir vivre dans le marquisat de Grosbois. M. de Chauvelin est mort à Paris, le 1er avril 1762 ; il a été inhumé chez les Carmes de la place Maubert. De son mariage avec Anne Cahouet, il eut un fils et trois filles : Charles-Louis, son fils, marquis de Grosbois, ministre d'Etat et commandeur des ordres du roi, est mort célibataire, le 30 novembre 1750, à l'âge de 30 ans. Il eut la même sépulture que son père. Les filles épousèrent les comtes de Colbert-Maulévrier ; Chamillard, comte de la Suze ; et François de la Rochefoucault, comte de Surgères. A la mort de M. de Chauvelin, Grosbois fut vendu au contrôleur général Peirenc de Moras, dès lors qualifié Marquis de Grosbois. Il a été ministre de la marine. Ce seigneur est mort le 3 mai 1771 ; il a été inhumé dans l'église de Favières (Seine-et-Marne). Il fut marié à Jeanne-Louise Moreau, dont il eut une fille, la Comtesse de Merle. Monsieur, Comte De Provence, depuis roi sous le nom de Louis XVIII, acheta Grosbois de ceux-ci. Il le possédait encore au moment de son émigration. Devenu bientôt domaine national, il a appartenu quelques années plus tard au directeur Barras. C'est certainement à cette circonstance que nous devons la conservation de ce château. Paul-François-Jean-Nicolas, Comte de Barras, né à Fohemboux (Var), le 30 juin 1775, est mort à Paris en 1829, accablé d'infirmités. Il a été inhumé au Père-Lachaise. Sa famille a pris part aux croisades. On dit proverbialement en Provence : Noble comme les Barras, aussi ancien que nos rochers.

Après la fameuse journée du 18 Brumaire (9 novembre 1799), Barras, ayant forcément donné sa démission, se retira dans son château de Grosbois. Bonaparte, lui en accordant la permission, lui donna une escorte de cent grenadiers pour qu'il y arrivât sûrement. Devenu dès lors trop mince propriétaire pour conserver cette terre, et retiré d'ailleurs à Bruxelles, il la vendit au général Moreau, ramené à Paris par le gain de Hohenlinden. Jean-Victor Moreau, né à Morlaix en 1763, est mort à Dresde le 2 septembre 1813. Mme Houlot, sa belle-mère, lui écrivait au moment de cette acquisition : Il ne convient pas à la grande célébrité d'acheter un bien qui a appartenu à B... Cette acquisition fera tenir des propos sur la fortune, en ce qu'elle suppose au moins cent mille livres de rente et c'est une contradiction avec tout ce qu'on a dit et fait jusqu'à ce moment. C'est procurer une grande jouissance à ceux qui sont à la piste pour trouver un tort à celui qui n'en a jamais eu…

C'est à Grosbois que, dans les douceurs d'une union récente, au milieu d'un petit nombre d'amis et d'étrangers qui se succédaient en foule pour lui témoigner leur admiration, Moreau cherchait à rendre moins importants de sinistres présages et pourtant il refusa plusieurs fois de se rendre à la cour, que venait de créer le premier consul. Impliqué dans la conspiration de Pichegru et de George, le général Moreau fut arrêté, mis en jugement et condamné le 10 juin 1804. Il obtint de se retirer aux Etats-Unis. Son épouse, voulant partager son infortune, vendit Grosbois au maréchal Berthier. Après la restauration, Mme Moreau revint en France. Le roi lui fit remettre le bâton de maréchal de France qu'il avait destiné au général, et lui accorda les honneurs dont jouissent les femmes d'officiers revêtus de cette éminente dignité. Mme Moreau est morte à Bordeaux, le 1er septembre 1821. C'était une femme ambitieuse ; elle exerça sur la destinée du général une déplorable influence.

Louis-Alexandre* Berthier, Prince De Neufchatel et De Wagram, né à Versailles, le 20 novembre 1753, est mort à Bamberg, en Bavière, le 1er juin 1815. Ses hauts faits connus et appréciés ont été célébrés par ses nombreux biographes. On a de lui une brochure sous ce titre Alexandre Berthier, général de brigade, à l'opinion publique, et Relation des campagnes du général Bonaparte en Egypte et en Syrie, enfin Relation de la Bataille de Marengo. L'Empereur, qui l'avait en grande amitié, l'avait fait maréchal de l'Empire, Prince de Neufchâtel etc. II épousa la princesse Marie-Elisabeth-Amélie-Françoise de Bavière, fille du duc Guillaume, beau-frère et cousin du roi de Bavière, née le 6 mai 1784, morte à Paris le 1er juin 1849, inhumée à Boissy. De ce mariage, contracté en 1808, sont nés un fils et deux filles, Mme la Comtesse d'Hautpoul, mariée à Grosbois, le 4 octobre 1832, et Mme La Duchesse de Plaisance.

*On lit dans le Supplément à la Biographie universelle : Le "père des Berthier eut la manie de donner à tous ses enfants des noms tellement illustres (Alexandre, Léopold, César) qu'il était impossible, quels que fussent leur valeur et leur succès, qu'ils en portassent dignement le poids, et cela leur attira par la suite un grand nombre d'épigrammes qu'ils ne méritaient pas plus que leur grand nom". Le comte Léopold, mort à Paris, a été inhumé au Père-Lachaise, où repose aussi le comte César, mort au château de Grosbois, le 19 août 1819. Une rue de Versailles, au quartier Notre-Dame, y perpétuera le nom de Berthier.

Napoléon-Louis-Joseph-Alexandre-Charles-Berthier, prince de Wagram, né à Paris le 11 septembre 1810, s'est marié, en 1832, à demoiselle Zénaïde-Françoise, fille du Comte Clary, famille environnée de tous genres de souvenirs. De ce mariage sont nés trois enfants : un fils et deux filles. La plus jeune, Marie Elisabeth, est née au château de Grosbois, le 9 juin 1849. L'aînée est mariée au prince Joachim Murat.

Le château de Grosbois consiste en plusieurs corps de bâtiments d'un style général de décoration. La pierre et la brique ont été employées à sa construction. Son comble, recouvert d'ardoises, est décoré de fantaisies en plomb coulé, fort en usage alors et du meilleur effet. Blanchard avait autrefois peint la galerie. On ne trouve plus dans ce château les amples cheminées d'autrefois.

 

Grosbois - le salon Empire

 

M. de Wagram a entrepris la restauration de son château. Plusieurs plafonds ont été restitués, et les couleurs qui recouvraient les bois ont été rafraîchies ou renouvelées avec soin. Le salon d'attente, au rez-de-chaussée, montre les portraits des anciens possesseurs de cette terre, peints en médaillons dans les panneaux des portes, d'après d'anciennes gravures. La mosaïque de cette salle, exécutée en 1847, est un objet de curiosité. Les tableaux de chasse de Delaporte et autres complètent la décoration de cette pièce. Au premier étage, on voit la galerie des fêtes, et, à la suite la bibliothèque, qui était autrefois la Chapelle du Château. Au même étage, se trouve un salon où sont réunis les portraits de la famille Berthier et les armes et les armures du Maréchal de Wagram, ainsi que les nombreuses décorations qu'il dut à sa valeur.

Riche musée, beau titre de la famille et son orgueil ! Tout atteste le bon goût du maître, et le talent des artistes employés à cette restauration. Le parc a été aussi rajeuni dans son dessin ; la partie qui avoisine le château a été transformée dans le genre anglais.

On prétend que c'est au château de Grosbois que l'impératrice Joséphine signa l'acte de divorce exigé d'elle ; nous n'en avons pas la preuve.

Plus tard, le 19 janvier 1813, l'Empereur Napoléon accompagné de l'Impératrice Marie-Louise vint à Grosbois pour prendre part à une chasse qui lui était offerte par le Prince de Wagram. Le Comte de Montesquiou, Grand Chambellan, accompagnait LL.MM.

Dans des circonstances bien différentes, Marie-Louise revint encore à Grosbois le 24 avril 1814 ; elle y trouva l'Empereur d'Autriche, son père, qui l'attendait. Elle y reçut plusieurs personnes venues de Paris pour lui faire leurs adieux, et le lendemain elle partait pour Vienne. C'était la fin de l'Empire et la déchéance de Napoléon.

Vers la fin de l'année 1815, le roi Louis XVIII conçut la pensée d'acquérir la terre de Grosbois, dont il avait été autrefois propriétaire, pour en faire hommage au Duc De Wellington. Vaulabelle parle de ce fait dans son Histoire des deux restaurations. Nous avons la preuve que le roi chargea Barbé Marbois, cet homme tant calomnié par ses biographes, de cette négociation. On sait qu'il posséda constamment une franchise qui eut pour la paix de sa vie des résultats peu satisfaisants. Il n'en persévéra pas moins dans son amour de la justice et de la vérité. Voici ce que cet homme d'Etat écrivit au duc de Richelieu à cette occasion : Cette marque éclatante de la gratitude royale est une chose bien grave, nous nous en entretiendrons demain matin avant que je fasse aucune démarche. Quelques jours plus tard il écrivait au roi : Je suis bien assuré de ne jamais déplaire au roi en lui disant avec franchise ce que j'estime être la vérité. Le roi m'a réitéré ses premiers ordres relativement à Grobois. Je me suis retiré après avoir exprimé la peine que j'éprouvais d'être chargé d'une semblable mission. Je consigne ici ce que mon respect ne m'a pas permis de dire aussi fortement que je l'aurais dû. La terre de Grobois ne peut être donnée à M. le duc Wellington sans blesser grièvement tous ceux qui ont gardé le souvenir de Bonaparte. Cette terre est pour ainsi dire aux portes de Paris, et le général anglais ne pourra l'habiter tranquillement. M'est-il permis d'ajouter que l'histoire racontera que le vainqueur de l'année française a été magnifiquement récompensé par le prince qui est remonté sur le trône de France ; ce fait est un de ceux que la postérité excuse difficilement. Ne voyez, Sire, dans mon opposition qu'un zèle sincère pout votre gloire ! Louis XVIII dut céder. C'est alors qu'il conféra au général anglais le titre de Duc De Brunoy. Et, en lui en remettant le brevet, le roi lui dit : C'est le nom d'un lieu qui s'allie dans mon souvenir avec celui de mes plus beaux jours, voilà pourquoi je l'ai choisi pour vous. Les brouillons de lettres de Barbé-Marbois au nombre de trois, un seul écrit de sa main, ont été notre propriété. Nous en avons fait don aux archives de l'Empire.

Parmi le grand nombre de personnes considérables venues à Grosbois, nous ne pouvons oublier la reine douairière de Suède, née Désirée-Bernardine-Clary, tante de la châtelaine.

 

Grosbois - le hall

 

Outre les terres de Grosbois et du Piple, on trouve à Boissy plusieurs maisons de campagne : la plus remarquable est celle de M. Lacarrière. On a un arrêt du grand conseil du 9 janvier 1731 rendu en faveur de André de Vouges, écuyer, seigneur de Châteauclair, de Vimpelle en partie, président trésorier de France, en la généralité de Caen. Il nous fait connaître que ce seigneur avait des droits honorifiques dans l'église de Boissy-Saint-Léger. Il avait certainement un logis des champs dans ce village.

Au commencement du siècle, on connaissait à Boissy Antoine-Auguste Lambert, Gayet De Sansale, ancien docteur de Sorbonne, et ancien chanoine de Saint-Paul, à Lyon, sa patrie. Il était aussi conseiller au parlement et bibliothécaire de la Sorbonne, au moment de la révolution. Il est mort à Paris après le retour des Bourbons. Ce savant, avant de se fixer à Boissy, était venu souvent passer ses vacances à Boussy Saint-Antoine, chez son frère, qui y avait une maison. On a de lui : Un mot à M. Pastoret, un rien à M. Gaudin, sur le rapport qu'ils ont fait à l'Assemblée nationale, au mois de février 1792, concernant le tribunal de l'Université de Paris, la Faculté de théologie et la Société de Sorbonne. (Paris, 1792, in-folio de 18 pages).

MM. Collin et De Merville ont aussi habité Boissy. Le dernier est mort conseiller à la cour de cassation. On ya encore connu le Baron Hautin et le Marquis De Quitry, ancien colonel de cavalerie, officier de la Légion d'honneur. Victor-Jacques-Guy-Georges-Henri Chaumont, marquis De Quitry, ne dérogea pas à la valeur de ses ancêtres. Né à Bienfaite (Eure), le 27 juin 1766, il est mort à Boissy le 14 juillet 1848. On a de lui une fable ayant ce titre : Le Papillon et le Chèvrefeuille. Elle a été insérée dans le Magasin encyclopédique (8e année, 1803, tome V, page 404). A ces noms nous ajouterons ceux de MM. Guyot De L'Isle, Le Picard et La Benette-Corse. Ce dernier, bas-comique du boulevard, était un facétieux personnage ; on doit se rappeler que, sous le masque risible de Mme Angot, il commanda si bien le rire ! Ajoutons qu'il fut honnête homme et bon père ! M. Maudet, négociant en vins à Boissy, a publié plusieurs brochures sur la réforme à apporter dans la législation des boissons.

Boissy a vu naître Théodore-Ferdinand Vallon de Villeneuve, le 16 Prairial an VII (4 juin 1799), alors que son père y était receveur des domaines. Il a travaillé pour le théâtre et recueilli de beaux succès, quoique toujours en collaboration. On a aussi de ce littérateur des poésies et des chansons. Il est mort à Paris ces années dernières.

C'est à tort que la biographie Didot fait naître le Comte Gilbert Des voisins à Grosbois ; son épitaphe, au cimetière du Père-Lachaise, dit qu'il est né à Paris.

L'hôtel-de-ville, construit dans le cours de l'année 1860, est un bâtiment architectural bien ordonné intérieurement. Malheureusement, il faut le dire, l'Eglise et la municipalité sont aux deux extrémités de Boissy. Parmi les maires qui ont administré cette commune, nous nommerons M. Charlier, mort en 1829 à Boissy ; le colonel Marc, né à Paris en 1772, mort en la même ville le 2 mars 1853, inhumé à Boissy ; M. le Baron Hottinguer, et M. le Prince de Wagram.

Le Père Michel, religieux Ermite de l'ordre des Camaldules, dans le couvent de son ordre, à Grosbois, où le duc d'Angoulême les avait appelés et établis, nous a laissé une Lettre à monseigneur le duc d'Angoulesme sur les cruautés des Mazarinistes en Brie (Paris, 1649, in-8). Elle a été en partie reproduite dans le choix des Mazarinades (tome I, page 263). Guy-Patin, qu'on sait avoir fait grand cas de pamphlets, et Naudé, parlent de ce religieux avec éloge. On trouve encore, parmi les brochures dites Mazarinades, celles-ci se rapportant à Boissy : Les combats donnés sur le chemin de Paris à Charenton et à Brie-Comte-Robert, les 16 et 18 de ce mois, où les Parisiens ont eu, en deux rencontres, plus de six cents cavaliers tués, blessés ou faits prisonniers. Saint-Germain-en-Laye, le 23 février 1649, in-4.

Le Mercure parisien, contenant tout ce qui s'est passé de plus particulier, tant dans Paris qu'au dehors, depuis la nuict du jour et feste des Roys, jusques à présent, et qui n'ont été marqués aux imprimés cy-devant publiés. Paris, 1649, in-4. Enfin. Le Mercure parisien, contenant ce qui s'est passé de plus mémorable, tant dans Paris qu'au dehors, depuis la perte de Charenton jusques à présent. Second ordinaire, sans date, in-4.

Th. Pinard

 

 

 

 

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