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Saint Liguaire chez abelais

 

L'extrait qui suit est tiré de "Faits et prouesses épouvantables de Pantagruel, fils de Gargantua et roi des Dipsodes, par Maître François Rabelais - Nouvelle édition mise à la portée de tout le monde" - 1865

La mention de "Saint Liguaire" par Rabelais date de 1532.

 

François Rabelais (1483 ou 1494 - 1553)

 

 

 


 

 

Pantagruel, par Gustave Doré

 

 

Et voilà la version qu'en donne Anatole France dans son "Rabelais" :

 

"(...) Villon rapporta aux acteurs cet entretien en grande indignation, ajoutant que Dieu ferait de Tappecoue vengeance et punition exemplaire bientôt.

Le samedi suivant, Villon eut avis que Tappecoue, sur la pouliche du couvent, était allé faire la quête à Saint-Ligaire et qu'il serait de retour sur les deux heures après midi. Or donc il passa en revue les acteurs de la diablerie dans la ville et sur le marché. Ses diables étaient tout caparaçonnés de peaux de loups, de veaux et de béliers, passementées de têtes de mouton, de cornes de bœufs et de grands crochets de cuisine ceints de grosses courroies, desquelles pendaient de grosses cymbales de vaches et des sonnettes de mulets à bruit horrifique. Certains tenaient à la main des bâtons noirs pleins de fusées, d'autres portaient de longs tisons allumés, sur lesquels, à chaque carrefour, ils jetaient à pleines poignées de la résine en poudre, dont il sortait un feu et une fumée terribles.

Les ayant ainsi conduits à la joie du peuple et à la grande frayeur des petits enfants, finalement il les mena banqueter en une cassine (c'est-à-dire une auberge de campagne, une guinguette) hors des murs de la ville, sur le chemin de Saint-Ligaire. Arrivés à la cassine, ils aperçoivent de loin Tappecoue, qui retournait de sa quête.

- Par la mordienne, dirent alors les diables, il n'a pas voulu prêter à Dieu le Père une pauvre chape. Faisons-lui peur !
- C'est bien dit, répond Villon. Mais cachons-nous jusqu'à ce qu'il passe et chargez vos fusées et tisons.

Tappecoue arrivé à l'endroit où ils étaient, ils se précipitèrent tous sur le chemin, devant lui, terribles, jetant feu de tous côtés sur lui et sur sa pouliche, sonnant de leurs cymbales, et hurlant en diables :
- Hho hho hho hho bourrrous, rourrous, rourrous, hou hou hou hho hho hho. Frère Étienne, faisons-nous pas bien les diables ?

La pouliche tout effrayée se mit au trot, à bonds, et au galop, à ruades, doubles pédales et pétarades, tant qu'elle jeta bas Tappecoue, quoiqu'il se tint à la selle de toutes ses forces. Ses étrivières étaient de cordes. Un de ses souliers à lanières, celui du pied droit, y était si fort entortillé qu'il ne le put jamais tirer. Aussi était-il traîné à écorchecul par la pouliche toujours multipliant ses ruades contre lui et fourvoyée de peur par les haies, buissons et fossés. De façon qu'elle lui martela toute la tête et que la cervelle en tomba près de la croix Osanière puis elle lui mit les bras en pièces, l'un ici, l'autre là, les jambes de même, et des boyaux fit un long carnage, en sorte que la pouliche, arrivée au couvent, ne portait de lui que le pied droit dans le soulier entortillé.

Villon, voyant accompli ce qu'il avait prévu, dit à ses diables :
- Vous jouerez bien, messieurs les diables, vous jouerez bien, je vous assure. Oh ! que vous jouerez bien ! Je défie la diablerie de Saumur, de Doué, de, Montmorillon, de Langes, de Saint-Espain, d'Angers, voire, par Dieu ! de Poitiers, avec leur grande halle, de pouvoir vous être comparée. Oh ! que vous jouerez bien ! (...)"

 

 

Anatole France (1844-1924)

 

 

 

 

 

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