artes ostales nciennes du aupuy

 

2016 - image satellite du Maupuy - en violet, St Léger le Guérétois et Guéret

 

es renseignements qui suivent ont été puisés dans l'ouvrage "Les hommes des carrières du Maupuy", de Gabrielle Thévenot, paru en 1988 aux éditions Verso - Ahun, "en hommage aux tailleurs de pierre et carriers du Maupuy en Creuse. Ils ont été Anglais, Belges, Espagnols, Français, Italiens, Polonais, Russes, Yougoslaves, pour sculpter de leurs mains dans le granit bleu du Maupuy monuments ou pavés".

Ces carrières qui dominent Guéret sont sur le territoire de St Léger mais sont étroitement liées à Guéret.

Longtemps le Maupuy (le "Mauvais Mont") est resté une lande stérile de bruyères, ajoncs et genêts, un communal indivis entre les communes de Guéret, St Léger le Guérétois et St Sulpice le Guérétois. Quelques bergères gardaient un maigre troupeau de vaches, brebis ou chèvres sur un sol où affleuraient de nombreux rochers de granit - des blocs erratiques - et où se dressaient des amoncellements géants de grosses pierres - les Pierres Civières, par exemple.

En 1861, le maire de St Léger accorde au commandant de la garnison de Guéret le droit de disposer d'un terrain de 800 m de long sur 300 m de large pour faire effectuer des exercices de tir à la cible.

De temps en temps, les hommes pour leurs besoins de construction viennent prélever leur matière première dans les rochers affleurants ou les gros blocs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les exploitations

a construction de la ligne de chemin de fer Montluçon / Guéret / Limoges par la Compagnie des Chemins de fer d'Orléans est le point de départ de l'extraction de pierre sur le Maupuy. En 1866, cette compagnie fait une demande pour s'approvisionner en pierre du Maupuy, au grand dam des habitants qui se plaignent des trous non bouchés par les carriers et des incendies volontairement allumés pour dégager les blocs. S'ensuit une période d'extraction plus ou moins sauvage...

 

la "carrière Marceau"

1912 - le Maupuy voit s'installer une véritable équipe d'ouvriers qui s'attaquent aux énormes rochers qu'on appelle "les boules roulantes". Ils sont dirigés par les frères Louis et Jean-Baptiste Marceau, entrepreneurs à Chabanais en Charente-Maritime, accompagnés par François Solas. La "carrière Marceau" est créée à peu près sur l'emplacement actuel du "relais du Maupuy".
En 1920, elle est achetée par la "carrière Perceval" et continue son activité sous sa direction.

 

le relais du Maupuy

 

la "carrière Denève"

1913 - Alexandre Lécluse, entrepreneur installé à Nanterre, originaire de St Sulpice les Feuilles (87), décide de gérer lui-même son apport de pierres. Il signe l'acte qui lui donne le droit d'exploiter une carrière sur une partie du communal de St-Léger, sur le flanc du mont, à peu de distance de la route de Bénévent et forme une équipe avec pour directeur un vosgien, M. Denève, et pour chef de chantier M Chazet. Ces hommes, logés au château de Clocher, embauchent sur place une trentaine d'hommes : carriers, tailleurs de pierre, épinceurs. Ce sera la "carrière Denève".
De cette carrière seront taillés des pavés pour les voies, les quais et les gares du métro, le pavement des chaussées, les bordures de trottoirs.
Un plan incliné de 200 m, muni de rails, permet à des wagonnets de transporter jusqu'à la route les produits finis.

Il est prévu la construction, en contrebas de la route de Bénévent, de14 maisons individuelles pour loger ouvriers et familles. Seuls 2 chalets de bois sont terminés, un 3e est en cours lorsque le 4 août 1914 sonne la déclaration de guerre et l'arrêt des exploitations.
1919 - La fin de la guerre permet une reprise d'activités dans les carrières Marceau et Denève.
A cette époque, les tailleurs de pavés gagnaient 20 francs par jour pour 100 pavés finis, une prime était accordée pour tout pavé supplémentaire.

La carrière Denève ne suffisant plus à fournir, le propriétaire rachète la carrière de Glénic qui avait servi à la construction du viaduc avant 1906.
Ces carrières fournissent, en pavés et bordures de trottoir, Paris surtout mais aussi Loches, Tours... S'y ajoute l'édification des monuments du souvenir tel, à Paris, le socle de la statue du Général Mangin.

1935 - L'entreprise Lécluse dépose son bilan. M Denève rachète les droits de la carrière, et avec une vingtaine d'ouvriers devenus actionnaires est créée une société coopérative "la Société des Granits de la Creuse". A cette époque, celle du Front Populaire, s'organise le "Syndicat des Carriers du Maupuy" qui demande 4 francs de salaire horaire et une durée journalière de travail de 8 heures.
1939-1945 - Le Maupuy, devenu un véritable fromage de gruyère, continue son activité.
Le 25 juin 1944, M Auguste Denève est arrêté, avec 90 autres Guérétois, par la Milice et emprisonné à Limoges.

1948 : décès de M Denève. La secrétaire de l'organisation, Mlle Goumy, devient directrice de la Coopérative.
1966-1967 : vente de la Carrière Denève et fin de la Coopérative.
Deux entrepreneurs creusois, MM. Marsicaud et Montenon, vont l'exploiter pendant quelques années.

 

la "Grande Carrière" ou "Carrière des Anglais" ou "Carrière Perceval"

Le 16 février 1920 est accordé à M le vicomte Georges de Mauduit un droit de préemption pour la location de 25 ha de terrain sur le communal du Maupuy. Cette exploitation prend le nom de "Société Anonyme des Carrières de Granit du Massif Central."
Le directeur, un sujet britannique, M. Perceval, qui s'installe au château de Clocher - où logeait auparavant M Denève - amène avec lui deux autres anglais, M. Gully, comptable et M. Blanche, chef de chantier.
La société, qui a de gros moyens financiers, embauche 200 ouvriers, d'où le nom de "la Grande Carrière". Elle comptera 300 ouvriers en 1933.

Les pierres de toutes les carrières du Maupuy, dans les années 20, vont à Paris, Lyon, Dunkerque, Brest, Bordeaux, Marseille..., servent à la construction des barrages d'Eguzon, Châtelus-le-Marcheix. Dans les années 1947-1952 elles serviront à la construction des barrages de Tignes, Donzère-Mondragon ou Génissiat.

Comme les exploitations précédentes, elle commence par "les boules roulantes". Lorsque celles ci sont en voie d'épuisement (1921), il faut s'attaquer au sol pour un granit d'un nouveau type avec des ouvriers plus spécialisés.
En 1920, cette société rachète la carrière Marceau.

 

la "Petite Carrière" ou "Nouvelle Carrière"

Située à flanc de la montagne, à 200 m de la route de Bénévent, c'est un élargissement de la carrière Perceval qui compte alors 3 sites sur la Maupuy.
Devant la demande croissante d'ouvriers, l'embauche se fait en Creuse mais aussi en France et à l'étranger, en particulier en Italie. En 1921, la "Grande Carrière" emploie au moins 100 Italiens.

Ces chantiers doivent communiquer entre eux :
- Un plan incliné relie la "Grande Carrière" à la "Carrière Marceau".
- Un autre plan incliné relie la "Nouvelle Carrière" à la "Grande Carrière". Ce plan incliné continue jusqu'à la route où est aménagé un pont transbordeur qui aboutit à un quai, le long de la voie ferrée.
C'est ici que le produit brut, préparé par les débiteurs, déchargé des bennes, est fini par les épinceurs.
Ces plans inclinés remplaceront le charroyage par les tombereaux ou fardiers tractés par les animaux.

Apparaissent un concasseur puissant et une grue nécessaires pour extraire les blocs vers le haut, devant le refus de la direction "Denève" d'autoriser le passage obligatoire vers le bas sur son territoire.

Le camp de Beausoleil, sur la commune de Guéret, où furent entre autres internés des prisonniers espagnols lors des guerres napoléoniennes, est aménagé en 1920. Il abrite des familles entières. Une cantine y est ouverte, où l'on vend du vin.

En 1935, suite à des embarras financiers, fin de la "période Perceval". L'entreprise devient "les Carrières du Centre de la France" avec comme directeur M. Hermann, un Allemand qui passe pour un patron dur, exigeant et pas très humain. Il reconnaît peu de droits à son personnel de qui il exige une assiduité sans faille et surtout pas de grève.

Pour suppléer aux plans inclinés est construit un véritable funiculaire qui part de la "Grande Carrière" et aboutit, après être passé par "Marceau" et la "Nouvelle", au quai d'embarquement.

Le 8 juin 1944, le lendemain de la première libération de Guéret, à Pommeil, M. Hermann est exécuté pour trahison, en même temps que le commandant Brail, chef départemental de la Milice.
Se succéderont M. Etienne Pajot, M. Felbert, MM. Picoty et Bariaud qui, en 1945, vendent leurs droits à la carrière, les machines...
1950 - M. Stanzioni, un Italien en France depuis 1931, exploite la "Nouvelle" après avoir un temps exploité la "Carrière Marceau" - il a dû l'abandonner en 1966, à l'installation du réémetteur de télévision.

 

la "Vergnole"

27 janvier 1919 - M Mercier, entrepreneur d'Aubazine (Corrèze), signe un bail avec la mairie de St Léger pour l'exploitation de cette carrière pendant 15 ans.
1927 - M. Seignat, entrepreneur parisien, avec pour représentant M. Marcel Demargne de Sardent, exploite la carrière.
20 juillet 1932 - Bail pour M. Ulysse Lacroix ("Société Nouvelle des Granits Français" au siège parisien). Il semble que ce soit la même maison que la précédente.
Cette carrière est difficile à exploiter : les bancs de granit ne sont pas parallèles, se présentent en désordre, comme cassés et enchevêtrés par des mouvements de l'écorce terrestre.

 

la "Baleine"

Devant les difficultés de la "Vergnole", M. Lacroix trouve un autre filon qui semble plus rentable. Ce filon est recouvert d'une énorme pierre, une boule roulante, à laquelle était donné le nom de Baleine. La légende disait que celui qui toucherait à la Baleine mourrait bientôt de mort violente. Elle fut pourtant exploitée après avoir été "une nuit, clandestinement minée, on ne sait par qui".

 

le "Lac"

Cette carrière de la "Société Seignat" fut peu exploitée, la "Baleine" suffisant.
1962 - M. Seignat dépose son bilan.
M. Maître, entrepreneur de la Forêt du Temple, rachète le droit d'exploiter ces carrières. Il sera suivi par son fils qui a cède la place à la "Société Micro-Control" d'Aigurande (Indre) mais le chantier sur le Maupuy porte toujours le nom des "Ateliers Maître".

 

les "Petites" Carrières

A côté de ces grandes exploitations, qui employaient au moins une cinquantaine d'ouvriers, oeuvraient des chantiers de moindre importance.
1925 - bail pour M Rocch, Italien (parcelle "Rocher du Maupuy")
1942 - bail pour M. François Meillat (parcelle "la Pierre Bergère") avec son beau-frère M. Joly : une dizaine d'ouvriers)
M Marcel Guéry, de Peyrabout, ouvrit aussi une carrière sur le versant de St Léger : une dizaine d'ouvriers.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

les hommes

u début, ce furent des Creusois, embauchés des fermes ou des hameaux des environs, qui faisaient leur apprentissage sur le tas. Ils étaient manœuvres, mineurs, débiteurs, épinceurs, réceptionneurs, conducteurs de charrois, forgerons...

Quand les carrières prirent de l'importance, surtout à l'ouverture de la "Grande Carrière" en 1920, la main d'œuvre locale ne fut plus suffisante. Le champ de recrutement fut national. Il vint des Charentais, des Berrichons, des Savoyards, des Vosgiens, des Bretons…

A l'ouverture du triple chantier de la "Grande Carrière" et de ses sœurs, la direction fit appel à la main d'œuvre étrangère. C'était l'après-guerre 1914-1918, avec ses modifications de frontières, ses crises financières, ses crises sociales.

Après 1936, c'est l'arrivée des Espagnols.
Il y eut des Tchécoslovaques en 1945 (70, en avion, à St Léger), des Yougoslaves, des Turcs, des Portugais, des Belges, des Russes.

Les Italiens furent très nombreux sur le Maupuy, ils représentèrent jusqu'à 80% des ouvriers.
M. Perceval, directeur des "Carrières de Granit du Massif Central" envoya en 1920 M. Rocchi, entrepreneur italien installé à St Léger le Guéretois, recruter des hommes. Celui-ci alla à Udine dans le Frioul, redevenu italien après une occupation autrichienne. Cette région, pays de petites propriétés, aux familles nombreuses, connaissait la misère. Il recruta 11 hommes. Ils partirent à pied, de Torreano, de Coltura, de Polcenigo, le 26 décembre 1920, sac sur le dos, en laissant femmes, enfants et familles, jusqu'à Udine pour prendre le train aux frais de la Société et arrivèrent à Guéret le 31 décembre.
Ils furent logés au camp de Beausoleil où se construisaient des baraquements en bois enduits de goudron : une chambre pour 4, pas de carreaux aux fenêtres, et le 1er janvier, au travail !
Ce premier groupe en attira d'autres.
Après 1922 et la prise de pouvoir de Mussolini, c'est l'arrivée de beaucoup d'Italiens fuyant le régime fasciste.

Source et lien : http://www.riboulet.info

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

le camp de Beausoleil, village des carriers italiens

 

Vous lirez ci-dessous un article de http://www.lamontagne.fr en date du 17 juin 2012 :

 

Nina Bortoluzzi et Roland Bravin entretiennent la mémoire de leurs pères carriers

ela fait 82 ans que Nina Bortoluzzi vit au camp de Beausoleil. C'est la dernière habitante de ces baraques accrochées au pied du Maupuy. Beausoleil a accueilli plusieurs dizaines de familles italiennes à la grande époque des carrières.
La dernière voisine de Nina a quitté son logement de planches il y a deux ans. La maison de Nina, elle, est protégée par une carapace "en dur".

 

les ouvriers montaient à pied

Plusieurs éléments de ces corons de bois ont été détruits. "À l'intérieur, c'était souvent confortable, voire coquet", tempère Roland Bravin. "Chaque famille avait son potager, ses poules, ses lapins, le travail était dur, mais les gens se débrouillaient", complète Nina, elle-même excellente jardinière. Chaque matin, les ouvriers montaient à pied aux carrières. Les enfants, comme Nina, suivaient dans la matinée avec le casse-croûte. Le flanc nord de la colline était équipé d'un "téléphérique"… mais c'était pour descendre les blocs de pierre jusqu'à la gare des Coussières.

Les Bravin habitaient à La Chapelle-Taillefert : "Mon père marchait 8 km pour aller travailler. Certains jours, il avait les doigts gelés et il est mort de la silicose", retrace Roland. Son père "fuyait le fascisme". Il est arrivé de Vénétie en 1932. Ils auraient été un millier d'émigrés italiens au total, la majorité était originaire du Frioul. Aujourd'hui, le village de Torreano, dans le Frioul, est jumelé avec St Sulpice le Guérétois. Beaucoup de carriers et leurs descendants ne sont jamais revenus au pays. L'association franco-italienne de Creuse a été créée en 1987 à l'occasion du cinquantenaire de l'hôtel de ville de Guéret, bâti intégralement en granite taillé du Maupuy. Aux Italiens se sont mêlés d'autres nationalités, mais ces derniers ont formé la plus importante communauté.

 

une bonne intégration en Creuse

Un certain nombre de carriers a essaimé dans les communes des Monts de Guéret : "Ils travaillaient comme tâcherons, à casser les boules, les gros blocs des chaos rocheux". Pendant la guerre, les Italiens ont été confrontés à une certaine suspicion, en tant que natifs d'un pays ennemi : "Mais globalement les Italiens ont été bien acceptés", souligne Roland Bravin.

Adolescent dans les années 1950, Bernard Blot se souvient "des enfants de Beausoleil qui venaient à la maison des jeunes du château de la Rodde. On y faisait un tas d'activités. Cette forme d'éducation populaire a favorisé l'intégration de toute cette jeunesse". L'association franco-italienne ne désespère pas qu'un lieu de mémoire soit consacré un jour aux carriers du Maupuy.

 

 

 

1903

 

 

 

des cartes postales anciennes de St Léger

Henri a visité St Léger le Guérétois en août 2012

des photos récentes de St Léger et du Pays de Guéret

 

erci de fermer l'agrandissement sinon.

 

 

http://www.stleger.info