Jeanne Boullen, agent de liaison de Jean Moulin

 

article du Courrier Picard du 6 juin 2016, signé Pierre Pecquet - https://www.courrier-picard.fr

L’inauguration à Ailly sur Somme de la résidence Alice-Rosenstiehl a mis en lumière le parcours d’une autre résistante. Jeanne Boullen, l’infirmière, fut la collaboratrice dévouée de l’ex-préfet.

L’inauguration de la résidence Alice-Rosenstiehl, samedi 4 juin, a été l’occasion de mettre en lumière la destinée exceptionnelle de Jeanne Boullen, qui entra elle aussi en résistance, on peut le dire, pour les beaux yeux de Jean Moulin, dont elle sera l’agent de liaison jusqu’à l’arrestation de celui-ci, le 21 juin 1943, à Caluire, près de Lyon.

 

Jeanne Boullen

 

Dans son discours, André Sehet, président des Racines calcéennes, a retracé la vie de cette Picarde que la guerre a jetée dans la bataille contre le nazisme et qui, comme Alice Rosenstiehl, a fait son devoir avant de retomber dans l’anonymat une fois la guerre finie.
Chargée de la crèche et de la garderie d’enfants, Alice Rosenstiehl a gardé Samuel, l’enfant que Jeanne Bollen a eu avec un poète juif nommé Frantz Neumann, ce qui lui vaudra la médaille de Juste parmi les nations.

 

Ses souvenirs dans un cahier d’écolier

En 1996, en Israël, Samuel retrouve une valise dans laquelle son frère, Léonard, range les papiers de sa mère décédée en 1971. "Dans cette valise, il y a du courrier, jamais ouvert, et un cahier où Jeanne notait tous les jours ses souvenirs. C’est grâce à ce cahier que nous avons pu refaire le parcours de Jeanne, de sa famille, d’Alice et de Jean Moulin. Grâce à ces notes, Jacques Baynac a fait un livre."

Infirmière hospitalière, Jeanne Boullen assurait des visites à Saint-Léger-lès-Domart. Avec le soutien du docteur Mans, elle fut responsable des infirmières à la préfecture. En mai 1940, Jeanne et ses collègues foncent sur Abbeville au secours des populations. Peine perdue, les services de santé se replient vers Paris, puis sur la préfecture de Chartres où Jeanne retrouve Jean Moulin, qui avait été secrétaire général de la préfecture de la Somme. Pendant trois ans, le destin de Jeanne Boullen suivra la trajectoire du grand patriote, qui l’appellera "petit Bollen". Il en fera son agent de liaison. Elle revient à Ailly et rédige de faux papiers le soir dans les bureaux de la mairie. Elle organise des réseaux de passage, accompagne l’évasion de pilotes anglais, revient en France en sautant en parachute. Se blesse à l’atterrissage. Elle est faite prisonnière à la citadelle de Doullens. S’en évade. Se cache chez des fermiers d’Hangest-sur-Somme…

Voila la vie que mènera Jeanne Boullen jusqu’à la naissance de son premier enfant et l’arrestation de Jean Moulin.

Après la guerre, Jeanne suit son mari en terre promise. Elle, protestante, s’est mariée en 1942, à Frantz, le Juif, au nez et à la barbe des Allemands, grâce à la complicité d’un greffe de Marseille. Ne s’habituant pas au climat, elle revint en France en 1950, pour y reprendre son activité d’infirmière. De la vie de Jeanne Boullen, Jacques Baynac en a tiré un livre L’amie inconnue de Jean Moulin, une édition épuisée qui ne sera pas ré-imprimée, mais bientôt consultable sur le net.

 


 

article de Médiapart du 20 mai 2016, signé Marie-Sophie Mozziconacci - https://blogs.mediapart.fr

L'amie inconnue de Jean Moulin

Les conditions de l’arrestation de Jean Moulin sont connues partiellement. Des archives de la mi-juin 1943 demeurent en effet inaccessibles tant en France qu’à Londres.

L’historien Jacques Baynac, qui a précédemment publié Secrets de l’affaire Jean Moulin et Présumé Jean Moulin, part de ce constat d’inaccessibilité pour concentrer ses recherches sur les relations électives du résistant. Trois femmes entourent Jean Moulin : sa soeur, Laure Moulin, son amie Antoinette Sachs, et Jeanne Boullen, inconnue du grand public.

Intrigué par une citation de Laure Moulin évoquant les "prouesses restées clandestines" accomplies par Jeanne Boullen, l’historien décide d’investiguer sur son rôle, elle qui fut une des dernières personne à côtoyer Jean Moulin avant son arrestation. Après une décennie d’âpres recherches, Jacques Baynac finit par retrouver trace de la petite-fille de Jeanne Boullen, grâce à l’institut Yad Vashem. L’auteur parvient ainsi à accéder aux notes de Jeanne Boullen, couchées sur un cahier bleu. Précieux cahier.

 

 

Jeanne Boullen grandit dans une famille protestante. Elle obtient son brevet d’infirmière en 1934. En 1935, elle s’engage au sein de la Croix Rouge. En 1939, elle est promue infirmière chef de la défense, affectée à la Préfecture d’Amiens. Elle rencontre Jean Moulin à Chartres, en mai 1940, après les bombardements d’Abbeville et de Beauvais. Le charme opère, malgré la pesanteur du contexte : "Ce Préfet imperturbable me rappelle soudain Lawrence d’Arabie et je le lui dis en riant. Grave et soucieux, avec sa belle voix et son léger accent méridional qui lui donne un charme tout particulier, il me dit : "Petit Boullen-je crois qu’on vous appelle ainsi-la guerre, et bien, c’est sérieux. Il se pourrait bien que nous y passions tous." (p.43) Le juste combat les soude (...)

(...) Des risques, Jeanne Boullen en a pris. D’elle, la veuve de Jacques Monod précise : "Elle nous a amené des prisonniers évadés, des ouvriers du nord, des soldats anglais, des insraélites à qui elle avait fait passer la ligne de démarcation. Avec mon mari, avec le pasteur Heuzé, et Mr Lowry (quaker), elle a sauvé enfants et adultes israélites" . (p 68) L’amie inconnue de Jean Moulin nous permet de découvrir cette femme engagée, ses actions, la fidélité infaillible de Laure Moulin à son égard, dans les moments de pénurie, jusqu’à la fin de ses jours.

Mariée pendant l’occupation à Franz Neumann, jeune poète autrichien juif, dont elle aura deux fils, Jeanne Boullen pensait : "qu’aux pouvoirs nés d’hier il faut résister aujourd’hui, que rien ne compte que la fraternité, et que la conscience est la volonté vraie de Dieu" (p.24) Quarante-cinq ans après sa disparition, la force de son courage nous éclaire.

L’amie inconnue de Jean Moulin, par Jacques Baynac, Edition Grasset, 141 pages, dépôt légal mars 2011

 


 

Saint-Léger-les-Domart, Picquigny…
Ces Picards proches de Jean Moulin

article de du 7 juillet 2023, signé Olivier Bacquet

Sylviane Schwal et André Sehet rééditent le livre qu'ils ont consacré aux liens de Jean Moulin avec la Somme, durant l'Occupation. Un regard inédit sur le parcours du Résistant.

 

André Sehet et Sylviane Schwal
photo prise le 17 juin 2023 au Panthéon

 

Elle était "l’amie inconnue de Jean Moulin", pour reprendre le titre d’un livre que lui a consacré l’historien Jacques Baynac : Jeanne Boullen, infirmière à Saint-Léger-les-Domart (Somme) et à Ailly-sur-Somme, fut une proche du célèbre Préfet, qu’elle rencontra à Chartres après l’exode de 1940, et qu’elle ne quittera plus jusqu’à l’arrestation de Jean Moulin en 1943…

Une infirmière de Saint-Léger

Jeanne Boullen n’est pas le seul lien entre le plus célèbre des résistants et la Somme.
Jean Moulin a ainsi été secrétaire général de la Préfecture d’Amiens de 1934 à 1936 avec rang de Sous-Préfet, faisant de lui le deuxième personnage de la Préfecture.
Parmi ses proches durant l’Occupation, on peut aussi citer Alice Rosenthiel, Magda Hitter, Maurice Drancourt ou Jean Choquet, tous originaires de la Somme.
"Ce dernier, natif de Picquigny, était agent de liaison de Jean Moulin. Il fut arrêté et torturé par les hommes de Klaus Barbie, et décéda en captivité en 1945…" raconte André Sehet, ancien maire de La Chaussée-Tirancourt et historien amateur, désormais membre de l’Association Nationale des Amis de Jean Moulin.

 

Ces Picards qui ont côtoyé Jean Moulin
  • Jeanne Boullen, ancienne infirmière à Saint-Léger-les-Domart et à Ailly-sur-Somme
  • le docteur Antonin Mans, chef du Service départemental de santé de la Somme, ami de Jean Moulin depuis sa jeunesse dans l’Hérault
  • Jean Choquet, un jeune homme originaire de Picquigny dont le père et le grand-père travaillaient à la Préfecture d’Amiens
  • Georges Bonneville, beau-fils de James Carmichael, le directeur de l’usine d’Ailly-sur-Somme
  • Alice Rosenstielh, directrice de la crèche d’Ailly-sur-Somme qui n’a pas hésité à sauver un petit garçon juif, Samuel Neumann
  • Maurice Drancourun industriel d’Hesbécourt qui a vendu son entreprise avant d’entrer dans la résistance active
  • Magda Rovella-Hitter, au "service radio" de Jean Moulin.
  • Jacques Barbier, un jeune Amiénois qui a dû fuir en zone libre

 

Avec sa complice Sylviane Schwal, ce passionné a écrit un livre dédié aux "Résistants picards au service de Jean Moulin", ouvrage de référence qui apporte un regard inédit sur le parcours du préfet mort en martyr.

 

Pour les 80 ans de l’assassinat de Jean Moulin

Les 700 exemplaires de ce livre, publié en 2018, sont depuis longtemps épuisés. À l’occasion du 80e anniversaire de l’assassinat de Jean Moulin (le 8 juillet), l’association des Racines Calcéennes, que président André Sehet et Sylviane Schwal, a décidé de rééditer le livre, dans une version augmentée.

"Nous avons réalisé quelques conférences sur le sujet, et plusieurs personnes nous ont confié des documents souvent inédits sur cette période. Nous les avons inclus dans cette nouvelle version, explique André Sehet. Notre but n’est pas de faire une biographie de Jean Moulin, d’autres plus compétents que nous l’ont déjà faite. Notre souhait est de faire connaitre le travail des petites mains de la Résistance, au demeurant souvent déterminantes."

 

 

Prix du livre : 20 (plus 9 de frais d’envois éventuels), par chèque à l’ordre des Racines Calcéennes adressé à André Sehet, 4 rue de la Fontinette, 80 310 La Chaussée-Tirancourt - sortie : fin août 2023

 

  

 

 

https://www.stleger.info