'AVAIS DIX-SEPT ANS

par Simone Barbe, le 19 avril 1992

 

 

 

Souvenir de la dernière Guerre Mondiale, cette photographie a été transmise par Marcel Gardais. La ligne de démarcation entre la France libre et la France occupée passait devant la porte Saint-Léger, à deux pas de l'actuel collège Robert Barrière. Une histoire parfois si lointaine, que cette photo rend si proche de nous... terriblement proche.

 

© Lhoumeau.com 2007

 


 

"Nous vivions à la campagne, exploitant un petit vignoble. J'avais un frère de dix-neuf ans qui faisait son service militaire et une soeur de quinze ans.

 

3 septembre 1939

Toutes les cloches avoisinantes, comme toutes les cloches de France, sonnent le tocsin. La guerre vient d'éclater. Adolescente de douze ans, je ne mesure pas réellement tout ce que cela peut représenter.
Et pourtant, bien des années plus tard, deux souvenirs resteront à jamais gravés dans ma mémoire.

Mon frère, en tant qu'appelé, doit partir d'office à la bataille. Je vois alors ma mère se prendre la tête entre les mains et pleurer à chaudes larmes. Mon père, quant à lui, se roule sur son lit en criant : "Marc, Marc !" C'était mon frère. Nous ne l'avions jamais vu pleurer. Impuissantes, ma soeur et moi assistons à une scène terrible, scène qui devait se dérouler dans bien des foyers.

Dès le lendemain, mon père reçut une convocation le contraignant à amener notre cheval, une jument de quatre ans appelée Coquette, à la gare afin de l'embarquer dans les wagons à bestiaux en direction du front, donc des combats. Nous n'aurons plus jamais de nouvelles de cette pauvre bête que nous aimions pourtant énormément. Le seul souvenir qu'il me reste est un fer à cheval tombé de son sabot et que je garde précieusement depuis.

Les combats durèrent jusqu'en 1940. Il y eut des morts, des blessés et beaucoup de prisonniers. Mon frère a la chance de revenir sain et sauf... Puis il se maria et partit vivre chez sa femme à environ deux kilomètres de chez nous. L'année suivante, ce fut le tour de ma soeur mais elle resta dans la famille avec son mari.

Notre gouvernement nous a vendus et les Allemands arrivent rapidement à Paris. A la suite de cela, ils envahissent une partie de la France. La ligne de démarcation se trouve alors à quatre kilomètres de chez nous. Nous sommes encore en pays non occupé, ce qui ne signifie pas libre.

 

novembre 1942 : les Allemands envahissent le reste du pays

A partir de cette date fatidique, terreur et horreur deviennent définition de notre vie quotidienne. Beaucoup de Français et de Juifs sont déportés, torturés et fusillés par les Allemands et les collabos pour n'avoir pas collaboré avec eux. Les maquis se forment alors un peu partout dans le pays, par petits groupes, en se cachant dans les bois. Ils étaient ravitaillés clandestinement en armes par des parachutistes anglais...

Lors d'une dénonciation par des traîtres, fusillades et représailles sont inévitables. Les années pendant lesquelles ce calvaire dura correspondent à un véritable enfer.

 

1944 : l'année de mes dix-sept ans

Très souvent, de cet âge, ne restent que des bons souvenirs, ou presque... Pour moi c'est tout autre chose et je n'ai pas eu droit à ces années d'insouciance.

Nous sommes au mois de mai, toujours sous l'occupation allemande. Lors de ce bel après-midi de printemps, nous voyons soudain arriver une Citroën noire avec quatre hommes à bord qui demandent à parler à mon père. Après l'avoir contacté, ils s'éloignent de nous, car j'étais avec ma soeur, et discutent un grand moment. Puis ils reprennent le chemin du retour.

On a appris par la suite qu'il s'agissait de résistants, dont Max Lafourcade, très connu pour ses exploits contre les Allemands. Ils étaient là afin de nous demander de les héberger durant 48 heures. Ils vivent ainsi dans la clandestinité.

Ils arrivent un soir à la tombée de la nuit et on peut compter 42 hommes. Nous avons préparé toutes les trois, ma mère, ma soeur et moi, un bon repas et dressé plusieurs tables dans la grange. C'est ainsi que les paysans trouvent l'espace des grandes réunions de famille. Cela dure deux jours et deux nuits. Nous avons aussi cuisiné de bons gâteaux et à leur départ nous avons sabré le champagne. L'ambiance est bonne, mais nous les trouvons trop imprudents. Notre ferme se trouve à 300 mètres de la route qui relie Castelmoron à Sauveterre, entre bois et vignes.

Ils sortent durant la journée, s'assoient sur le capot de leur voiture, mitraillette au poing, et circulent ainsi dans les environs. Cela peut nous compromettre. Les Allemands ne badinent pas du tout quand ils attrapent maquisards ou coopérants. C'est la torture et la mort assurées. C'est pourquoi, quand Max Lafourcade nous demande d'accepter un parachutage d'armes dans notre propriété, mon père, déçu de leur manque de discrétion, refuse. Nous n'avons aucune défense. En réalité, nous sommes impuissants et constituons une belle cible pour les Allemands.

Avant leur départ, Max Lafourcade me demande de lui coudre une grande croix de Lorraine tricolore à l'intérieur de sa veste. Presque un demi-siècle plus tard, je revois encore cette scène comme si c'était hier. Tout ce petit monde part ensuite chez d'autres bons Français, qui, tout comme nous, veulent bien prendre le risque de les aider.
 


Notre maison se compose d'un étage où dorment mes parents, ma soeur et mon beau-frère. Moi, je dors au rez-de-chaussée.

Un mois passe. Nous sommes dans la nuit du dix au onze juillet 1944. Nous entendons soudain, dans le silence de la nuit, des avions passant à basse altitude. J'ouvre alors ma fenêtre et je vois se balancer sur un tas de paille le reflet de grosses lumières. J'en avertis mes parents sur le champ. Nous sommes alors cloués sur place d'émotion et peut-être aussi de peur.

Un nuage de parachutes s'abat partout autour de notre maison, tombant dans les vignes et dans les prés. Nous entendons une voix nous dire : "N'ayez pas peur, c'est le groupe Lafourcade". C'est alors que nous reconnaissons notre équipe qui venait de passer outre le refus de mon père.

Ils nous demandent d'atteler notre bétail afin de ramasser les bidons d'armes parsemés partout dans les champs. Nous nous exécutons. La lune éclaire quasiment comme en plein jour. Durant deux bonnes heures, on ramasse et entasse les armes devant la porte. Il est approximativement 3 heures lorsque nous entendons deux coups de feu tirés du bout de la route. Nous avons peur. On a beau être courageux devant le danger, le courage nous abandonne. On nous rassure quelque peu en nous affirmant qu'il s'agit de deux gardes qui ont tiré sur une patrouille allemande ; celle-ci a fait demi-tour.

Mon père souhaite conseiller à un maquisard de cacher les armes dans les bois et de partir afin d'éviter l'affrontement. Celui-ci lui braque alors son révolver sous le menton en lui disant : "Vous êtes Français ou vous ne l'êtes pas ?" Après ce geste et ces paroles, nous nous sommes posé bien des questions. Il y avait de bons résistants mais aussi des faux et nous n'avons jamais su qui était celui-là.

Les Allemands ont un poste d'observation après Sauveterre sur la butte de Castelvieil et, de là, ils essayent de repérer les mouvements aériens.

Une heure passe. Tout est calme. Le jour commence à pointer. Les maquisards déballent les armes reçues. Mon frère, qui avait deviné ce qui était en train de se dérouler depuis chez lui, est venu aider tout ce monde. C'est alors que, tout à coup, on entend crier :"Voilà les Boches !" C'est ainsi que nous les appelons. 

Nous vivons alors en quelques secondes une vraie guerre : une guerre dans la guerre. Nous sommes encerclés. J'entends ma mère crier : "Marc, sauve-toi vite !" Il réussit à s'enfuir. Lui n'avait pas de défense. Nous nous réfugions rapidement à l'intérieur de la maison où, couchés à plat ventre sur les planches, nous tentons d'éviter les balles qui crépitent sur les murs et traversent les volets.

A l'extérieur, la bataille fait rage. Les armes reçues ont été déballées et installées. Il y a une réplique terrible de nos résistants et nous vivons les instants les plus longs de notre vie.

Mon père nous dit de ne pas avouer que nous sommes complices. Il suffit de dire que nous avons été contraints, sous la menace, dans la mesure où nous n'avions aucune défense. La bataille dure environ une heure, et Dieu que c'est long !

Il fait maintenant grand jour. Soudain, des coups furieux sont frappés à la porte : "Ouvrez !" Inutile de vous dire quelle peur horrible nous avons. Impuissants devant toute une armée, ils sont terriblement nombreux. Mon père sort le premier.

Ah ! cet Allemand. Je le revois encore. Grand, gros, un vrai bourreau. Il s'acharne sur mon père à grands coups de mitraillette, ou plus précisément à coups de crosses de mitraillette. Ils sont plusieurs à lui taper sur la tête, le sang lui sort par les yeux.

Ma soeur, enceinte de cinq mois, se jette sur ces brutes. Qu'a-t-elle fait ? Elle reçoit à son tour une terrible correction. Puis ils la laissent cinq heures de suite debout contre un mur, les bras levés. Ce fut ensuite le tour de ma mère, giflée à tour de bras. Mon beau-frère et moi sommes épargnés.

On nous isole les uns des autres puis commence l'interrogatoire. La consigne est bien passée. On nous sépare de deux à trois mètres environ, debout, les bras levés contre le mur de la maison. Interdiction de lever la tête, avec la mitraillette pointée dans le dos, attendant notre dernier moment.

C'est alors qu'on place près de moi Max Lafourcade, les yeux hagards. J'ai juste le temps de lui dire : "Pauvre Max !" Ce sont là les dernières paroles que nous avons échangées. Il avait échappé deux fois aux griffes de ces bourreaux mais cette fois, les mains liées derrière le dos, il est anéanti, impuissant. Son calvaire va commencer. Puis arrivent encore deux autres maquisards qui, eux aussi, les mains liées derrière le dos, ont été fait prisonniers. C'est terrible. L'horreur est là.


Les Allemands doivent ramasser leurs morts. Il y a beaucoup de mouvement puis ils emmènent nos trois héros derrière la maison. C'est horrible. Nous sommes totalement impuissants. Nous les entendons hurler de douleur. Par la suite, nous pourrons voir qu'on leur a arraché les ongles et tuméfié les parties les plus sensibles de leur anatomie. Leurs visages sont ensanglantés et on les entend crier à deux kilomètres. Puis retentissent des coups de feu. Nous comprenons que c'est la fin. Ils sont morts en véritables héros sans avoir vendu leurs frères.

Nous sommes toujours debout, les bras levés, quand subitement arrive un groupe d'Allemands avec un autre maquisard : un jeune de dix-huit ans entré dans le maquis le jour où nous les avions hébergés. Sous la torture, il avoue tout. Il avoue que nous les avions hébergés volontairement en ajoutant que nous les avions nourris. "Les femmes nous ont gâtés avec des gâteaux et nous avons sabré le champagne ensemble."

Soudain, tout s'écroule. Ils prennent brutalement mon père et lui disent : "Tu vas aller creuser ton trou et ton gendre te couvrira", cela dit dans un parfait français. Il ne faut pas oublier que les Allemands sont pilotés par de vrais Français, des traîtres qui nous dénoncent. Quel instant terrible !

Mon père vint nous embrasser pour nous dire son dernier adieu. Comme cela s'éternise un peu, un milicien, car c'était la milice de Vichy, hurla : "Et que ça bombe, le vieux !" et mon père nous abandonna avec sa pioche à la main sous nos cris, nos pleurs et tout ce que vous pouvez imaginer.


Quelques minutes passèrent. Soudain une voiture arriva à toute allure. Un Allemand (ou peut-être un espion français, nous nous sommes toujours posé la question) en descendit et nous amena, ma soeur et moi, dans un chai. Il nous embrassa paternellement et nous dit : "C'est la guerre, il faut vous punir ! De deux choses l'une : soit on tue votre père, soit on brûle la maison." Mon père revint vers nous et on nous donna une demi-heure pour enlever tout ce que nous voulions sortir.

Quelle force nous avions ! Je me souviens avoir fait passer toute seule une armoire par la fenêtre. Chose inutile... En très peu de temps, des grenades furent lancées, toute la maison fut embrasée et ce que nous avions sorti également. Le bétail fut abattu sur place ainsi que les cochons, les moutons et toute la volaille. Tout y était passé et il ne restait plus rien, absolument rien. Bien sûr, interdiction d'éteindre. Nous regardions, hébétés, tout ce qui partait en fumée. Les Allemands étaient toujours là, dévastant tous les arbres fruitiers et courant entre les rangs de vigne pour tuer les quelques volailles jusqu'alors épargnées. Ils nous laissèrent partir chez mon frère qui nous hébergea jusqu'à ce que nous nous trouvions une solution à notre malheur.

Le soir, lorsque le calme fut revenu, nous sommes retournés sur les lieux. De notre maison il ne restait que des pans de murs fumants. Mais horreur, en passant devant une fosse asséchée : trois cadavres, la face contre terre, avaient été achevés d'une balle dans la nuque. Nos trois maquisards torturés étaient morts pour la France sans avoir parlé ni dénoncé leurs compagnons.

Les Allemands nous avaient interdit de les enterrer dans des cercueils. Nous prîmes la responsabilité de confectionner des caisses de bois. Ils furent enterrés dans la prairie jusqu'à la fin de la guerre où les familles sont venues les récupérer. Dans la vigne, nous avons découvert le cadavre d'un autre Français qui demeura inconnu. Dans le maquis, personne ne portait son vrai nom. Il fut enterré dans le cimetière du village.

Le jeune maquisard qui n'avait pas supporté la torture et nous avait dénoncés leur avait également appris qu'ils se cachaient dans les bois d'un village voisin : Mauriac. Il y eut une autre bataille sanglante et cinq autres résistants tombèrent sous la torture et les balles allemandes Pour sa part, il sauva sa peau. Mon père fut appelé plus tard pour son jugement.


La guerre prit fin le 8 mai 1945, quand les Alliés américains et anglais sont venus nous libérer, mais combien de cas semblables ont été vécus. Pour ma part, cela s'est passé j'avais dix-sept ans et, quand on est encore un enfant, cela laisse des traces indélébiles.

Nous vécûmes de 1945 à 1947 dans un baraquement en planches que nous avons installé à coté de notre maison brûlée jusqu'à ce qu'elle soit reconstruite en 1947.

Il ne faut pas oublier non plus les habitants de la commune. Ils ont en effet généreusement participé à une collecte qui nous a permis de nous acheter des vêtements et quelques meubles pour continuer à vivre avec ces douloureux souvenirs. Je les en remercie encore.

Dans ma tête, cela défile souvent et je n'oublierai jamais, même 48 ans après.

C'est pourquoi quand on passe sur la route qui relie Castelmoron à Sauveterre, nous trouvons un monument avec inscrit sur une plaque :

Au lieu-dit Labrousse, à l'issue d'un parachutage d'armes organisé par les Alliés, les soldats F.F.I. M. M. Lafourcade, M. E. Juzean, M. R. Mayen et un inconnu tombèrent pour la France, martyrisés et fusillés par les Allemands qui incendièrent la maison sous les yeux réjouis de la milice de Vichy.
Français, souvenez-vous !!!"

Simone Barbe, le 19 avril 1992

 

juillet 2004 - Pénic (St Léger de Vignague) - 60e anniversaire des actes de résistance
discours de Yves d'Amécourt

 

 

Commémoration à St Léger de Vignague - 5 juillet 2008

Commémoration du 64e anniversaire des combats survenus dans notre région en 1944

"(...) Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944 eurent lieu ici des opérations de parachutage commandées par le groupe de Max Lafourcade. Les résistants demandèrent à la famille Bry d’atteler le bétail afin de ramasser les bidons d’armes parsemés dans les champs. Mais les Allemands encerclent l’opération et très rapidement une fusillade fait rage.
Au petit matin, les Allemands infligent une correction à la famille Bry. M. Bry est tabassé. On isole les uns pour interroger les autres. Chacun se tient debout, les bras levés avec interdiction de tourner la tête. C’est au petit matin aussi qu’auront lieu les calvaires de Max Lafourcade, Elie Juzean et Roger Mahien. La famille Bry entend les cris de douleur, puis les coups de feu.

Simone Bry, que je remercie d’être là ce matin, témoin de cette horreur, écrit dans son livret : "Nous comprenons que c’est la fin. Ils sont morts en véritable héros sans avoir vendu leurs frères."
Puis ce fut au tour de la famille Bry d’être punie. Leur maison fut brûlée, le bétail abattu sur place, ainsi que les cochons, les moutons et toute la volaille. Le soir il ne restait plus que les débris d’une maison et les corps des 3 héros et d’un autre retrouvé dans les vignes. La famille Bry les enterra dans des cercueils confectionnés en planches malgré l’interdiction faite par les Allemands. Leurs familles viendraient les recueillir à la fin de la guerre.
Cette nuit-là, la bataille se poursuivit à Mauriac où 5 autres résistants tombèrent sous les balles allemandes.

Chers amis, nous sommes ici pour nous souvenir qu’en 1944 au lieu-dit Labrousse à l’issue d’un parachutage d’armes organisé par les Alliés et les soldats FFI, Messieurs Max Lafourcade, Elie Juzean et Roger Mahieu et un inconnu tombèrent pour la France (...)

(...) Tous combattaient la bête immonde. Cette bête immonde qui avait envahi la tête et le cœur des Allemands et de certains Français a été ensuite terrassée. Il faut se souvenir et pardonner. Le pardon n’efface pas le souvenir : il le porte…

64 ans plus tard nous nous apprêtons à fêter avec nos correspondants allemands de la ville de SOTTRUM le 35e anniversaire du comité de jumelage de nos deux villes. L’amitié a remplacé l’horreur.
64 ans plus tard, le Président de la République Française assure la Présidence de l’Europe et succède ainsi au Chancelier Allemand.
L’Europe a remplacé la guerre.
L’amitié a remplacé l’horreur, l’Europe a remplacé la guerre.

Oeuvrons les uns et les autres pour défendre les valeurs d’amitié et de paix. Cherchons ce qui nous unit plutôt que d’exalter ce qui nous divise, et sur cette base construisons pour nos enfants et avec nos enfants un avenir meilleur !" (...)

Yves d'Amécourt, maire de Sauveterre de Guyenne, le 5 juillet 2008

 


 

Commémorations à Pénic - St Léger de Vignague
12 juillet 2009

"Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Nous sommes ici pour nous souvenir des évènements qui se sont déroulés à Pénic dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944. Il y a 65 ans, exactement.
Lorsque j’étais plus jeune Conseiller Général, j’ai eu l’occasion de m’entretenir de ces évènements de Pénic avec Marc Bry. Aujourd’hui, Marc Bry n’est plus. Chaque année lorsque que je viens ici avec l’ANACR, c’est à lui que je pense et à tous les membres de la famille Bry. Je remercie Mesdames Bridge et Barbe, les sœurs de Marc Bry, pour leur présence aujourd’hui. Cette présence nous honore ainsi que celle de tous les membres de la famille.
Permettez-moi de remercier à nouveau Simone Barbe qui a surmonté ses peurs pour écrire un petit opuscule sur les évènements de Pénic, dont elle fut un témoin. Ce n’est pas facile d’écrire ainsi l’histoire. Ce petit opuscule "J’avais 17 ans" se termine ainsi : "Dans ma tête, cela défile souvent et je n’oublierai jamais".
Et bien grâce à Marc Bry, grâce à Simone Barbe, grâce à Madame Bridge, grâce à l’ANACR, nous pouvons dire nous aussi, que nous n’oublierons jamais. Chaque année, à Pénic, nous nous souvenons. Chaque année, c’est une nouvelle promesse que nous faisons ensemble. La promesse, de faire en sorte qu’après nous, on n’oublie pas.
Le souvenir s’entretien comme un jardin, c’est un travail de chaque jour. En passant devant le jardin du souvenir, les enfants posent des questions à leurs parents, les parents posent des questions à leur entourage, et ainsi l’histoire avec un grand H et, celle toute aussi importante, avec un petit h, seront racontées, afin que jamais ce qui c’est passé ici, il y a 65 ans exactement, dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944, ne soit oublié.
La dernière guerre, comme elle est arrivée, et la période qui l’a suivie doivent être racontées aux générations qui grandissent, afin qu’elles restent vigilantes. Afin qu’elles ne se laissent pas abuser par des discours angéliques qui, sous couvert de promesses qui flattent le coeur de l’homme et sa raison, visent à mieux l’oppresser.
Il faut raconter l’histoire, l’histoire des hommes et des femmes de tous les jours, les valeurs qu’ils portaient, les faits avérés, les actions de résistance… C’est en racontant cette histoire que l’on fera autant de barrages à ceux qui contestent l’Histoire. Ceux qui prétendent que rien ne s’est passé, ceux qui tentent de dissuader les hommes d’entretenir le jardin du souvenir, pour un jour pouvoir nier ce qui est arrivé.
Faisons le serment aujourd’hui que, si nous pardonnons, si nous avons pardonné, nous n’oublierons jamais. Le souvenir n’efface pas le pardon, il le porte.
Vive l’Europe de la paix ! Vive la France en paix."

Yves d'Amécourt, maire de Sauveterre de Guyenne, le 12 juillet 2009

Sources et liens :

 

 

 

 

 

http://www.stleger.info