Un jour où il faisait nuit, en balade sur la Toile, l'on découvre ce titre, étrange :

 

 

Titillé, on fouille et on lit ici : "A Saint-Léger, quelque part en Champagne pouilleuse, Pirotte avait posé ses valises, provisoirement (...)"

 

définitivement perclus
me voici donc ici reclus
à Saint-Léger clos des Garennes
attendant que la mort me prenne

je m'étiole je ne sors plus
je suis un vieux chardon crépu
pris de vertige ancien rebelle
toujours privé de parentèle

jadis interdit de séjour
repris de justice exilé
qui jamais ne sut où aller

et qui se déplaçait toujours
mal vêtu à peine chaussé
évitant la maréchaussée

photo DR

 

des éclats du livre A Saint-Léger suis réfugié, où l'on apprend que Jean-Claude n'aura pas vu la parution de son livre en juin 2014, mort quelques jours auparavant.
Les 5 poèmes qui suivent sont extraits du recueil A Saint-Léger suis réfugié" :

 

 

un poème d’après-midi
dans une atmosphère immobile
on dirait presqu’'un paradis
si le temps n’était pas mobile

et ne traversait le jardin
comme le merle à cet instant
dans une lumière d’étain
si le temps n’était pas le temps

et ne laissait l’après-midi
à la merci des contredits
si le jour n’était pas à jour

et pouvait faire demi-tour
si les busards et les autours
n’annonçaient pas la fin du jour

photo crédit Pascal Bastien

 

je me tiens à la fenêtre
en attendant qu’un bel être

fabuleux me fasse signe
et d’un doigt clair me désigne

pour le suivre pas à pas
sur la terre et au-delà

 

l'ahuri se rend à Uri
le loriot vole vers Rio
le serin vole vers Turin
moi j'ai mal au rein

et je ne vais pas à Rio
ni ne m'envole vers Uri
je me contentais de Paris
mais c'est fini

à Saint-Léger suis réfugié
où pas question de voyager
j'étais jeune je suis âgé
protégez-moi ô saint Léger

 

 

 

 

 

 

 

photo DR

 

nous avions les nouveaux-nés
à qui l'on doit boucher le nez
je me promène en ce jardin
qui réjouissait nos anciens

j'ai passé gales je suis vieux
je préfère fermer les yeux
devant les monuments du temps
qui s'effrondrent sous les autans

je préfère aller dans la vie
à reculons quoique l'envie
d'assister au bouquet final

me tienne éveillé sous la pâle
lueur de notre vieille lune
alors je dépose la plume

Saint-Léger, le 24 novembre XII

 

Jean-Claude Pirotte et sa compagne ont vécu ensemble aux Garennes, à Saint-Léger-sous- Brienne, d'avril 2012 à février 2013.
Hélas, les soucis de santé de Jean-Claude ont fait qu'il n'a rien vu de Saint-Léger, mais cette localisation géographique et ce nom "Saint-Léger" ont suffi pour initier ce qui allait devenir le recueil Je me transporte partout.
Les 5 poèmes qui suivent sont extraits du livre Je me transporte partout :

 

détrompez-moi si j'envisage
de trépasser juste à mon âge
il reste un petit coin de terre
laissé vacant par le notaire

c'est à Saint-Léger-sous-Brienne
pour me reposer de mes peines
que je souhaite me coucher
en ce lopin fort bien caché

 

le vent bouscule Saint-Léger
où les nuages sont plus lourds
que le jeu de mots du balourd
que je suis c'est un enragé

que ce vent-là qui vient d'ailleurs
et que personne ne connaît
ni les arbres ni les poneys
moins encore l'agriculteur

qui se présente pour la rime
comme il se présentait jadis
au seigneur pour payer la dîme
c'est un vent dur comme un repris

de justice à bout de patience
et qui dépouille les passantes
et qui boit des litres d'humeurs
à la fontaine de ses crimes

photo DR

 

la diagonale du fou
c'est un titre et c'est un atout
je marche de biais je m'enlise
ou je me répands partout

je me déchire avec ma Reine
et je suis un ferment de crise
le Roi n'objecte rien du tout
j'habite Nogent-le-Rotrou

Barbizon Namur Saint-Léger
je me transporte n'importe où
je me cabre je suis léger
je galope dans les vergers

je suis celui qui va piéger
les cicatrices du passé
afin de boucler l'avenir
et de brûler les souvenirs

photo DR

 

je ne vis plus qu'à demi
préparez mes chers amis
la bêche pour m'enterrer
sous le frêne, à Saint-Léger

ce n'est que façon de dire
car du corps que reste-t-il
qui soit plus ou moins en vie
digne de cérémonie

rien ou si peu que j'en ris
devant le miroir blessé
de ne tenir le pari
d'accorder le faux au vrai

mais procédons par étapes
en attendant l'agonie
que j'épuise mon sursis
bien sûr le monde s'en tape

photo DR

 

pour guérir suffira-t-il de lire
un peu La Légende dorée
si je me hâte de l'écrire
c'est que je vis à Saint-Léger

l'évêque d'Autun où Dhôtel
a passé son adolescence
avant de rejoindre l'Ardenne
saint Léger sortez-moi des transes (1)

où je plonge dans la souffrance
ne le faites que le dimanche
si vous devez dans la semaine
sans cesse retrousser vos manches

mais faites que je me repose
en écrivant quelques poèmes
à votre gloire je me pose
un tas de questions étranges

car la douleur en tout dérange
mes facultés mentales l'ange
gardien de ma lointaine enfance
a dû me quitter pour aller

soulager d'autres enfants sages
ou turbulents dans les villages
remplacez, saint Léger, mon ange
à tout le moins dans la soirée
des jours fériés et du dimanche

photo DR

(1)

la vie du saint Léger, évêque d'Autun

la Légende dorée

 

Ont été évoqués sur cette page :

mais Jean-Claude Pirotte, depuis Goût de cendre, en 1963, a édité des dizaines de romans, chroniques et recueils.
En 2012, il a reçu le Goncourt de la Poésie pour l'ensemble de son œuvre.

 

Merci à sa compagne pour son aide précieuse à la réalisation de cette page.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude Pirotte (1939-2014)

 

 

 

erci de fermer l'agrandissement sinon.

 

 

 

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