Blidah, le 18 mars1883

 

Chers parents,

 

Je vous écris ces quelques mots pour vous donner de mes nouvelles et en même temps pour en recevoir des vôtres. Il vous ennuiera sans doute de recevoir de mes nouvelles puisque, cette fois, j'ai été plus longtemps à vous rendre réponse qu'à l'habitude.

Mais il ne faut pas que cela vous déplaise, car si je ne vous ai pas écrit plus tôt, c'est parce que je voulais vous envoyer le colis dont je vous avais parlé, en même temps que cette lettre, et tout ce que je voulais mettre dedans n'était pas prêt.

J'ai bien reçu la dernière lettre que vous m'avez envoyée, qui partait de St Léger le 2 février et qui arrivait le 26 à Blidah. J'ai reçu le mandat que vous m'avez envoyé, et sur votre lettre j'ai été heureux en apprenant que vous étiez tous en bonne santé, mais aussi j'ai remarqué que depuis un peu de temps il était mort beaucoup de monde.

Cette semaine, Zacharie a reçu une lettre qui venait de St Léger, qui lui apprenait la mort du père Morinière. Il faut que le temps soit bien mauvais.

A la prochaine lettre, je vous prie de me dire si il fait froid, car voilà l'hiver qui s'avance, et je ne m'en suis pas encore aperçu, puisque à Blidah il fait toujours chaud.

A Blidah, il meurt du monde aussi, mais aussi il y en a qui se marient. L'autre jour, je revenais de la ville, je passais devant l'église et j'ai eu le plaisir de voir une mariée qui en sortait. Il me semble qu'à St Léger le monde se marie pas dans le carême.

A la dernière lettre, je vous avais dit qu'à la prochaine lettre je vous expliquerais comment se trouve posé Blidah par rapport à Alger. Eh bien, sur cette lettre, je vais vous l'expliquer : figurez-vous que Beaupréau soit Alger, et que Cholet soit Blidah.

Comme Cholet se trouve à droite de Beaupréau, Blidah se trouve à droite d'Alger, c'est-à-dire au sud. Maintenant, figurez-vous Cholet auparavant que la caserne soit construite, je veux parler du temps dont il y avait des baraques à la gare. Eh bien, c'est comme si que je serais dans ces baraques, et que Zacharie serait à l'ancienne caserne, qui avait lieu dans l'intérieur de la ville. Ça se trouve posé la même chose. Lui se trouve dans l'intérieur de la ville, tandis que moi je m'en trouve retiré un peu.

Maintenant, vous voyez que c'est bien comme je vous l'avais dit en premier, que l'on est pas ensemble, mais aussi que l'on est pas loin l'un de l'autre. Maintenant, la ville de Blidah est un peu plus petite que la ville de Cholet. Mais aussi, c'est beaucoup plus resserré : les rues sont étroites. Il y en a que deux qui sont assez belles : c'est l'avenue de la gare et la rue d'Alger.

 

Blida / l'avenue de la Gare

 

 

Blida / la rue d'Alger

 

Blidah se trouve au pied d'une montagne, et d'une montagne extrêmement haute, il faut le voir pour le comprendre. En ce moment-ci, le sommet de la montagne est couvert de neige, il y a longtemps que Zacharie a envie d'y aller faire un tour. Mais c'est très fatigant, et puis, en même temps, il n'y a pas s'y fier, car les indigènes qui sont dans ces montagnes sont méchants. Il y en a qui y ont été, et qui ont dit qu'ils y retourneraient jamais. Avec ça, il y a beaucoup de bêtes sauvages et des serpents.

De l'autre côté de la ville se trouve une plaine immense, qui se nomme la plaine de la Mitidja. C'est dans cette plaine qu'il y a tant d'orangers et de mandariniers, c'est cette plaine qui sépare Blidah de Coléha (1), ce Coléha où Joseph, de la Bourie, a été si longtemps.

 

la ville de Blida

 

Assez causé là-dessus, parlons d'autre chose maintenant : à la fin de votre lettre, je remarquais ces quelques mots : "Je te prie, lorsque tu sauras si tu es reçu, de nous écrire".

Je ne vous ai pas écrit aussitôt, car je pense que vous aurez eu de mes nouvelles par la lettre que j'ai envoyée à la Bourie. Eh bien oui ! à cet examen, j'ai été reçu, mais cet examen avait peu d'importance, et l'on va en passer d'autres qui auront plus d'importance. L'on va en passer un le 15 mai, et l'autre au mois d'août.

Je ne sais pas ce qu'ils veulent faire de nous autres, mais ce qu'il y a, c'est qu'on a pas une minute de repos. L'on s'attendait que lorsque nos classes seraient finies, l'on aurait été plus heureux, mais c'est encore pire qu'auparavant. A présent, il nous faut apprendre la théorie, et surtout l'école du soldat qu'il faut savoir mot à mot.

Tenez ! pour mieux vous faire comprendre ce que c'est que d'être élève caporal, je vais vous dire comment l'on passe son temps. Le matin, l'on se lève toujours à 5h1/2. A 6h, l'on rappelle pour la théorie orale et pratique, puisque l'on fait tout à la fois. Il nous faut d'abord la réciter et ensuite, il nous faut commander comme si l'on était déjà caporal, et vous pouvez croire qu'ils nous font crier. L'on est là pendant deux heures à faire la même chose, c'est à dire jusqu'à 8h.

A 8h, l'on a l'appel. A 9h, l'on a la soupe. Après la soupe, il faut étudier sa théorie pour 11h. A 11h, l'on a la théorie. A midi, l'on a escrime ou gymnase. Le mardi et le vendredi, à midi, l'on a cours de grammaire ou d'arithmétique. Tous les mercredis, l'on a marche militaire.

Tous les jours, excepté le mercredi, à 2h l'on a école de section ou le service en campagne. Et quand l'on a le service en campagne, l'on arrive pas souvent avant 5h, parce que le lieutenant dont je vous ai déjà parlé, qui traversait si bien les rivières la semaine du mardi gras, a acheté un cheval et, à présent, il nous donne pas beaucoup de repos. A 5h, l'on a la soupe, et après la soupe il faut encore se mettre à étudier sa théorie pour le lendemain matin. Voilà comme l'on passe son temps.

Maintenant, ce qu'il y a d'agréable c'est qu'on ne fait pas de corvées, et l'on monte la garde qu'une fois par mois. Mais tout ça ne me fait rien, j'aimerais bien mieux être pas élève caporal.

Tenez, pour mieux vous faire comprendre que l'on a beaucoup de travail, si vous voulez, je vous enverrai le programme de tout ce que l'on a à apprendre pour le 15 mai.

Que je vous parle un peu de Zacharie : il est bien plus heureux que moi. Il a pas de théorie à apprendre puisqu'il est ordonnance. Lui va se promener à cheval, tandis que moi je vais souvent me promener avec le sac sur le dos. Il est ordonnance d'un capitaine, et il lui a dit qu'il allait quitter Blidah bientôt.

Maintenant, parlons un peu du colis que je vous envoie : je l'ai mis en gare aujourd'hui à 1h. J'espère qu'il arrivera à Cholet vers le milieu de la semaine prochaine. Il pèse 3 kg moins 100 grammes. Voilà ce qu'il contient : il y a une tabatière avec du tabac dedans, une pipe arabe avec du tabac dedans, et deux cigares, le résumé d'une fête arabe, 3 oranges, 3 mandarines, des cacahuètes, des dattes, un journal.

Maintenant, il y a un livre qui vous expliquera l'arabe et mon portrait. J'espère que vous serez contents d'avoir tout cela, et surtout le livre et mes deux portraits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valentin en tenue de tirailleur

 

Parlons un peu de mon portrait : je suis assez bien photographié, mais il y a une chose qui me déplaît, c'est le gland de ma chiachia (2) qui ne paraît pas assez. Je me suis fait tirer en grande tenue, c'est-à-dire comme l'on est le dimanche. A la prochaine lettre, vous me direz si je suis bien réussi.

Je pense que Francis va dire que c'est bon, les dattes.

A la prochaine lettre, donnez-moi l'adresse de mes oncles de Cholet. Maintenant, si vous voulez m'envoyer un colis comme je vous avais dit à la dernière lettre, mettez-y une paire de chaussettes en fil, avec mon matricule qui est 5828.

Cette semaine, j'ai reçu une lettre de Marie Soulard, de la Poissardière. Elle me dit qu'à St Léger il fait froid ; moi, je m'en aperçois pas.
Rien autre chose pour le moment, je suis toujours en bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve tous tels qu'elle me quitte.

Votre fils, Baudry Valentin

Au 1er régiment de tirailleurs, 1er bataillon, 2e compagnie, à Blidah, Algérie

Dites-moi si dans le colis que je vous envoie, il y a bien tout ce qui est marqué sur cette lettre. Je vous en aurais bien marqué davantage mais le temps me manque : j'ai 6 pages de théorie à apprendre pour demain matin.

(1) Koléa

(2) ma chéchia (maintenant au féminin)

 

 

la chéchia

 

 

 

Souvenir d'une fête arabe / février 1883

Souvenir écrit par un jeune français, soldat au 1er régiment de tirailleurs algériens, 1er bataillon, 2e compagnie à Blidah (Algérie)

Souvenir d'Afrique

 

L'on était au mois de janvier 1883 et, dès au commencement de ce mois, l'on entendait dire que dans ce mois, il y allait avoir une fête qui durerait trois jours. Et, comme dans le métier de militaire l'on aime bien le repos, moi qui en est du nombre, vous pouvez croire que cela ne me dérangeait pas d'entendre dire que l'on serait trois jours sans rien faire.

En Afrique, il se paraît que cette fête a lieu tous les ans, à la même époque. Cette fête est une fête arabe, comme vous allez le voir plus loin, car en France il ne se fait pas de fête comme ça, et cette fête se nomme la fête des bougies.

La fête commençait le dimanche 21 janvier. Le premier jour, l'on ne voyait rien de plus qu'à l'ordinaire. Le lundi 22, c'était la même chose, mais le mardi 23 janvier, dès au point du jour, l'on entendait sonner dans la montagne les timbales, les tambours et beaucoup d'autres musiques que je ne connais pas. En un mot, il y avait toute la musique des indigènes.
Peu à peu, l'on entendait que cette musique approchait et enfin, vers 8h du matin, elle arrivait devant notre caserne, et je puis vous dire que l'on a été bien étonné en voyant tout cela.

En tête, il y avait d'abord 12 drapeaux. Derrière les drapeaux, la musique. Derrière la musique, les marabouts qui étaient au nombre de six ; ils étaient à cheval et en grande tenue. Derrière ces marabouts venaient hommes, femmes et enfants, "nass, fatmas, mouthiathiou" (1). Ils pouvaient être au nombre de 150 à 200, et vous pouvez croire que c'était une jolie procession !
Ça marquait bien, je voudrais que vous eussiez vu cela (c'est incroyable !)

 

 

Maintenant, la troupe était passée (bien). Mais ce n'était pas tout, il fallait savoir où la fête avait lieu. Et environ un quart d'heure après que la procession a été passée, l'on se demandait tous les uns aux autres : "Sais-tu où la fête a lieu ? Sais-tu où la fête a lieu ?"
L'on entendait que ça. A force de le demander, on a fini par savoir que la fête avait lieu à environ à 4km de Blidah, à un certain endroit nommé Fontaine-Fraîche. Joli nom ! Mais tout à coup, vers les 10h, l'on entend encore : "Broum, broum !" Et alors, l'on s'est dit : "Ah ! Ah bon ! ça va bien ! Voilà la procession qui revient ! Il faut aller se mettre en tenue, l'on sortira, l'on suivra la procession et, comme ça, il nous sera facile d'arriver au lieu de la fête".

Ça ne manque pas : voilà la procession qui arrive, et nous voilà tous bien décidés à la suivre. Mais seulement, ces gens-là n'étaient pas pressés, ils marchaient pas fort et, nous autres, il nous ennuyait déjà d'arriver. Un disait : "Ah, l'on a bien le temps !" L'autre disait : "Passons devant !" Enfin, l'on s'est décidés à passer devant. Nous voilà donc partis pour Fontaine-Fraîche.

Maintenant, je ne vous dirai pas tout ce que l'on a vu sur la route, je n'en finirais pas. Pour moi, ce que j'ai remarqué, c'est trois ou quatre minoteries, qui avaient l'air assez conséquentes, un moulin à papier qui avait l'air assez conséquent aussi, et ensuite, les oranges, les mandarines qui ne manquaient pas. Mais seulement, Fontaine n'arrivait pas fort !

En partant, ils nous disaient qu'il y avait 4 km, mais moi je crois qu'en Afrique les kilomètres sont longs, et que ces 4 km en valaient bien six comme ceux de France !

Enfin, tout d'un coup, il y en a qui disent : "Nous voilà arrivés !" Mais moi, je ne voyais rien. Je me disais : "Ce n'est pas là, ce n'est pas possible !" Mais ça se trouve un peu à côté de la route, dans un endroit bas, ce qui fait que l'on ne voyait rien.

En arrivant, j'ai dit : "C'est ça (joli nom, mais triste village)".
Vous allez voir, je vais vous dire en quelques mots comme c'est composé : l'on y voit 3 ou 4 petits gourbis qui ont plutôt l'air de cages que de maisons. A gauche se trouve la cage des marabouts
(2), je ne sais pas comment l'appeler J'appelle ça des cages, moi. Ça a cinq ou six pieds de haut, c'est dans ces endroits-là que les marabouts sont reconnus et reçus.

A l'est se trouve leur cimetière. Je ne peux pas vous dire comme c'est arrangé, il faut le voir pour le comprendre, mais ce que je vous dirai, c'est que, comme l'on arrivait, l'on portait un mouthiathiou (1) en terre. Ça a bientôt été fait ! Ils ont fait un petit trou, ils l'ont posé dedans doucement. Ensuite, ils se sont mis autour et ensuite, ils se sont tous mis à chanter et, un moment après, ils se sont tous mis à rire comme si ils n'avaient rien vu.

 

 

 

Cela vous étonnera peut-être mais c'est comme ça, et il ne faut pas oublier que quelquefois, c'est quand ils ont du chagrin qu'ils chantent le plus fort. Je l'avais vu dire peu de temps après mon arrivée à Blidah. Je ne voulais pas le croire, mais depuis ce temps-là, je me suis aperçu que cela était vrai.

Revenons à notre fête et continuons : pendant ce temps-là, la procession approchait et enfin, vers midi, elle arrivait. Ils ont tous été se grouper dans le cimetière autour des marabouts. Là, il y avait de quoi rire : les uns chantaient, les autres pleuraient. J'en voyais beaucoup qui avaient des bougies, et je me disais : "Mais qu'est-ce qu'ils veulent faire de ça ?"

Mais, tout à coup, voilà une fatma qui s'avance vers un marabout, et elle lui donne une bougie avec un joli cierge. Je me suis dit : "Tiens ! Voilà la fête qui commence".
Lorsque le marabout a eu reçu sa bougie et son cierge, il s'est mis à crier : "Giou gia giou gia gia"
(3). Il n'y avait pas moyen d'en comprendre un mot, mais, moi, je me suis figuré que c'était le nom de ceux ou de celles qui donnaient des cierges et des bougies qu'il nommait comme ça.

Ce tapage-là a duré au moins une heure et, lorsque tout le monde a eu fait ses cadeaux, les marabouts se sont mis à ouvrir leurs mains, à les regarder et à réciter comme si ils avaient lu dans un livre. Maintenant, qu'est-ce qu'ils disaient ? Je n'en sais rien.
Tout d'un coup, les hommes ont parti, les fatmas se sont rassemblées ensemble. Moi, je croyais que c'était fini, mais je me trompais.
Lorsque l'on a été sortis du cimetière, l'on a vu un buf et un mouton, l'on s'est dit : "Qu'est-ce qu'ils veulent faire de ça ?", mais nous l'avons bientôt vu, ce qu'ils voulaient en faire (lecteurs, vous l'avez peut-être déjà deviné).

Ces deux animaux étaient pour la fête et pour être tués à l'endroit même. Ça ne manque pas : tout à coup, l'on en voit cinq ou six. Des vilains messieurs, je vous réponds, qui amènent le buf à un certain endroit, sous un olivier qui se trouvait là. Maintenant, je ne sais pas si c'est qu'ils avaient oublié de prendre des cordes pour attacher l'animal ou si ce n'est pas leurs habitudes, enfin ce qu'il y a, c'est qu'ils en avaient pas. Les voilà qui se mettent dans l'idée d'abattre le buf comme ça, mais qu'arrive-t-il ? L'animal leur échappe, et c'est là qu'il fallait voir le monde se remuer, surtout les tirailleurs qui se trouvaient là. Il y en a trois ou quatre qui en ont perdu belle !

Le premier qu'il a fiché par terre, c'est un tirailleur. Il ne lui a pas fait grand mal, heureusement pour lui. Il s'est relevé et c'est lui qui se sauvait ! Son turban était par terre mais il le laissait bien. L'animal n'a pas été loin, ses derniers maîtres le suivaient toujours, ils l'ont repris et ils ont arrivé à le faire tomber par terre. Une fois qu'il a été par terre, ils se seraient bien battus à qui lui coupe la gorge, car les gens dont je vous parle sont qu'à demi civilisés et ils ne connaissent que de couper la "cabèche".

Il y en a un qui lui coupe le cou presque tout entier et, aussitôt, ceux qui étaient là se sont marqué le visage de sang, pour faire voir qu'ils avaient assisté au massacre (moi, j'appelle ça un massacre). C'est là que j'ai vu qu'ils étaient encore moitié sauvages.

Le mouton y a passé la même chose, et, aussitôt, les fatmas se sont fait entendre en poussant des cris. Voilà comme étaient ces cris : "Giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou, giou..."
Tout cela était assez singulier pour nous autres, mais seulement, ce n'était pas encore ça que l'on désirait voir. Auparavant de partir, l'on nous disait qu'il y allait avoir un bal, et c'est précisément ce que l'on aurait désiré voir. Mais l'heure s'avançait et il nous fallait partir. L'on a parti à 4h. Lorsque l'on est parti, les fatmas étaient encore au même endroit qu'elles avaient été toute la journée.

Maintenant, je ne sais pas jusqu'à quand elles y auront resté, mais je me suis aperçu qu'elles avaient beaucoup de patience, car, pour rester 3 ou 4h accroupi dans le même endroit, il me semble qu'il faut avoir de la patience.

Lorsque l'on est partis, le buf et le mouton étaient en plus de 500 morceaux. Ils auront eu de quoi bouleter dans la nuit, et ça leur aura donné de la force pour danser.

Maintenant, je vais vous le dire comme ça nous a été dit : ils nous ont dit que ceux ou celles qui tomberaient en dansant, ils les feraient brûler.

L'on a aussi passé près de la "cage" des marabouts. Il y en avait qui étaient là à faire leurs singeries. Ah ! je vous réponds qu'ils nous ont fait rire.
A 4h, l'on quittait Fontaine-Fraîche et l'on s'en revenait tous bien contents d'avoir assisté à une fête arabe.

 

Fin

 

Maintenant, je vais vous expliquer pourquoi ça se nomme Fontaine Fraîche (ce n'est pas surnommé) : il y a une fontaine dont l'eau sort par un tuyau de la grosseur de la cuisse, et il se paraît que c'est continuellement comme ça .
Voilà ce que j'ai trouvé de plus curieux : Fortin Zacharie était avec moi, et on se disait : "Mais s'ils voyaient des fêtes comme ça chez nous, qu'est-ce qu'ils diraient ?". Aussitôt que la fête a été passée, je m'étais dit qu'il fallait que j'en fasse un petit résumé. Eh bien, ce résumé, le voilà !
Maintenant, il y manque du style, je le sais, mais c'est assez de l'écrire une fois sans l'écrire deux.

Maintenant, chère sur, si tu veux, tu peux le copier, et tu corrigeras le style et, en même temps, l'orthographe qui y manque.

Souvenir d'une fête arabe, février 1883, Baudry V Adrien

 

(1) nass : des gens / fatmas : ces chers soldats, depuis la conquête de l'Algérie (1830), appelaient toutes les femmes arabes des fatmas ; c'est aussi un prénom de femme / mouthiathiou : mouchacho (enfant en espagnol)

(2) Le marabout est aussi un mausolée, peint en blanc, où repose un musulman marabout. Ce monument peut se trouver dans un cimetière, mais aussi dans le lieu où le chef religieux, le saint, le dignitaire, est décédé. Femmes et hommes y font des visites lors des fêtes de l'Aïd el Segir (la petite fête) et l'Aïd el Kebir (la grande fête) et font l'aumône pour les morts. Valentin relate très certainement ici la fête de l'Aïd el Kebir, ou fête du mouton, qui intervient 40 jours après le carême (le ramadan).

 

Blida / le Bois Sacré et le marabout de Sidi-Yacoub

 

(3) you you you ya, cris de joie poussés lors des mariages, fêtes
autre hypothèse : le marabout ne s'adresse pas aux êtres humains, mais aux démons (jinns)

 

  dattiers
"Je pense que Francis va dire que c'est bon, les dattes."

 

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