Le crime d'ndré Larrieu
1er novembre 1745

 

 

Voici 2 versions de la même anecdote arrivée ce jour de la Toussaint 1745 à St Léger de Balson : 

  

Texte transmis par M. Bancheraud

 

André Larrieu était un gemmier de St Léger âgé de 26 ans. Un jour, à l'auberge, il avait entendu le fils de Pierre Jauguerre, le charbonnier, dire que son père avait un confortable magot. Il avait trop parlé, et cela avait donné des idées à Larrieu.

Au matin du Jour de la Toussaint de 1745, sur le coup de 10 heures, tous les habitants du village, à peu près sans exception, étaient à la messe.

Larrieu s'arrangea pour s'esquiver. Il savait bien qu'il ne pourrait pas trouver de meilleur moment pour rejoindre la cabane de Jauguerre et surtout pour l'y trouver seul.

Jauguerre, charbonnier, ne pouvait quitter ses meules de bois en train de se carboniser, Le risque était trop grand. C'est pour cela qu'il n'avait pu aller à la messe. Il n'habitait pas une maison, mais une simple cabane de fortune telle qu'en construisaient les charbonniers au plus près de leurs meules qu'ils devaient surveiller jour et nuit.

Larrieu arrive chez Jauguerre, se saisit d'une hache et assomme le malheureux avec le dos de l'outil. Mais il a affaire à forte partie. Jauguerre se débat. Larrieu tient toujours la hache et au cours de la lutte, accessoirement, coupe deux doigts de la main droite du pauvre homme.

Il finit par l'emporter et laisse sa victime pour morte. Il lui vole sa bourse où se trouvent 204 livres, une somme conséquente représentant approximativement la valeur de huit vaches ou de 80 moutons. Après quoi, pour effacer toute trace, il met le feu à la cabane.

Voilà que la messe est finie. En sortant de l'église, les gens aperçoivent une fumée suspecte. On se précipite. On tire le corps de Jauguerre du feu.

Il est brûlé, très, très mal en point, mais vivant. Il peut désigner son agresseur. Le procureur se rend à son chevet car on l'a recueilli à l'auberge où on le soigne en lui faisant prendre des bouillons car on ne sait quoi lui faire d'autre. L'affaire est enclenchée...

André Larrieu est "décrété de prise de corps" et incarcéré dans la prison de St Léger. Passons sur l'instruction comme sur tous les détails de la suite, et venons en au jugement. La sentence est rendue le 21 janvier 1746.
André Larrieu est condamné

"à être remis entre les mains de l'exécuteur de la Haute Justice, tête nue et en chemise, la corde au col, tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, pour être conduit devant la porte principale de l'église paroissiale de St Léger pour y faire amende honorable, tête nue et à genoux, dire et déclarer à haute voix que méchamment il a commis les crimes cy dessus exposés dont il s'en repent et demande pardon à Dieu, au Roy et à la Justice ; de là, il sera conduit par ledit exécuteur au devant de la porte du présent parquet pour être attaché à une potence, où elle sera dressée, pour être pendu et étranglé jusqu'à ce que mort naturelle s'ensuive.
Condamnons ledit Larrieu envers le Seigneur de la présente Juridiction en cent livres d'amende, et en celle de trois cents livres envers ledit Jauguerre pour lui tenir lieu de dommages et intérêts, et aux dépens envers ceux qui les ont faits..."

Le Seigneur ne verra certainement jamais ses 100 livres, ni Jauguerre les siennes. Où Larrieu, déjà couvert de dettes, serait-il allé les chercher ?

Mais ce qui est réconfortant, c'est de savoir que peut-être grâce aux bouillons de l'aubergiste, le 21 janvier 1746, même avec deux doigts en moins, Jauguerre vivait encore. Il avait la peau dure, certainement très dure même...

 

©Franck Champenois - http://www.planetepixel.com

 


 

Texte écrit par M. Jean Dartigolles 1997
"Marsau - Histoire d'une famille de laboureurs
au quartier de Triscos, commune de Balizac (33)
Deux siècles de vie quotidienne 1610-1829"

 

L'année 1745, on eut à déplorer un homicide à Saint Léger. Le jour de la Toussaint, sur les dix heures du matin, André Larrieu, gemmier à Saint Léger, âgé de 26 ans, "prend son fusil pour aller prendre une paloume".

Il était bien l'un des rares de la paroisse à ne pas se trouver à la messe à cette heure-là, voulant profiter de ce que le village était désert.

Cela faisait d'ailleurs partie de son plan, et lorsque, plus tard, on l'interrogera sur ce point, lui demandant pourquoi il n'était pas allé à la messe "un jour aussi solennel", il répondra tout bonnement "parce qu'elle était à une mauvaise heure pour luy…"

En fait, il laisse là son projet de chasse et se rend chez Pierre Jauguerre, le charbonnier, qui vit dans sa cabane tout à côté de ses charbonnières.

Larrieu sait qu'il a de l'argent. Il laisse son fusil à l'extérieur, contre la porte, et aperçoit Jauguerre près de son feu. Lui non plus n'était pas allé à la messe, et pourtant il n'est pas douteux qu'il aurait mieux fait de s'y rendre… Larrieu se saisit d'une hache, s'approche, et l'assomme avec le dos de l'outil.

Mais Jauguerre est solide, il se débat. Larrieu fait tournoyer sa hache et lui coupe un doigt de la main droite. Il le laisse enfin pour mort et lui vole une bourse qui contient 204 livres. Il reprend son fusil, et, avant de s'enfuir, met le feu à la cabane.

Mais, contre toute attente, Jauguerre n'était pas mort. Assommé, mutilé, brûlé, oui, mais pas mort ! Et quand, ayant aperçu de loin l'incendie à la sortie de la messe, les gens accoururent en masse, ils le tirèrent de là, très mal en point, certes, mais encore vivant. Et le plus fort, c'est qu'il survécut également aux soins qu'on lui prodigua.

On l'hébergea au bourg de Saint Léger dans une maison charitable, on le saigna, bien sûr, et on lui fit boire force bouillons d'herbes dont il réchappa. C'est ainsi qu'il put raconter son histoire et qu'André Larrieu fut bientôt arrêté.

Son procès fut instruit devant la Cour de Castelnau au cours de la séance du 21 janvier 1746. Il fut condamné à la peine capitale devant être exécutée sur la place de Saint Léger devant le Parquet du Tribunal, lequel existe encore et n'est autre que le bâtiment abritant l'actuel restaurant du village.

 

  

le portail de l'église de St Léger de Balson
©Franck Champenois -
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